Temps des glaces

Texte et photo | Guido Macias-Valadez

En hiver quand la nature s’habille de blanc,
elle nous apporte des sentiments contraires :
la joie des reflets d’un soleil timide,
une tristesse de l’été perdu,
la solitude du renfermement,
et l’extase d’une méditation accomplie.
Nous sommes laissé·e·s à notre compte,
mais nous réagissons avec vigueur,
en opposant au froid glacial notre chaleur humaine
et l’ardeur de notre coeur battant.

À la nostalgie des journées sombres,
on évoque le bonheur d’une oeuvre achevée.
Si l’ombre d’un chagrin nous agace,
on la dissipe avec une balade dans le sentier enneigé.
Si un spleen fait sa ronde autour de nous,
on le reçoit avec gentillesse,
mais on le plonge dans un coin caché de notre mémoire.

Si le vent souffle avec fureur,
on le défie par une courte sortie,
et profitant de son énergie on se met au travail :
si manuel·le, on martèle et tricote plus fort,
si artistique, on crée avec acharnement.
Et quand la neige tombe,
on s’étonne devant la nature qui remplit sa tâche,
en assemblant des flocons multiples,
variés et esthétiques.

L’hiver nous apporte neige, vent, pluie verglaçante,
mais c’est la prédominance du froid
qui nous fait réfléchir sur les contrastes :
en été, la canicule accablante
nous poursuit jusqu’au fond de notre chambre,
mais en hiver, on laisse le froid dehors
et l’on se retranche dans une maison bien chauffée.

Quand nous sommes au bord du Saint-Laurent,
les glaces accompagnent notre esprit endormi,
elles nous renvoient des rayons multicolores :
le jaune resplendissant d’une aube nordique,
le bleu verdâtre d’une matinée glaciale,
ou l’orange polychrome d’un crépuscule doré.

À la marée montante, le fleuve entraîne une telle
quantité de glaces,
que notre regard se glisse sur un tapis blanc magique,
jusqu’aux montagnes d’en face,
et nous laisse saisir au passage
les couleurs cachées de l’hiver.

Quand le froid nous emmène au soleil, par la fenêtre
nous admirons ses lueurs reflétées sur la neige.
On imagine alors la vie qui dort au-dessous,
et l’on admire la puissance lumineuse
d’un crépuscule boréal entouré de quelques nuages,
tamisant les rayons avec son filtre aquatique.

À propos de Marie-Amélie Dubé

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