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SMAR 2018 : Accouchement, autonomie et mobilisation citoyenne

Par Elisabeth Boucher, accompagnante à la naissance – Les Accompagnements de l’Est – elisabethdoula@gmail.com

 

La 14e édition de la Semaine mondiale pour l’accouchement respecté (SMAR) se tient cette année du 14 au 20 mai 2018 sous le thème « Reprenons notre autonomie ! ». Je vous présenterai dans les prochaines lignes mon interprétation de ce slogan et son lien avec le rassemblement citoyen pour l’accès aux services de sage-femme tenu en avril dernier à Montréal. Je commence par définir l’autonomie. Selon le dictionnaire, il s’agit de la faculté d’agir librement, l’indépendance. Politiquement parlant, l’autonomie correspond au droit de se gouverner par ses propres lois, à l’intérieur d’un État. Dans mon quotidien, l’autonomie me fait penser à mes enfants qui apprennent chaque jour à devenir un peu plus responsables et qui réalisent de nouvelles choses par eux-mêmes, en grandissant. Quand la notion d’acquisition d’autonomie s’insère dans la même phrase qu’« accouchement », je suis portée à croire que les femmes qui donnent naissance sont infantilisées, incapables de penser par ellesmêmes, de choisir ce qui est bon pour elles.

 

La société d’aujourd’hui laisse peu de place aux gens pour prendre leurs responsabilités

Et quand le verbe « reprendre » à la première personne du pluriel s’ajoute à cette association de mots, j’en conclus que les femmes qui accouchent ont été dépossédées de leur capacité à agir librement, qu’elles l’ont déjà eue, qu’elles l’ont perdue, qu’elles en sont conscientes et qu’elles cherchent à la récupérer, non sans difficulté ni sans revendication. Et ça, c’est ce qui m’attriste le plus… Car c’est pourtant leur corps, leur enfant, leur accouchement ! Toutes les décisions devraient leur revenir, à elles et à leur conjoint. Sans jugement de leur entourage ni des professionnels de la santé qui les accompagnent dans le suivi prénatal et l’accouchement. Sans désir de les forcer vers un choix qui n’est pas le leur et sans utiliser la peur et les risques pour y parvenir. J’ai rencontré des femmes qui ont décidé d’accoucher sans assistance, dans le confort de leur maison. Certains peuvent dire que c’est de la folie, que c’est dangereux. Elles peuvent avoir mille raisons de faire ce choix… Elles peuvent avoir eu d’autres expériences d’accouchement qui leur ont donné tellement confiance en elles qu’elles se sentent fortes et capables de le faire par ellesmêmes, à leur façon. Elles peuvent au contraire avoir vécu une expérience désastreuse pour un premier bébé et ainsi s’assurer qu’elles ne se feront imposer aucune intervention non souhaitée lors de la naissance de ce nouvel enfant. J’ai aussi rencontré des femmes qui ont souffert psychologiquement à la suite d’un accouchement traumatique…

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Certaines femmes choisissent de ne pas faire d’échographie pendant leur grossesse. Aux yeux de certains, ce choix apparaît immédiatement irresponsable. En effet, l’échographie permet de voir certaines anomalies qui pourraient être prises en charge immédiatement à la naissance si la femme accouche dans un centre hospitalier spécialisé. Aux yeux de ces personnes, il n’est même pas envisageable que cette femme qui refuse des soins puisse choisir de vivre avec les conséquences de sa décision. Cette femme qui choisit sciemment de ne pas faire d’échographie choisit par le fait même de réduire la médicalisation de sa grossesse, de ne pas attendre de résultats qui contiennent toujours un pourcentage d’erreur, de ne pas avoir à faire face à ces résultats… Elle choisit aussi d’accepter son enfant tel qu’il naîtra et de vivre avec l’éventualité que la santé ou la vie de son bébé puisse dépendre du temps de transfert vers cet hôpital spécialisé. Elle choisit de faire confiance et d’en assumer pleinement la responsabilité. La science d’aujourd’hui laisse peu de place aux femmes pour suivre leur instinct. Tout est mesuré, paramétré, calculé, comparé. La société d’aujourd’hui laisse peu de place aux gens pour prendre leurs responsabilités. Les citoyens peuvent facilement se laisser prendre en charge, tendre la main, attendre l’action de l’État et le critiquer quand ça va mal. Ce qui m’amène à aborder la question de la mobilisation citoyenne. J’ai participé au premier rassemblement national pour l’accès aux services de sage-femme. Une soixantaine de femmes et d’hommes venus des quatre coins du Québec se sont réunis pour échanger sur les moyens de rendre les services de sages-femmes plus accessibles pour tous(1), réfléchir sur le sujet et partager leurs idées. Partout dans la province, des groupes de citoyennes (en majorité des femmes) se mobilisent pour obtenir des services dans leur région, une mobilisation qui s’étire sur plusieurs années et qui peut devenir épuisante à la longue. Mais toujours, une relève s’assure que la demande se fait entendre. J’ai trouvé cette rencontre inspirante, riche et magnifique… Le constat est qu’il y a une pénurie de sagesfemmes, 20 ans après la légalisation entourant la pratique. L’Université du Québec à Trois-Rivières, la seule université québécoise à offrir le baccalauréat en pratique sage-femme, ne fournit pas la demande avec sa vingtaine de finissants et finissantes par année. Le modèle fonctionne, les femmes en redemandent, le ministère de la Santé est prêt à investir, mais la production de masse de sages-femmes ne se fait tout simplement pas. Au KRTB, la mobilisation citoyenne a porté ses fruits : deux sages-femmes offrent un point de service affilié à la maison des naissances Colette-Julien de Mont-Joli depuis janvier dernier. Un miracle dans le contexte actuel de pénurie. J’organise d’ailleurs un événement pour célébrer leur arrivée : tous les détails à venir sur ma page Facebook (Elisabeth Doula). Choisir une sage-femme pour son accouchement, contrairement à la croyance populaire, n’est pas une question d’être « grano ». C’est une question de choix éclairés et d’autonomie. Je conclus enfin avec le troisième mot du slogan, le plus court, qui unit le verbe et le nom, si facilement oublié : « notre ». Le déterminant possessif indique une relation d’appartenance et affirme clairement que l’action de reprendre l’autonomie dans l’accouchement est collective et appartient à tous, femmes et hommes de toutes origines. Il révèle la force du groupe et l’union. Il porte sur lui toute l’importance de la mobilisation dans la réappropriation de la naissance de nos enfants, futurs citoyens. Les personnes qui militent pour l’humanisation des naissances cherchent à recevoir un service dans lequel elles se sentent respectées, écoutées, non jugées, informées. Un service qui permet une relation égalitaire entre les deux parties, où la confiance règne. Un service qui favorise l’accouchement respecté, l’action libre et l’autonomie.

 

(1) Pour situer brièvement le contexte, il y a actuellement au Québec 12 maisons de naissance, quelques points de services, quatre maternités au Nunavik et 202 sages-femmes. À peine 4 % des femmes ont accès à leurs services.

À propos Marie-Amélie Dubé

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