Rivière-du-Loup se démarque des autres villes du Québec

Texte | Julie Martin, gestionnaire aux programmes culturels et patrimoniaux, Ville de Rivière-du-Loup

Rivière-du-Loup se démarque des autres villes du Québec, entre autres, sur le plan culturel en art public, par la collection d’une quarantaine d’oeuvres monumentales en plein air du Musée Bas-Saint-Laurent, qu’elle accueille dans ses espaces publics et naturels.

Pouvez-vous nous résumer les mesures qui encadrent l’art public à Rivière-du-Loup ? Y a-t-il une politique sur le sujet ?

La volonté de doter la ville d’un parc d’oeuvres d’art et de se démarquer au Québec est née au début des années 2000, soit quelques années après l’adoption en 1995 de notre première Politique culturelle. La Ville et ses partenaires travaillaient depuis longtemps pour affirmer la culture louperivoise. Dès 1967, on y trouve un centre culturel, en 1975, un musée régional en histoire et en art contemporain, en 1969, un cégep avec son département d’art appliqué et d’arts visuels et une nouvelle bibliothèque municipale en 1983. Sans compter tous les organismes culturels, les ateliers d’arts et autres initiatives inspirantes qui foisonnent à l’époque. Les acteur·trice·s en place à ce moment ont voulu créer des milieux de vie dynamiques et le besoin d’intégrer l’art aux parcs et à nos paysages urbains s’est rapidement imposé. La Politique culturelle mettait de l’avant la volonté municipale d’être un leader dans la création d’un nouveau patrimoine artistique et elle s’implique activement depuis, en encourageant l’installation d’oeuvres dans ses parcs et devant ses édifices municipaux. Déjà, en 2005, la mise sur pied du projet Publiqu’Art ville-musée prévoyait la création de cinq oeuvres par année sur le territoire louperivois !

Aujourd’hui, on en mesure les impacts et on voit l’impulsion sur la création d’oeuvres d’art public partout en ville. Je pense notamment au Charlot, créé par le Cinéma Princesse pour son 100e, ou encore à l’oeuvre du 50e du Cégep de Rivière-du-Loup installée au coin des rues Saint-Pierre et Frontenac. Sans oublier les oeuvres d’intégration de l’art à l’architecture, très attendues lors des investissements majeurs de la Ville, comme l’oeuvre de Cooke-Sasseville devant le Stade de la Cité-des-Jeunes entièrement rénové. Et attendez de voir celle à venir lorsque l’agrandissement de la Bibliothèque Françoise-Bédard sera terminé !

Cependant, avec l’art public viennent certains enjeux, dont la disponibilité des espaces publics et la pérennité des oeuvres. La Ville compte d’ailleurs se doter d’ici deux ans d’une politique d’art public à l’exemple de plusieurs villes afin de préciser les principes de conservation, les critères de sélection, la gestion et la diffusion.

La cohabitation des citoyen·ne·s et des oeuvres nécessite certainement des mesures de sensibilisation, comment cela se déploie-t-il ?

La clé de la réussite est dans l’accessibilité des oeuvres, dans le souci d’intégration et dans la mise en oeuvre d’outils pour que les gens les comprennent et se les approprient. Une oeuvre d’art n’a pas besoin d’être expliquée pour être aimée, mais on gagne à découvrir la pensée de l’artiste, le choix des matériaux et la vision qu’il·elle veut décrire. Des visites ponctuelles et des circuits de découverte avec des panneaux d’interprétation permettent à la population de s’informer et de se sensibiliser à l’art public et à son rôle.

François Maltais
Le Visionnaire, 2013
Emplacement La MRC de Rivière-du-loup
Photographie : Catherine Roy

Ces oeuvres font, en quelque sorte, partie intégrante du patrimoine de la Ville. Y a-t-il des enjeux de conservation et de pérennité qui en émanent?

La conservation et l’entretien des oeuvres d’art public s’avèrent un défi, d’abord en raison de la quantité d’oeuvres d’art et ensuite en fonction de leur composition. Certaines ont une durée de vie limitée en raison du choix des matériaux. Les sculptures en bois, par exemple, ou celles qui comprennent des pièces métalliques ont besoin d’un entretien régulier pour assurer leur durabilité. Les enjeux amènent des questionnements constants sur la pérennité des oeuvres et les interventions pour les préserver en respectant les créations des artistes.

L’intégration de l’art en espace public permet de démocratiser l’accès à l’art et aux oeuvres d’artistes ; quel est le rôle qu’une ville a à jouer pour ce faire ?

L’accessibilité à la culture est un facteur de réussite et ce champ d’expertise cadre parfaitement avec la mission d’une ville. Rivière-du-Loup reconnaît la culture comme un axe majeur de développement de la collectivité, tant au plan économique que social. Stimuler la créativité contribue à créer des milieux de vie dynamiques et améliore la qualité de vie des citoyen·ne·s ; un objectif au coeur de nos préoccupations.

La préservation du patrimoine est un sujet sur toutes les tribunes actuellement au Québec, et à Rivière-du-Loup également. Croyez-vous que nous sommes à un tournant important au Québec en matière de préservation du patrimoine bâti ?

Préserver notre héritage collectif est une garantie de succès pour l’avenir, notre avenir doit se baser sur notre histoire culturelle, nos racines et nos spécificités. C’est une richesse, à n’en point douter. C’est ce qui fait que le Vieux-Québec, par exemple, est si prisé des visiteurs étrangers et que l’on aspire tous et toutes à visiter des lieux emblématiques lors de nos voyages. Il fait bon vivre dans les vieux quartiers parce qu’ils sont à échelle humaine et qu’ils ont un couvert végétal mature, mais aussi parce qu’ils sont chaleureux et que les murs ont une histoire qui nous ressemble. Souvent, j’entends les gens parler de la rue Lafontaine et parler de son caractère chaleureux, de sa convivialité et de ses beaux édifices, notamment les plus anciens. Plusieurs ignorent l’évolution qui s’est faite depuis quarante ans. Si les gens voyaient les images des commerces et des façades transformées dans les années 1970… Ils comprendraient tout de suite que, si rien n’avait été fait pour protéger notre patrimoine, nous aurions perdu énormément de richesse collective. C’est grâce à la mise en place d’une réglementation adéquate et de programmes de restauration pour la requalifier qu’elle a conservé son cachet. Les secteurs protégés du Vieux Rivière-du-Loup et du Vieux Saint-Patrice n’auraient pas non plus l’aspect qu’ils ont aujourd’hui s’ils n’avaient pas été protégés. Rien n’est acquis sans effort !

J’ai personnellement beaucoup de respect pour ce que les gens ont construit grâce à leur savoir-faire et aux matériaux nobles et de qualité qui perdurent encore aujourd’hui. Pour que le patrimoine demeure vivant, il doit évoluer avec ses propriétaires. Combien de maisons ont été agrandies dans le dernier siècle pour suivre la taille de la famille ? C’est un processus normal que d’évoluer. On entend souvent que les maisons anciennes coûtent cher à entretenir ; pourtant, dans le contexte actuel de pénurie de matériaux, de rareté de la main-d’oeuvre et de poussée inflationniste, construire à neuf est devenu un luxe. Espérons que la restauration et le maintien d’actifs en bénéficieront. Cette perspective de développement durable devrait être mise de l’avant.

En tant que spécialiste du patrimoine, à qui revient la responsabilité de la préservation du patrimoine ? N’est-ce pas une responsabilité collective ?

La responsabilité est individuelle et collective. Tout comme on apprend à nos enfants notre culture québécoise, notre histoire et notre langue, le respect de notre héritage et de notre patrimoine devrait faire partie du cheminement éducatif. Nous avonstous et toutes cette obligation, selon moi, de préserver et de se souvenir. Des photographies de famille, aux objets de la vie quotidienne jusqu’aux bâtiments patrimoniaux, nous avons une responsabilité individuelle, puis collective. Le gouvernement et les villes qui ont le souci de la préservation du patrimoine font le pari que cette richesse contribue à la qualité de vie des citoyen·ne·s. Nos politiques du patrimoine prévoient des actions en continu. Recherche, sensibilisation, protection et mise en valeur sont les défis quotidiens pour préserver le legs que les générations passées ont laissé. S’adapter, s’intégrer et préserver notre patrimoine et nos paysages culturels tout en le gardant vivant s’avère une image de marque sans aucun doute. De multiples projets ont su tirer parti du patrimoine, qu’on pense aux édifices centenaires qui abritent notre bibliothèque et notre hôtel de ville ou encore aux belles demeures accueillant les restaurants Intercolonial et l’Innocent. Ailleurs dans la région, pensez à la microbrasserie Tête d’Allumette ou à la Pizzeria des Battures qui ont redonné une autre vocation à des lieux patrimoniaux. Ces projets ont du succès et les gens s’y attachent naturellement pour leurs qualités esthétiques, leur originalité et leur authenticité. Rien à voir avec des matériaux composites : les vieilles pierres et les vieilles planches ne se démodent pas !

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