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Trois scénarios pour l’école québécoise de l’avenir

texte Jean Bernatchez, professeur-chercheur, politicologue spécialisé en éducation, Université du Québec à Rimouski

L’école est partie prenante de la société. Elle est une de ses institutions les plus anciennes, avec la famille, l’Église et l’État. Sur le plan de sa mission, l’école est un lieu d’affrontements entre traditionalistes et progressistes. Les traditionalistes souhaitent former les élèves pour qu’il.elle.s s’adaptent à la vie en société. Les progressistes veulent transformer les jeunes afin qu’il.elle.s transcendent cette vie en société. Concrètement, il y a fusion des fonctions, confusion entre elles : l’école est à la fois traditionaliste et progressiste, à la manière d’une bibliothèque qui doit conserver les ouvrages anciens, mais aussi en acquérir de nouveaux. L’école québécoise a pour missions d’instruire, de socialiser et de qualifier tous les élèves. Cela s’actualise grâce à des programmes de formation orientés vers le développement des compétences, vers le développement d’un savoir-agir de l’élève fondé sur la mobilisation et l’utilisation efficace de ressources.

Les programmes s’inscrivent dans un environnement scolaire et ils sont couplés à des services complémentaires. L’école québécoise se compare avantageusement à celles des autres sociétés, mais elle est confrontée à de nombreux défis. La prospective — soit l’étude de l’évolution des sociétés pour dégager des prévisions — utilise la méthode des scénarios
pour penser l’avenir des institutions sociales. Le scénario tendanciel prévoit la prédominance des tendances observées, la dépendance au sentier déjà tracé. Ce sentier est balisé par des politiques éducatives pensées non plus comme des outils d’émancipation individuelle et collective, mais comme des instruments d’ajustement structurel aux valeurs dominantes. L’approche par compétences traduit cela : savoir-agir dans un monde concurrentiel et menaçant. Les problèmes actuels s’accentueront : écarts entre élèves performant.e.s et en difficulté, entre écoles privées et publiques, entre programmes d’enrichissement et réguliers ; formation orientée vers les besoins du marché de l’emploi misant sur les aspects utilitaires du savoir au détriment de la culture générale.

Le scénario normatif cherche à produire l’image d’un futur souhaitable. Il commande une rupture avec les valeurs dominantes. Changer l’école impose de changer la société, et viceversa. Un développement humain durable, en harmonie avec le monde culturel (les gens) et naturel (la terre), est nécessaire. Cela implique de mettre un terme à la croissance économique sans limites. Cela impose un ralentissement et commande une éthique des fins : une vie bonne, avec et pour les autres, dans des institutions justes (Paul Ricoeur). L’école est invitée à développer le vivre-ensemble grâce à la conscientisation, à l’empathie et au slow education.

Le scénario contrasté fait la synthèse du possible et du souhaitable, de l’actuel et du potentiel. Il est à la fois pragmatique et idéaliste. Des éléments du scénario tendanciel et du scénario normatif existent dans l’école québécoise actuelle et en devenir. Des activités porteuses de sens y sont déployées, d’autres devraient l’être davantage. Prendre conscience de cela est la première étape du changement. Il est ensuite possible d’agir collectivement à l’échelle globale (avec des politiques ministérielles) et individuellement à l’échelle locale (concrètement, dans la classe). Il ne faut pas subir l’avenir, mais le construire de manière engagée, solidaire et pacifique.

À propos Marie-Amélie Dubé

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