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Vues Dans la Tête de Kim Nguyen : retour sur un excellent festival

texte Michel Lagacé

Que c’était étourdissant d’être avec tous ces cinéphiles à la 7e édition du Festival Vues dans la tête de Kim Nguyen à Rivière-du-Loup. Et tout aussi agréable d’être émergé dans cette succession de films. Ce marathon de cinéma nous permettant d’échanger des impressions, de faire des liens, de saisir les intentions derrière les images et même d’établir des comparaisons entre ces différents films. Ce que permet, en quatre jours intenses, un festival. Cette année, les projections débutaient avec une rétrospective de deux des films de Kim Nguyen. Quelques autres invités pimentaient ce rendez-vous attendu.

Donc en premier, Rebelle, un drame sur les enfants soldats dont les médias ont abondamment parlé (en nomination aux Oscars pour représenter le Canada en 2013). Suivait, après cette projection, Un ours et deux amants. Un film qui nous amène en zone arctique où le voyage dans ces grands espaces blancs devient un voyage intérieur pour ces deux amants. C’est l’histoire de la relation amoureuse trouble de ces personnages fuyants, dans cette géographie nordique, les traumatismes de violences familiales antérieures (que l’on découvrira) qui hantent leur relation, autant que leur esprit. Traumatismes qui les rattrapent constamment à travers ce parcours en motoneige aux multiples difficultés.

C’est par des procédés surprenants : l’apparition d’un ours qui parle à l’amant, l’apparition du fantôme du père « déjà mort » dans la tête de sa fille, et qui ne cesse de la poursuivre, que ce périple dans le Nord arrive à adoucir ces obsessions et à engloutir littéralement les amants dans ce paysage de glace. Un film à l’image de la vie dure de cette région froide. Un contraste avec la jungle du film Rebelle, avec toutefois ces mêmes obsessions pour les fantômes et la mort présentes dans l’imaginaire de Kim Nguyen.

Belle surprise, le dernier film de Kim Nguyen The Hummingbird Project, en version originale anglaise, a été projeté le samedi en après-midi en première québécoise au festival (ce qui n’était pas prévu dans la programmation de départ qui a dû s’ajuster en conséquence). Ce film, déjà en nomination pour six prix Écrans canadien, est d’après le réalisateur son film le plus « grand public ». Il a été présenté en première mondiale au dernier Festival international du film de Toronto (TIFF). Ce film d’aventure, inspiré de fragments d’histoires vraies, « relate le projet ambitieux de deux cousins courtiers qui rêvent de déjouer le système boursier à l’aide de fibres optiques souterraines. » « L’élasticité du temps » en résume bien l’essence.

Suivait cette projection, la grande entrevue de Kim Nguyen, animée par André Gobeil, fondateur du festival. Le public était fébrile et encore subjugué par ce dernier et superbe film. Revenons à la deuxième soirée, la projection du film de Sophie Dupuis, Chien de garde happait littéralement le public dans la salle. Ce film exceptionnel met en scène deux jeunes hommes, des frères, leur mère alcoolique et la copine de l’un d’eux vivant dans un petit appartement dans l’arrondissement de Verdun. L’un d’eux, JP, tente de conserver un équilibre dans cette famille fusionnelle, et sa fonction dans un petit cartel de drogue avec son oncle. Dany, cet oncle (Paul Ahmarani, présent au festival), un être sans scrupule, manipule cette famille. Les réparties sont savoureuses. Une dynamique explosive que rend bien la mise en images de cette relation familiale perturbée par le comportement hystérique et violent de Vincent, le frère de JP.

Une grande maîtrise de la réalisation, l’ensemble joué par des acteurs et actrices de talents : Jean-Simon Leduc (JP), Théodore Pellerin (Vincent), Maude Pellerin (la mère) et Paul Ahmarani (l’oncle) entre autres intervenants dans cette dynamique familiale tendue. Tous excellents à nous introduire dans la charge des exigences de ce scénario « constamment sur la corde raide ». La sensibilité du court métrage Marguerite de Marianne Farley, avec Béatrice Picard et Sandrine Bisson, contrastait tout juste avant ce long métrage électrisant. Encore une soirée de cinéma qui comblait les cinéphiles, nombreux.ses à assister à ces projections au Cinéma Princesse.

Je ne peux oublier la présence du réalisateur et la projection en avant-première du dernier film de Philippe Lesage, Genèse, projeté le samedi soir. Nous avions eu la possibilité de voir et d’apprécier son fascinant film Les démons dans une autre édition du festival. C’est encore une fois un coup de foudre pour ces plans-séquences et ce rythme particulier qui caractérisent sa filmographie : suite de petites séquences de la vie des protagonistes qui s’accumulent et forment avec subtilité la trame narrative du film. De jeunes collégiens, des copains. « Guillaume secrètement amoureux de son meilleur ami. » « Charlotte sa demisoeur se fait proposer par son copain d’avoir une relation plus libre. » Variation autour de ces premières relations amoureuses. Des relations qui se transforment, basculent sous nos yeux dans cette atmosphère de collège privé de garçons, de soirées festives et de camp de vacances.

Tout est dans cette finesse des plans-séquences (regroupant souvent bien des figurants), dans la bande sonore (avec, vers la fin, toutes ces anciennes chansons des camps de vacances), dans le décor intemporel, mais en même temps marqué dans le temps par les accessoires et aussi par la justesse du jeu des acteurs et actrices évoluant dans ces images superbes du film de Philippe Lesage.

Il arrive à nous bouleverser par sa touche presque autobiographique, car comme il l’a souligné dans la classe de maître qu’il donnait le vendredi matin au Cégep, ses souvenirs et ses expériences personnels habitent ses films. Et probablement que l’expérience des documentaires qu’il a réalisés en début de carrière et son goût pour l’écriture lui ont aussi permis de s’introduire, plus facilement et surtout sans compromis, dans des fictions toujours aussi proches du quotidien de cette jeunesse.

Juste avant, le court métrage d’animation de Frédérick Tremblay, Toutes les poupées ne pleurent pas (film exceptionnel qui a remporté plusieurs prix dans différents festivals), amorçait avec brio cette belle soirée de cinéma. C’est avec une touche artistique toute particulière que Frédérick Tremblay réussit ce pur tour de force avec des matériaux pauvres dans l’exécution de ses personnages et accessoires dans cette mise en abîme où « un homme et une femme s’affairent à la réalisation d’un film d’animation. »

Bien d’autres films ou courts métrages : Drame de fin de soirée, Les salopes ou le sucre naturel de la peau, Ma vie de courgette (film famille), Guerre froide, etc. Un concours de courts métrages le vendredi en soirée (de qualités inégales), des classes de maîtres et une table ronde avec les invités, une soirée festive : Vues dans le Rainbow complétaient cette 7e édition du festival. Sans oublier cet « Off festival » : Ciné au Musée le jeudi qui surprenait par une programmation de courts métrages « d’art » : portraits et animations trash débridés, gai et queer, dont une partie de la programmation provenait du Groupe Intervention Vidéo (GIV) de Montréal. S’il fallait suggérer des noms de réalisateurs ou de réalisatrices pour le prochain festival, il me vient en tête, spontanément et de façon éclectique, les noms de Denis Côté (un habitué de la Berlinale), Jennifer Alleyn, André Forcier. On comprend que ce choix dépend beaucoup plus de la disponibilité des cinéastes. Donc au prochain Festival…

À propos Marie-Amélie Dubé

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