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Un côté tout aussi sérieux que créatif, voir un tantinet givré

texte et photos par Guy Lavoie, conseiller en communication, Commission Scolaire de Kamouraska-Rivière-du-Loup

 

Agatha Christie disait qu’un crime peut être une oeuvre d’art, et un détective, un artiste.
La présidente de la première édition de la Vitrine culturelle, madame Lisianne Ouellet, enseignante et artiste en arts visuels, serait sûrement de cet avis. Dans son atelier est placardé un grand portrait de l’inspecteur Columbo avec, bien entendu, son éternel imperméable beige et froissé. Cette affiche lui a été offerte par un ami qui désirait la taquiner. Elle lui rappelle sa jeunesse, surtout lorsqu’elle allait chez sa grand-mère. « On pouvait passer plusieurs émissions en boucle et les écouter durant des heures sans jamais se lasser. » Elle se reconnaît dans ce personnage un peu brouillon, voire lunatique, à première vue inoffensif, mais qui est, en réalité, méthodique et rationnel, entêté comme pas un et drôlement perspicace. Avec humour, elle note que sa personnalité oscille entre un côté créatif, voire un tantinet givré, et un côté sérieux. C’est pourquoi elle se sent aussi bien dans son atelier de création qu’en classe. « Les membres de ma famille sont cérébraux. Toute petite, mes parents m’ont encouragée à opter pour une bonne profession où j’aurais de la stabilité, de la sécurité. Déjà à cette époque, j’étais très créative. Sur le plan artistique, j’aimais essayer plein de trucs, relever des défis de toutes sortes en arts plastiques, en théâtre, ainsi qu’en musique. Toutefois, j’étais consciente que percer dans ces domaines serait très difficile ; j’allais devoir aller m’installer dans les grands centres. En même temps, j’avais une passion pour l’éducation. C’est le genre de métier où vous êtes sûr de ne jamais vous ennuyer. Ça bouge tout le temps ; on ne cesse jamais d’apprendre. Les tâches ne sont jamais répétitives. Il faut faire preuve de beaucoup d’imagination pour intéresser les élèves, développer un cadre d’apprentissage intéressant, bien plus, stimulant. C’est un challenge que j’aime, dans lequel je m’épanouis pleinement. »

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Feuille de route impressionnante
Après avoir étudié à l’École La Croisée, à l’École secondaire de Rivière-du-Loup, puis avoir fait ses études collégiales en sciences humaines, la jeune femme a complété son baccalauréat en éducation préscolaire et en enseignement au primaire à l’Université Laval. Elle termine actuellement une maîtrise en administration scolaire. Depuis, elle oeuvre dans l’école de son enfance. Cependant, il lui manquait quelque chose. Il y a cinq ans, elle a touché pour la première fois aux arts visuels. Ce fut, pour elle, un coup de foudre. Depuis, cette autodidacte s’investit dans son art. Aussitôt qu’elle a une minute, elle peint. Cette nouvelle passion lui permet d’aller au bout d’ellemême tout en conservant un équilibre. Lorsqu’elle en parle, ses yeux s’illuminent. Et pour reprendre une magnifique phrase de Philippe Haeck, le monde devient plus animé, la terre plus verte et la nuit plus lumineuse. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ses oeuvres demeurent réfléchies. Elles témoignent même d’un engagement social. Elles se veulent écologiques, voire pédagogiques. L’un de ses thèmes préférés est en lien avec les animaux en voie d’extinction. Elle essaie de les présenter de manière à ce que les gens qui voient ses toiles se sentent concernés. Avec une insoutenable légèreté, elle s’amuse avec les profondeurs en exploitant subtilement le 3D. Elle se joue aussi des couleurs en les faisant vibrer encore plus, sans peur de choquer. Rien de contorsionné, tout en finesse, en efficacité. Elle s’exprime dans un langage à la fois structuré et transparent, tourné vers la résistance, pour aller à la rencontre de l’être humain, lui rappeler le silence, bien plus, l’indifférence, mais aussi la beauté de la vie. Il n’y a pas à dire, c’est du Columbo à son meilleur : tout est dans les détails. On aurait presque envie de répéter sa célèbre phrase : « Encore un p’tit détail… »

 

Et si l’enseignante pouvait parler à l’artiste
S’il faut en croire madame Ouellet, sans une bonne préparation, un atelier en classe sur la culture a toutes les chances de se transformer en un parcours du combattant. Il faut éviter tout flou artistique et pour cela, mettre toutes les chances de son côté. Chose certaine, la Vitrine culturelle constitue un bon point de départ pour rencontrer des intervenantes et des intervenants du milieu scolaire, pour établir des ponts, bref, pour jeter les bases de ce qui pourrait devenir une belle et grande aventure, tant pour l’élève que pour l’enseignant et l’artiste. D’entrée de jeu, la jeune femme souligne que l’idéal serait d’offrir un projet clés en main. La raison en est fort simple : le personnel enseignant est fort occupé, la tâche est non seulement lourde, mais aussi très complexe. « Avant de se présenter en classe, l’artiste doit être en mesure de proposer une démarche créative claire, de bien évaluer les besoins, de trouver le bon repère culturel, d’ajuster son intervention en fonction de la clientèle et de proposer des activités signifiantes en lien avec le programme de formation. L’enseignant est la personne la mieux placée pour le guider dans cette démarche. Il peut établir les liens avec les apprentissages à faire, quelle que soit la matière. Il peut même intégrer l’atelier dans un projet plus vaste. Il faut que l’activité ne soit ni trop difficile ni trop facile. Elle doit être orientée vers l’action. L’élève doit pouvoir s’engager. Il doit pouvoir s’émouvoir, s’y mouvoir ! » Autrement dit, l’artiste doit se demander ce qu’il veut partager. Ensuite, il peut proposer des activités en texte et photos Guy Lavoie Conseiller en communication Commission scolaire de Kamouraska – Rivière-du-Loup lien avec le niveau scolaire ciblé et l’âge des élèves. Par exemple, un peintre qui fait des couchers de soleil pourrait tenir un atelier sur les couleurs. Les notions abordées seraient différentes s’il s’adresse à un élève du premier cycle du primaire et un autre du second cycle du secondaire. Pour le premier, il pourrait leur montrer simplement à mélanger les couleurs pour en faire de nouvelles. Pour le second, il devrait s’attarder aux dégradés, à ce qui permet de mettre en valeur les couleurs. L’important est d’y aller progressivement, d’ajuster sa démarche, d’où l’importance de travailler en étroite collaboration avec le milieu scolaire. S’il est vrai, comme disait Umberto Eco, que les contraintes libèrent, les artistes ont un beau défi devant eux. « Parler de culture aux élèves est très valorisant. Ils font preuve d’une belle ouverture. Ils se sentent concernés par les arts et la culture. C’est une bonne façon pour eux d’exprimer leurs émotions, et pour nous de les intéresser, de les motiver, bien plus, de les aider à s’épanouir dans un autre contexte d’apprentissage. Une bonne expérience peut rapidement faire boule de neige dans une école, voire dans la commission scolaire. Le bouche-à-oreille demeure toujours la meilleure publicité. Si j’avais à donner un conseil à l’artiste qui est en moi, je lui dirais : “Être à l’écoute des autres est la meilleure façon de se faire connaître” », de conclure la jeune enseignante.

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