Yves Arcand – Montrez ce déchet que je ne saurais voir!

Texte – Marie-Amélie Dubé

Tournez la tête sur votre droite et regardez cette photographie. Cette oeuvre d’une étrangeté absorbante. Lumineuse et avec des aspects futurocosmiques.

Observez-là encore. Prenez le temps. Si singulière. Contrastée. D’une esthétique troublante. Mais qu’est-ce que c’est?

Des déchets domestiques de balayeuse.

Dans le cadre de sa résidence de création au Parc national du Bic, Yves Arcand s’intéressera aux déchets des plaisanciers. Cette démarche, plutôt iconoclaste, s’inscrit en continuité du projet Antifloral, exposé aux Jardins de Métis.

« J’ai tendance à porter mon regard sur des éléments qui n’intéressent pas vraiment les gens. Plutôt que de regarder les belles fleurs, je préfère regarder ce qu’on ne veut pas voir ou ce qui est imparfait. Pour Antifloral je plaçais les mauvaises herbes de façon aléatoire pour les photographier en gros plan et en noir et blanc. Les gens étaient ainsi confrontés à quelque chose de très intriguant avec une esthétique vraiment autre. D’où le titre Antifloral, qui allait contre toutes les traditions de la photographie florale.»

Observer l’humain·e et façonner son territoire

Le camping et le plein air comportent de grandes contradictions. L’humain·e veut s’immerger en nature, ralentir et s’imprégner de calme, alors que les produits de consommation, nécessaires à cette activité, sont souvent suremballés et conçus pour être utilisés rapidement. C’est cette relation nature / culture entre l’être humain et son environnement qui interpelle Yves Arcand.

Les estivant·e·s pourront donc déposer leurs déchets dans un espace tout désigné et l’artiste photographiera ces amas de déchets, dont la composition sera aléatoire.

«Nous produisons tous des quantités de déchets et c’est une problématique mondiale. Évidemment, au Bic, les utilisateurs ne les laissent pas dans le parc, mais ils doivent se retrouver quelque part?! Je trouvais intéressant l’idée de confronter les gens en place au geste de jeter quelque chose. D’une part, pour les féliciter parce que ce sont des déchets qui ne se retrouveront pas dans la nature et en même temps, pour les faire réfléchir inévitablement sur les différentes problématiques de la gestion des déchets.»

Un procédé d’accumulation d’images combinées sera utilisé par l’artiste afin d’obtenir une seule photographie et un résultat d’une grande netteté. Le tout sera présenté sur un écran de 32 pouces. «Je dis souvent que je fais une photographie qui est plus intéressante que belle. Malgré l’esthétique discutable des objets, mon approche, traitement et rendu final permettent de créer une image intéressante, intrigante et visuellement forte.»

Et même si vous ne produisez pas de déchets en plein air, passez échanger avec l’artiste du 10 au 19 juillet.

© Yves Arcand, Sans titre, 2019

Yves Arcand est photographe et enseignant / coordonnateur au programme de photographie du Cégep de Matane. Il s’intéresse à la problématique nature / culture en photographie. Soit à la façon dont l’humain·e aborde le territoire, comment cela l’influence, comment il le modifie pour l’adapter à ses besoins. Pendant plusieurs années, il utilise la photographie de «style documentaire» dans la tradition des New Topographic, fortement inspirée par son éducation anglosaxonne au Polytechnical Ryerson Institute de Toronto, au Nova Scotia College of Art and Design à Halifax et au Fine Arts à l’Université Concordia à Montréal. Depuis quelques années, il expérimente davantage une approche conceptuelle, toujours avec la problématique nature / culture, mais avec des petites parcelles permettant d’évoquer les grands territoires ou espaces.

À propos de Marie-Amélie Dubé

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