Accueil / Nos sens / La Vue / Saint-Germain swigne la bacaisse depuis cinq ans

Saint-Germain swigne la bacaisse depuis cinq ans

Entrevue de Maurice Gagnon | photos Atwood Photographie et Mathieu Thériault

 

Le théâtre de la Bacaisse célébrera cet été sa 5e production au Théâtre des prés de Saint-Germain. Depuis 2014, la troupe propose des spectacles ludiques alliant le burlesque et le drame. Écrites et mises en scènes par la directrice artistique Melissa Bouchard, ces pièces abordent des thèmes que le grand écrivain Louis Fréchette qualifierait probablement d’originaux et détraqués, s’il était toujours de ce monde. Après avoir exploré les dessous du cabaret (La Truie), le western (La Brute), les coulisses de la politique avec La Ruse, la Bacaisse nous conviait l’an dernier à traquer les fantômes avec La Chasse. Pour souligner le 5e anniversaire du théâtre de la Bacaisse, La Rumeur du Loup vous présente une entrevue réalisée avec Melissa Bouchard.

 

Maurice Gagnon : Melissa, comment est né le théâtre de la Bacaisse ?
Melissa Bouchard : La Bacaisse est née d’un groupe d’amis qui ont grandi ou étudié dans la région. Ce groupe a fait ses premières armes sur la scène de l’ancien palais de justice avec L’Affaire Kamouraska et Le fleuve de mon grand-père en 2007 et 2008. Puis, chacun est parti perfectionner son art en ville pour revenir au Kamouraska en 2014, avec d’autres amis tout aussi amoureux de la campagne, plus motivés que jamais à faire promener la culture d’un bout à l’autre de l’autoroute 20.

 

M.G. : Comme le dirait Christian Bégin au moment de la révélation dans son émission Y’a du monde à messe, il y a un lien qui unit les membres de la Bacaisse, quel est-il ?
M.B. : Oh, il y a plusieurs liens ! Je crois que le principal est l’amour de la campagne, du terroir, des histoires. Et le Kamouraska est un terreau fertile à la création ! Mais je crois que tu voulais faire référence au fait que Jocelyn, Philippe et moi avons étudié en théâtre au Cégep de La Pocatière ! En effet, c’est là que nous avons commencé à travailler ensemble ! Ç’a été le coup de foudre artistique. Depuis, nous ne nous sommes plus jamais lâchés.

 

M.G. : C’était important pour vous de produire au Kamouraska ?
M.B. : Absolument. C’est là que nous avons grandi, c’est une belle région, il y a de plus en plus de jeunes qui viennent ou reviennent y vivre. Ce n’est pas une région morte. C’est important pour nous de contribuer au développement culturel de la région. C’est notre cinquième année à Saint-Germain, ce sera notre deuxième à Saint-Pacôme ; nous avons encore plein d’idées pour faire briller ce coin de pays !

 

M.G. : Votre théâtre a pourtant une facture très urbaine, n’est-ce pas?
M.B. : Je ne sais pas si « urbaine » est le bon mot. Je crois que nous faisons le théâtre qui nous plaît, qui nous passionne. Ce n’est pas parce qu’on joue à la campagne qu’on doit laisser la qualité de côté. Il ne devrait pas y avoir de différence entre le Théâtre des prés de Saint-Germain et le Théâtre du Nouveau Monde. Nous mettons du coeur dans nos projets et le public nous le rend bien. Je crois que nous faisons du théâtre pour tous.

juin48

M.G. : Sans enlever de mérite aux troupes de théâtre amateur, on peut dire que la Bacaisse offre du théâtre de niveau professionnel. Ai-je raison ?
M.B. : Nous sommes professionnels. Nous avons tous été formés dans des écoles de théâtre (Conservatoire d’art dramatique de Québec, Université Laval, UQAM) et avons déjà plusieurs expériences sur la scène à notre actif. Nous n’hésitons pas non plus à nous offrir des formations pour bonifier un spectacle. Nous avons fait du slapstick, de la danse, des arts martiaux, etc.

 

M.G. : Par les thèmes abordés, l’écriture, la mise en scène éclatée, peut-on dire aussi que c’est un théâtre audacieux ?
M.B. : Je crois que oui ! Du moins, il n’est pas conventionnel! Ce ne sont pas des discussions de salon ou de cuisine. On swigne la bacaisse, littéralement. Ça bouge beaucoup, c’est très physique, très visuel. On fait entrer le spectateur dans des univers très différents chaque fois.

 

M.G. : Vos pièces demeurent tout de même accessibles au grand public. Est-ce un critère pour vous ?
M.B. : Oui. Tout le monde peut y trouver son compte dans nos spectacles, je crois. C’est dynamique, c’est très drôle, mais c’est aussi intelligent. On fait beaucoup de références à la littérature, à l’Histoire, aux courants artistiques. Nos spectacles sont sensibles, mais surtout amenés avec humour et finesse d’esprit.

 

M.G. : Melissa, vous avez souvent parlé de votre intérêt pour l’Histoire. Vos pièces reposent toujours sur un événement en lien avec une époque choisie. Pourtant, vous prenez de grandes libertés avec l’Histoire, n’hésitant pas à inclure dans la mise en scène de désopilants anachronismes. Pourquoi ?
M.B. : J’aime jouer. J’aime jouer avec les formes, j’aime voyager. J’aime créer des ambiances et des univers. J’aime ne pas prendre le sérieux au sérieux. Mais tout est fait avec beaucoup de rigueur. J’aime que nos spectacles soient théâtraux. Non réalistes. Que nous surprenions le public. Que nous les embarquions avec nous pendant deux heures avec entracte et qu’ils ne sachent pas du tout ce qui va se passer dans cinq minutes.

 

M.G. : L’an dernier, le théâtre de la Bacaisse est descendu dans la rue en invitant les gens à participer à un parcours théâtral à saveur policière à Saint-Pacôme. Est-ce que c’est une direction que vous voulez donner à la troupe, celle de sortir des salles de spectacles ?
M.B. : Oui ! En fait, j’avais envie de créer un autre événement, un extérieur, une sorte de parcours qui permettrait aux gens de découvrir autrement le charme bucolique de la région. C’était important pour nous aussi de sortir de Kamouraska même. D’amener les gens ailleurs : c’est si beau Saint-Pacôme au coucher du soleil et le soir à la lanterne ! C’est presque magique ! Et vous et moi avions envie de faire quelque chose ensemble depuis quelque temps. Et nous avons décidé que ça serait ce projet ! Je ne voulais pas faire une visite guidée avec des faits historiques, etc. Je voulais créer une histoire, dans une autre ambiance. Et les gens ont tellement bien répondu à cette invitation ! Nous ne nous attendions pas à autant de succès ! Alors, nous allons continuer à en faire !

juin49

M.G. : Pour le 5e anniversaire au Théâtre des prés, vous avez choisi de reprendre la première pièce présentée en 2014, La Truie. Pourquoi ?
M.B. : Parce que nous avions 25 ans et en avons maintenant 30. Parce que nous avons aimé ce spectacle et les gens aussi. Nous voulions retravailler ce spectacle avec plus de temps et de moyens, et aussi plus d’expérience. L’histoire sera la même, dans les grandes lignes, mais nous promettons aux gens une version très spectaculaire !

 

M.G. : En terminant, où voyez-vous la Bacaisse dans cinq ans ? Quels sont vos projets ?
M.B. : C’est une bonne question ! Je crois que nous continuerons à tisser des liens entre la campagne et la ville, à créer des univers uniques, des spectacles vivants. Je ne cacherai pas que tout est une question d’argent — les subventions en culture étant ce qu’elles sont. Mon souhait serait que nous soyons toujours présents dans la région et que nos spectacles actuels grandissent, fassent des petits ailleurs et inspirent d’autres gens.

 

Le spectacle La Truie est présenté en formule cabaret. Des tarifs de groupe et des tarifs jeunesse, ainsi que des forfaits resto-théâ tre seront offerts. Pour plus d’information sur l’achat de billets, la campagne La Ruche et les événements à venir, suivez la troupe sur Facebook et consultez son site Web.
www.facebook.com/labacaisse/
www.labacaisse.com

 

LA TRUIE
1948, âge d’or du burlesque. Elisabeth, tenancière du cabaret de prestige La Baronne, est mise au défi par un riche client : il souhaite transformer une jeune sauvage en reine du spectacle. C’est sous le regard absent de Henri, son mari intellectuel, et avec la mauvaise foi de son majordome Valentin qu’Elisabeth concoctera à sa protégée un apprentissage des plus cocasse qui passera de l’éducation d’une jeune fille distinguée à la formation d’une icône de la scène. Si l’élève surpasse toujours le maître, qui recevra une bonne leçon ?
TEXTE ET MISE EN SCÈNE
Mélissa Bouchard
DISTRIBUTION
Marie-Pier Lagacé, Marie-Luce Gervais, Philippe Rivard et Jocelyn Paré
SCÉNOGRAPHIE
Dominique Giguère et Sonia Pagé
OÙ ?
Au Théâ tre des prés de Saint-Germain
QUAND ?
Du mercredi au samedi à 20 h, du 1er au 31 août 2018
Relâche le 10, le 24 et le 29 août

À propos Marie-Amélie Dubé

Voir aussi

Dis-moi ce que tu lis et je te dirai qui tu es

Rencontre avec Roberte Gagnon | texte Koraly Bolduc   Passionnée… enflammée… Les livres, elle les ...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *