Une poète qui n’était pas conteuse

Texte | Marie-Amélie Dubé
Photo | Alexis Boulianne

Entrevue avec Josephine Bacon, poète, autrice, documentariste, invitée d’honneur du Rendez-vous des Grandes Gueules.

Comment l’importance des mots et de la parole est-elle venue dans votre vie?

L’écriture est arrivée par accident. Mon amie écrivaine, Laure Morali, avait un rêve qui jumelait des poètes et écrivain·e·s québécois·e·s aux Premières Nations, et puisqu’il s’agit d’une de mes bonnes amies, je trouvais important qu’elle réalise ce rêve. Et c’est comme ça qu’elle m’a invitée à participer, même si je n’étais ni poète ni écrivaine ! Mais comme je l’aime beaucoup, j’ai dit oui. Elle m’a jumelée à un poète se nommant José Acquelin. Et c’est comme ça que tout a commencé. J’ai toujours écrit sur des bouts de papier, un peu n’importe quand, et je ne savais pas que c’était de la poésie. Mais oui, c’est le rêve de Laure Morali qui m’a fait commencer à écrire.

Vous inspirez beaucoup de gens. Mais vous, comment nourrissez-vous le feu de l’inspiration?

J’écris quand ça arrive. Je ne me dirai jamais “ Bon, aujourd’hui, je m’assoie et j’écris telle chose. “ Je continue à écrire sur n’importe quoi et n’importe quand, je laisse traîner ça dans ma maison, et puis en faisant le ménage de ma paperasse, je retrouve tout ça. En relisant, parfois ça me donne une direction, et quand j’en ai suffisamment, je les propose à Rodney, l’éditeur de Mémoire d’encrier. C’est comme ça que je donne naissance à des recueils.

L’innu-aimun a un potentiel poétique extraordinaire. Votre premier réflexe d’écriture est dans quelle langue?

Les sujets comme le nomadisme et la terre me rappellent des souvenirs. Je revois encore le paysage et je me dis qu’ici, tout est poétique. Quand je pense aux mots dans ma langue, ce sont déjà des poèmes. Pour Bâtons à message et Un thé dans la toundra, puisque ça parle surtout de ce que les aîné·e·s me racontaient, c’est normal que ça me vienne d’abord dans ma langue. Mais dans Uiesh/Quelque part, ça se passe un peu dans les deux langues, ça voyage entre les deux. On m’avait fait remarquer ça, que je l’avais écrit d’abord en français parce que je parlais de la ville. Dans certains de mes premiers recueils, on trouve des mots innus dans le français, et dans Uiesh par exemple, il y a des mots français dans l’innu !

Vous avez aussi une carrière de documentariste, un autre domaine qui joue beaucoup avec la mémoire, l’histoire et l’image. Est-ce que vous sentez que c’est la même pulsion que vous avez en poésie?

Eh bien, je me souviens que quand j’ai commencé, je participais avec d’autres réalisateur·trice·s, et on me trouvait délinquante (Rires.) Dans le sens qu’un documentaire a tel genre de début, de blocs, etc. Moi, je voulais faire à ma tête. Je trouvais ça plus intéressant de faire beau, le fun, différent, au lieu de rentrer dans un moule. J’imagine que ça rejoint un peu ma manière d’écrire.

Et ce n’est pas la première fois que vous allez au Rendez-vous des Grandes Gueules?

Oui, c’est la deuxième fois. La première, j’avais été invitée comme conteuse, ce que je ne suis pas ! Bien sûr, ça m’arrive de raconter quand je parle avec quelqu’un ·e, mais devant un public… je m’en rappelle encore ! Ça m’avait demandé beaucoup. Quand tu vois les conteur·euse·s professionnel·le·s qui jouent de la musique, qui y vont à fond, etc. Moi, j’avais seulement les mots. Mais oui, ça a bien été. J’ai fini par m’emballer moi-même. Et on a continué à m’inviter dans les festivals de conte, même si je suis loin d’être conteuse.

L’écriture et la parole, c’est vraiment deux choses différentes.

Exactement, c’est deux médiums. Je me rappelle la première fois qu’on m’a invitée; c’était au Festival des Amériques. J’avais refusé parce que je ne suis pas conteuse. Et c’est en descendant les escaliers, et en allant sur le trottoir, que je me suis sentie un peu coupable, alors je suis remontée pour dire que j’allais le faire ! (Rires.) Finalement, j’ai parlé exactement de ce sujet, pourquoi je ne suis pas conteuse.

Qu’est-ce que vous préparez pour les Grandes Gueules de cette année?

Je verrai. Je n’aime pas penser trop longtemps d’avance (Rires.) Quand le moment sera là, j’y serai.

À propos de Marie-Amélie Dubé

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