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Y a-t-il des livres chez vous?

par Michel Lagacé

 

Comme lecteur, j’ai toujours admiré les écrivains, enfin ceux qui nous éclairent sur la vie, sur les rapports aux autres, sur la tolérance et l’inclusion par la qualité et la singularité de leur écriture et la dynamique de l’histoire racontée. Tous ces auteurs m’ont captivé par leur créativité, leurs fictions inventives, parfois déstabilisantes ou au contraire très réalistes. D’autres, par leurs articles ou leurs essais, m’ont éclairé sur les enjeux de la société dans tous les domaines : de la science à la politique en passant par l’histoire, la psychologie, la sociologie, l’anthropologie et même la peur de tout et de rien qui nous habite. Toutes les connaissances et impressions justes qui m’ont été essentielles dans la vie sont redevables à mes lectures, sans que j’oublie nécessairement toutes les autres rencontres qui forment un individu. D’ailleurs, presque toutes les connaissances et une grande partie des habiletés pour les acquérir passent par la lecture et les livres (avec ou sans un professeur, un ami, un parent ou un média qui l’introduit). Considéré il y a peu de temps comme un objet passéiste, le livre est en train de redevenir l’objet de la durabilité (au moment même où les autres moyens de transmissions annoncent sa disparition) dans une époque qui a succombé à l’éphémère et à l’instantanéité de la technologie.
IL FAUT SAVOIR LIRE LES CONTRADICTIONS DE L’ÉPOQUE…
La littérature (livres et articles de magazines, journaux, BD, livres pour enfant inclus) est un champ très vaste et, sans que l’on s’en aperçoive vraiment, elle est probablement la principale source de tous les contenus numériques, même ceux derrière les diffusions par les technologies du Web. Et peut-être même un référent important dans le choix d’images fixes ou en mouvement. Le bon cinéma ou les bonnes séries pour la télé réfèrent presque toujours à un scénario compris de tous les artisans qui fabriquent l’ensemble des particularités de chaque production. Savoir lire est d’une très grande importance, c’est une discipline que l’on doit pratiquer régulièrement (comme une mise en forme physique) si l’on veut comprendre les subtilités du langage et les concepts les plus complexes. La littérature, dans son sens large, est la matière première, « l’archétype » si j’ose dire, par où l’homme est passé (l’écriture, l’imprimerie) pour retenir son passé, son présent, sa culture, ses mythes, ses rêves et ses projections vers un futur toujours nouveau ou encore incertain. Donc, ne jetez pas vos livres, c’est « une technologie » (différente des cassettes, du VHS, du CD, du DVD et des tablettes) qui ne sera pas obsolète dès le lendemain contrairement à ce que certains peuvent penser. La bible que l’on retrouvait dans toutes les chambres d’hôtels, autrefois et même encore aujourd’hui, peut aussi servir, comme chez l’un de mes copains, de rallonge à une patte plus courte d’une table à café bancale, mais combien charmante avec ce livre sous l’une des pattes (l’un des premiers livres imprimés, qui contient tous les textes de l’ensemble des « mythologies chrétiennes » : une fiction ou réalité fragile comme la table ?).

« […] de plus en plus d’actionnaires d’Apple s’inquiètent de l’impact de l’iPhone sur la santé mentale des jeunes. »

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Ce qui m’amène à poser ces questions : en plus des écrans, vos enfants et vous, avez-vous accès à des livres ? Y a-t-il des livres chez vous ? — la quantité n’est pas importante, versus la qualité de vos choix. Ou au contraire, s’il n’y a que des écrans (petits et grands), que des manteaux de sport de grandes marques à l’entrée et que des livres de recettes sur l’îlot de la cuisine, saviez-vous que cette imprudence est grande pour les enfants à qui l’on donne seulement accès aux écrans en bas âge, au lieu de les initier à la lecture dans des livres ? La bible réparait la table bancale chez mon copain. De la même façon, les livres donnent un bon départ à vos enfants. Aujourd’hui, il est démontré que les enfants (surtout ceux en bas âge) qui auront de la difficulté à l’école (et même des problèmes de langage ou d’extériorisation) sont souvent ceux qui n’ont pas été initiés au plaisir de la lecture (la littérature jeunesse : autres que les albums de contes de fées, d’après moi). Ces enfants auraient plus de difficulté à saisir le sens d’une phrase simple — imaginez alors une phrase plus complexe. On mémorise mieux un texte par sa lecture dans un livre et par l’écriture que par le contact avec l’écran (tablette, téléphone intelligent, ordinateur, télé). Les enfants y sont trop souvent, attirés par d’autres sollicitations (comme nous), sans avoir eu les bases de la compréhension, les acquis et les fonctionnalités (règles et particularités) de leur langue en communication orale et écrite. Ce n’est pas par les outils technologiques qu’un enfant va développer sa concentration, une faculté indispensable pour avancer dans la vie. « Pour la docteure Anne-Lise Ducanda (médecin de Protection maternelle et infantile) membre du “collectif surexposition-écran”, protéger les jeunes enfants des écrans de Smartphones ou de tablettes est “un impératif de santé publique”. D’ailleurs de plus en plus d’actionnaires d’Apple s’inquiètent de l’impact de l’iPhone sur la santé mentale des jeunes ». (BFM buusiness) La débrouillardise technologique peut donc arriver plus tard pour ne pas nuire aux connaissances et aux apprentissages les plus importants : la connaissance de leur langue. L’écrire correctement et bien la lire devraient les aider à développer cette réflexion qui découle des bases culturelles que l’on trouve dans les livres jeunesse bien choisis, et plus tard, amener à favoriser l’émergence d’une pensée critique et même la créativité, ce que ne sauront pas faire les robots du futur. Parfois, des parents (surtout ceux que les professeurs appellent « les parents-rois » qui sont rarement les plus démunis monétairement) se demandent pourquoi leurs enfants ne lisent pas ou pourquoi ils ont de la difficulté à l’école. C’est assez simple, je leur dirais : « Lisez-vous, vous-même ? Y a-t-il des livres chez vous ? Les avez-vous initiés jeune à la lecture en leur lisant des histoires ? » Seuls, les camions, les poupées et les écrans ne mènent pas très loin dans le développement d’un enfant — à part de créer des stéréotypes plutôt encombrants par les temps qui courent — à moins d’avoir eu, pour compenser, des modèles qui l’ont enrichi autrement et amené à développer sa curiosité par la lecture, car bien évidemment, les fruits de l’arbre ne tombent jamais bien loin de l’arbre ni de la forêt environnante.

À propos Marie-Amélie Dubé

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