Un podcast queer-féministe, indépendant et interrégional

Texte | Marie-Amélie Dubé

Peux-tu te présenter et nous parler un peu de votre podcast queer féministe interrégional toutEs ou pantoute?

Je m’appelle Alexandra Turgeon, je suis l’une des cocréatrices de toutEs ou pantoute, un projet de balado indépendant que je mène avec Laurie Perron, ma coanimatrice, coréalisatrice, et toute autre tâche connexe ! Nous avons aussi une grande équipe qui fait la coordination, la technique et tout ajout artistique au projet.

toutEs ou pantoute est né il y a trois ans. Moi, déjà, j’étais tripeuse de podcasts et de radio ; j’écoute beaucoup de balados féministes. Quand on a commencé à penser au projet, je m’intéressais beaucoup à la vulgarisation de concepts, mais aussi aux sujets qui me touchent personnellement, et pas nécessairement « montréalocentriques ». Je n’en trouvais pas vraiment de podcasts comme ça ; ceux que j’écoutais venaient des États-Unis, de la France, etc. Je sentais un manque, ici au Québec. Et depuis, je suis bien contente de voir tous les nouveaux projets qui éclosent dans la province. Mais c’est effectivement parti de ça, un désir de prendre part à une discussion qui nous intéresse et nous tient à coeur.

Et comment l’interrégionalité est-elle arrivée dans le projet?

C’est arrivé un peu par nature. Moi, je suis de Trois-Pistoles, Laurie est de Montréal. Donc déjà, par définition, on est de différentes régions. C’est aussi important pour nous dans la manière de choisir nos invité·e·s et nos sujets, d’inclure la provenance de différentes régions. On aime aussi aller chercher des expert·e·s, non seulement dans le théorique, mais aussi sur le terrain, ou des artistes qui ne viennent pas de Montréal. Ça a l’air un peu niaiseux dit de même, mais souvent, quand on s’adresse à des expert·e·s, il·elle·s viennent toujours de la ville, alors c’est quelque chose qu’on essaie de contourner pour montrer qu’il y a des professionnel·le·s en région aussi. De plus, Laurie et moi, on a grandi en région éloignée : moi en Abitibi, et elle au Lac-Saint-Jean. On est allées faire l’université à Montréal, mais moi, je suis repartie, et elle est restée. Grandir en région éloignée, c’est quelque chose qui marque, et en grandissant, on ne se sentait pas nécessairement rejointes par les médias.

Alexandra Turgeon et Laurie Perron

Comment allez-vous chercher votre inspiration pour vos sujets, et comment choisissez-vous vos invité·e·s?

On vient de commencer la troisième saison cette année, mais on est déjà en demande de subvention et en réflexion pour la prochaine saison. L’été dernier, on a vraiment pris le temps de réfléchir à pourquoi on fait ça, et qu’est-ce qu’on veut en faire. On se base beaucoup sur nos valeurs et notre interrégionalité. Pour la prochaine saison, on essaie de faire une ligne directrice entre nos thématiques. Ensuite, c’est là qu’on se dit d’accord, qu’on réfléchit à qui l’on peut parler, où sont-il·elle·s situé·e·s, etc. Aussi, Laurie et moi avons un background très différent : moi, je suis dans l’académique et le théorique, et elle, c’est une artiste dans la poésie, la musique et la scénarisation. Donc, on s’assure toujours d’avoir un équilibre dans nos deux visions. On aime aussi parler à des gens qui sont sur le terrain, par exemple des sexologues et des intervenant·e·s, pour venir compléter nos approches. On prend aussi toujours les commentaires et suggestions des gens qui nous écoutent, au fur et à mesure que les saisons avancent.

Il faut dire que votre domaine est très niché, mais en même temps, vous le vulgarisez très bien afin qu’il soit accessible pour tout le monde.

Oui, absolument. J’ai passé beaucoup de temps dans le milieu académique et je voyais la non-communication entre les milieux académiques et « le vrai monde ». Et c’est vraiment dommage. Il y a toujours des réflexions qu’on se fait et qu’on a l’impression d’être les seul·e·s à faire, alors que non. C’est ce qu’on veut avec le podcast ; permettre que des gens qui sont soient marginalisés par le genre ou simplement intéressés au sujet puissent se sentir mieux et légitimiser leurs questions en en entendant parler. Et ça ne touche pas seulement le genre et la sexualité, ça peut être quelque chose comme une femme ayant eu une grossesse qui ne s’est pas passée comme elle le souhaitait ou simplement des questions de la vie tout à fait normales, qu’il nous fait plaisir de traiter. Donc oui, notre podcast a l’air niché, mais en même temps, ça couvre tellement de choses normales, beaucoup plus universelles que ce qu’on se fait montrer et dire dans les médias mainstream. On veut vraiment s’adresser à tout le monde. On veut aussi enlever ce sentiment de dire « Oh non… Je ne suis pas assez intellectuel·le ou pas assez impliqué·e et militant·e pour m’intéresser à ces sujets-là ». On y va avec une approche bienveillante pour que toutes les personnes écoutant le podcast se sentent concernées.

Tu disais que la troisième saison est commencée depuis le 13 janvier, qu’est-ce qui nous attend pour les épisodes à venir?

C’est une saison de dix épisodes d’environ une heure. Jusqu’ici, on a parlé d’asexualité, qui est le fait de n’avoir aucune attirance sexuelle pour autrui, de la place de la sexualité dans nos vies, de la hiérarchisation des relations amoureuses, amicales et familiales. Durant la saison, on va discuter du sexisme dans les relations de couple, de grossophobie, des attitudes qu’on prend selon les apparences et les genres, de spiritualité et de new age qui sont en lien avec le féminisme et la culture queer, ainsi que bien d’autres beaux sujets.

Vous avez eu une consolidation de financement, avec entre autres le Conseil des Arts du Canada, ce qui fait que vous avez une plus grosse équipe qu’avant. Ça doit vraiment être motivant!

C’est la première fois qu’on a du financement pour notre projet, ce qui nous permet vraiment d’aller au fond de nos idées. Au départ, on était notre équipe d’animation et Marie-Ève Boisvert au montage, qui était presque autant bénévole que nous. On arrivait seulement à la payer à coup de petits paiements provenant de Patreon. Mais maintenant, enfin, on peut rémunérer comme il se doit notre équipe. On a quelqu’un·e qui s’occupe de l’habillage sonore, ma nouvelle passion ! Le fait d’avoir une ambiance sonore et de pouvoir ponctuer certaines phrases et blagues avec des sons change tout. On a aussi des gens qui nous aident à la promo et à la coordination, on a une chroniqueuse qui est là durant tous nos épisodes. Il y a en plus des illustratrices qui nous font un dessin original pour chaque épisode, ce qui nous fait capoter ! C’est tellement intéressant de voir des artistes faire ressortir nos sujets à travers l’art visuel. Bref, tout ça, c’est presque surréel. Notre projet prend tellement d’ampleur ! Ça fait beaucoup, mais c’est tripant. Pour le moment, on vit de subventions, alors on ne sait pas si l’on va pouvoir revivre l’expérience, mais on en profite pendant qu’elle est là.

Et si l’on veut vous appuyer et vous aider, comment peut-on le faire? Aussi, comment peut-on vous contacter?

Il y a trois façons de nous supporter. On a une boutique en ligne où l’on vend des objets d’art ou un peu plus pratiques, on a aussi un système de don sur notre site web, et enfin, on a un profil Patreon où vous pouvez choisir un montant mensuel (de 3 $ jusqu’à 100 $ pour les plus généreux·euses !) qui sera débité automatiquement. Sur Patreon, pour les membres, on offre aussi des exclusivités. Par exemple, on met les entrevues en entier, ce qui rallonge le temps d’écoute de presque le double. Pour nous contacter, on a un formulaire sur notre site web, on est aussi sur Facebook et Instagram. On prend tous les messages. Que ce soit des commentaires, des critiques, des propositions de sujets ou d’invité·e·s, n’hésitez pas !

Écoutez tous les épisodes sur le site web toutesoupantoute.com, également sur YouTube et toutes vos plateformes de podcast préférées (Apple, Spotify, Pocket Casts, etc.)

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