Tu n’es pas invincible

Texte | Stéphanie Simard, psychologue
Photo | Pexels de pixabay.com

« Tout est possible », « Tu peux réaliser tout ce que tu désires », « Les seules
limites sont celles que tu t’imposes » … Ça fait des années que tu construis ton identité et bâtis tes projets sur la prémisse que tu es l’artisan de ta vie. Que rien ne peut t’empêcher de devenir la version Mc Fleury Oreo extra caramel de toi même! Eh ben le trio 2020, Arruda, COVID et confinement viennent de t’envoyer toute qu’un Slap Shot dans face! Il s’avère que finalement, tu ne contrôles pas mal moins d’affaires que tu t’étais imaginé! Confiné entre quatre murs : tes projets idylliques de tour du monde, de dates romanesques ou de carrière épique sont pas mal ébranlés. Constat brutal : on est juste des humains et on ne contrôle pas tout.

La croyance d’être tout puissant pour pallier à un monde imprévisible

Les croyances de toute-puissance, de contrôle et d’invincibilité sont normales et propres à la nature humaine. Rappelle-toi comment, dès tes premiers pas (pour ceux qui ont eu la chance de grandir dans une famille bienveillante), tu apprends que tu es la 8e merveille du monde pour ne pas avoir recraché ta purée abricot-bacon. Depuis l’époque post-Woodstock et jusqu’au Milléniaux et Alphas, les familles sont moins nombreuses. Les enfants qui ont été jadis perçus comme une bouche de plus à nourrir deviennent souvent le centre de l’univers de leurs parents.

À cette impression d’être le précieux familial, ajoutons un monde constamment en changement, un grand flot d’informations, des possibilités infinies, une planète terre maganée : le cocktail parfait pour développer une croyance d’être en contrôle de tout… réflexe normal pour s’adapter à un monde inconnu et changeant. En effet, la croyance d’être fort et en contrôle a une fonction adaptative : te permettre de ne pas être constamment submergée par la nouveauté.

On ne contrôle pas tout : une désillusion nécessaire, mais difficile

Jusqu’à maintenant, aucun problème en vue, tu surfes les défis en Boodikinie, Apérol Spritz à la main et tu fais un Phelps de toi-même en défonçant les vagues de ta vie. Toutefois en trop grande dose, l’illusion d’être en super contrôle peut mener notamment à une surestimation de tes capacités, à de l’anxiété de performance et à une incapacité à te laisser ressentir des émotions difficiles.

Avant la situation exceptionnelle du COVID-19, la tendance à vouloir être
performant et à optimiser chaque moment pouvait entretenir ta fausse croyance d’être en total contrôle. Le fait de devoir ralentir et de diminuer tes standards de performance peut être accompagné de sentiments de dévalorisation. Le confinement te met devant une réalité bien souvent enfouie dans ton dernier tiroir : tu es un humain, fort, mais aussi vulnérable et limité. Ce constat te fait l’effet d’une bonne grosse gorgée d’eau chlorée de piscine du Cégep de RDL un samedi après-midi de bain libre familial? C’est tout à fait normal! Tu peux même ressentir du découragement, de la tristesse, de la colère, du désespoir… Personne n’est à l’abri.

Et si, au-delà de cette gorgée amère résidait une opportunité de te rapprocher des autres…

Nous sommes fragiles, mais plus forts ensemble

Ça n’a jamais été aussi propre chez toi : depuis le début du confinement t’en est déjà rendu à ton 5e grand ménage! Tu peux prendre un break. Au lieu de plonger dans l’obscurité de tes armoires pour faire de l’espace, je te propose plutôt d’appliquer le même principe à tes émotions : plonge en toi, fais de la place pour ce qui est désagréable, et partage, même les émotions difficiles.

Tu l’as peut-être déjà lu 15 fois sur les réseaux sociaux dans les dernières semaines, mais on ne te le répétera jamais assez : les émotions comme l’ennui, la tristesse, la solitude et la peur sont tout à fait normales, en tout temps, et surtout dans le contexte actuel ! La gorge nouée, des bouffées de chaleur, de l’agitation, tu voudrais bien ne pas ressentir toutes ces sensations qui te donnent l’impression de perdre le contrôle. Tu regardes à l’intérieur de toi pis tu te dis : « salut, moi je sacre mon camp d’icitte! ».

La bonne nouvelle c’est que ces émotions, elles te permettent de survivre et de te connecter aux autres. Par exemple, l’expression de ta tristesse permet de communiquer ton besoin d’être réconforté, ta colère permet d’affirmer que ta limite a été dépassée, ta peur permet de communiquer ton besoin de réassurance. En plus de pouvoir bénéficier du soutien des autres, verbaliser ton ressenti permet d’en réduire l’intensité. Simplement de dire « j’éprouve de la tristesse », « je me sens en colère », permet de te sentir moins envahi. En plus de tout ça, parler de ce qui ne va pas te permet de développer des relations plus authentiques et ça envoi le message aux autres que c’est ben correct de parler de comment on se sent : ya de la place.

En ces temps plus difficiles, ose être non-invincible, montre tes fragilités pis prend un break de ménage!

À propos Marie-Amélie Dubé

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