Sous l’eau douce des mots turquoise pour peindre du gris

texte Amélie Bureau | photo Nadia Ross

J’ai vécu cette expérience théâtrale d’un seul souffle : Inspiration. Immersion complète. Expiration saccadée.

Comment est-ce que la présentation préliminaire d’une portion d’oeuvre peut aspirer toute une salle et l’entièreté de son public, et ce, pendant plus d’une heure ? Je me suis tellement accrochée solidement aux lèvres des artistes qu’à force de boire leurs paroles, j’ai manqué d’air.

Petite mise en contexte
Début août, une dizaine d’artistes se réunissent pendant une semaine pour une résidence de création à Trois-Pistoles. Fleuve, femmes, résilience, univers de légendes, violence, beauté, force. Une semaine de mise en commun littéraire, musicale, théâtrale et PLOUF ! Une onde de choc qui a envahi l’atmosphère intime, rustique et feutrée de la Forge à Bérubé.

L’expérience
Je m’attends à une mise en lecture de l’intégralité de la pièce. Je n’aurai droit qu’à des bribes de texte, des bulles, des gouttes éparses qui, pourtant, me feront quand même chavirer le ventre.

La musique et les voix me font frissonner, les mots qui ponctuent les scènes s’accordent et tissent des vagues d’émotions contagieuses. On ne peut que se laisser flotter, bercer, emprisonner, se laisser dériver et entraîner dans l’imaginaire de l’autrice. Les tons humoristiques et graves jouent main dans la main au fil du texte. Le glauque côtoie l’attendrissant. Même dans de courts extraits, on s’attache aux personnages. Et on fait partie du clan.

Aucun décor. Dans les yeux des artistes ondulent des lumières et des éclats de douleurs, de solidarité. Je vois du beau, du violent, du sombre-scintillant. La douceur me parait alors immensément plus percutante que la brutalité. Une force tranquille.

Transition
Les artistes ont eu la générosité d’offrir un moment d’échange et de discussion avec l’auditoire après la présentation. C’était nécessaire : un espace tampon entre le « pendant » et le « après ». On a pu partager nos impressions et avoir un peu du senti des créatrices et du public :

« J’me suis penchée sur cet univers parce que, pour moi, il y a une beauté et une richesse dans ces mots-là et c’est un univers juste assez flyé pour qu’on suive, mais ça fait sept jours qu’on parle de ses mille et un sens. » Wina Forget, metteure en scène.

« [L’eau] C’est un paysage qui fascine et un espace de rêve, mais aussi de sororité et de guérison. » Ariane Bourget, autrice.

« La résilience des femmes, ça passe par la parole, et la sororité, c’est de partir de l’expérience individuelle pour créer du lien et de la solidarité. » Aline Denis, coordonnatrice au Centre-Femmes Catherine-Leblond.

Suite
Je suis sortie de cette salle avec l’impression d’avoir vécu un voyage, un naufrage et une victoire, tout à la fois. J’en suis sortie avec le sentiment que j’avais vécu quelque chose d’unique et d’important. J’ai pris une grande gorgée d’air frais et je me suis dit que j’avais hâte à la suite.

Sous l’eau douce est un raz-de-marée qui aspire. C’est une ode à la parole et à la voix. Pour voir l’entièreté de la pièce, rendez-vous au Théâtre du Bic, les 31 janvier et 1er février prochain. J’y serai.

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Crédit de la production
Production : Théâtre des Petits Paradigmes Poreux
Mise en scène : Wina Forget
Autrice : Ariane Bourget
Interprètes : Stéphanie Beaudoin, Rudi Loup Duperré, Camille Lantagne, Karine Vincent
Musique : Isabelle Charlot
Scénographie : Audrée Lewka
Lumière : William Couture
Chorégraphe : Soraïda Caron
Dramaturgie : Myriam Stéphanie Perraton Lambert
Conception vidéo : Frédéric Saint-Hilaire, Valérie Simone Lavoie

À propos Marie-Amélie Dubé

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