Regards croisés sur l’innovation sociale

Texte_Marie-Amélie Dubé

La Corporation de développement communautaire (CDC) des Grandes Marées est au coeur des innovations sociales de notre communauté par la nature même de ses activités puisqu’elle collabore à l’amélioration des communautés avec de nombreux organismes dans les MRC de Rivière-du-Loup, des Basques et du Témiscouata.

Qui dit amélioration, dit automatiquement changement.

Qui dit changement, sous-entend innovation.

Sans peut-être même le savoir, les personnes impliquées dans le milieu communautaire appliquent de manière instinctive les théories du changement1 dans leur écosystème de travail.

Les organisations sociales et communautaires vivent des problématiques et défis au quotidien et tentent de les résoudre afin d’avoir de l’impact sur les conditions de leurs membres et de leurs bénéficiaires.

C’est par des actions de sensibilisation et de mobilisation collective qu’elles peuvent enclencher le changement des mentalités, des comportements et des attitudes pour avoir un impact sur le bien-être des communautés.

Un modèle de gestion à plusieurs têtes

La CDC des Grandes Marées se démarque par son mode de gestion organisationnelle horizontal. Ainsi, Maud Barbeau Arseneault, Marina de Seta, Amélie Bureau et Charlotte Gilbert se partagent la coordination de l’organisme.

«On souhaitait partager à la fois les responsabilités, mais également les prises de décision. C’est unmodèle qui est en évolution et en questionnement continu.», explique Maud, qui fut la deuxième ressource à rejoindre Amélie à la CDC et qui a précédé l’arrivée de Marina et de Charlotte.

Cette façon de travailler inspire beaucoup le quatuor qui en retire plusieurs avantages :
• Un partage des visions de chacune permettant d’approfondir un sujet ou une situation sous plusieurs angles ;
• Des remplacements facilités en cas d’absence ;
• Une séparation équitable des salaires ;
• Un cadre de travail basé sur la confiance, sans pression, ni contrôle qui repose sur une esprit d’équipe, qui se veut solidaire;
• Un style de gestion qui favorise la relève, puisque la connaissance du milieu ne repose pas que sur une seule ressource;
• Une diminution de la charge mentale.

Le travail effectué de manière horizontale, dans une structure non-hiérarchique qui se déploie à l’intérieur même de l’équipe, est en adéquation avec les valeurs d’entraide, de démocratie et d’autonomie de l’organisme et qui teintent les relations avec ses membres.

[1] Une théorie du changement est une représentation schématique et synthétique de la façon dont on pense que le changement doit se produire. C’est une méthodologie de planification stratégique qui permet de définir la vision ultime d’un projet ou d’une organisation, puis de cartographier les étapes préalables nécessaires afin d’arriver à accomplir cette vision, à travers une feuille de route ou un cadre conceptuel. On y retrouve notamment : les changements ou impacts à court, moyen et long termes visés par l’intervention, les différents moyens mis en oeuvre pour atteindre les changements visés et les publics ciblés. Le schéma peut également expliciter les hypothèses ou présupposés du projet et ses conditions de succès. Source : www.mis.quebec.com

La Mission

La CDC des Grandes Marées est un regroupement d’organismes communautaires oeuvrant dans divers champs d’activités sur le territoire des MRC de Rivière-du-Loup, du Témiscouata et des Basques, dont la mission est d’assurer la participation active du mouvement populaire et communautaire au développement socioéconomique de son milieu.

Maud Barbeau Arseneault, co-coordonnatrice
Photo_ Catherine Roy | Illustration_Léa Delignies

Marina de Seta, co-coordonnatrice
Photo_ Catherine Roy | Illustration_Léa Delignies

Avoir un impact positif sur la communauté

La CDC participe au quotidien à soutenir ses membres par de la formation, de l’accompagnement à la mise en place de nouveaux projets ou à l’organisation d’activités. Ses actions ont plusieurs objectifs :

REGROUPER dans la région du KRTB les groupes communautaires, les groupes populaires, les groupes bénévoles, les groupes de femmes, les entreprises d’économie sociale ainsi que les coopératives à vocation sociale afin de développer localement la plus grande vitalité démocratique possible et défendre auprès des instances appropriées les intérêts de même que les points de vue des membres et de la communauté.

FAVORISER le développement communautaire et la consolidation des organismes communautaires, des groupes autonomes et des coopératives à vocation sociale, et ce, par la promotion des réalisations du milieu communautaire et par la mise sur pied de partenariats de services, la mise en commun de ressources humaines, matérielles et financières selon les cas ainsi que la création de nouveaux services/ressources susceptibles de répondre aux besoins des membres et de la communauté.

DÉVELOPPER des liens avec les regroupements d’organismes communautaires et les regroupements de groupes de femmes.

SUSCITER la concertation entre les groupes communautaires, les groupes de femmes et les coopératives à vocation sociale, de même qu’encourager la complémentarité avec d’autres partenaires publics, privés, associatifs et communautaires dans le but de promouvoir la justice sociale et l’équité économique.

SOUTENIR ET PROMOUVOIR, en collaboration avec d’autres partenaires, des initiatives de développement économique local comme l’émergence des entreprises communautaires à vocation sociale qui favorisent une plus grande vitalité sociale et économique.2

Valoriser la richesse du travail invisible

Certains tabous planent autour du milieu communautaire à l’effet que c’est difficile d’y travailler. Évidemment, prendre soin et aider des humains est un travail invisible qui demande des postures d’empathie et d’écoute, mais aussi une bonne connaissance de ses limites et une capacité d’autogestion des émotions.

Ce domaine est malheureusement peu reconnu et mériterait d’être valorisé davantage. On se questionne sur les causes qui expliquent que le milieu communautaire accuse un retard au niveau des salaires et est sous-financé. « Est-ce parce que ce sont majoritairement des femmes qu’on ne voit pas la valeur de tout ce travail ? On sait que depuis toujours les femmes s’investissent dans la relation d’aide.Mais ce travail à une valeur financière qui n’estmalheureusement pas reconnue, alors que c’est une richesse ! », complète Amélie Bureau.

« On fait partie des rares milieux qui accordent de l’importance à l’expérience des individus, plutôt qu’aux diplômes. On reconnaît aussi les équivalences des nouveaux et nouvelles arrivant·e·s et leurs expériences de vie », explique Charlotte Gilbert. Le milieu communautaire est un modèle d’acceptabilité sociale innovant et sensible aux enjeux d’intégration.

Néanmoins, une personne qui va dans le communautaire le fait pour ses valeurs parce qu’elle est sensible aux enjeux sociaux et qu’elle désire améliorer les conditions de vie de sa communauté.

[2] www.cdcgrandesmarees.org

Amélie Bureau, co-coordonnatrice
Photo_ Catherine Roy | Illustration_Léa Delignies

Charlotte Gilbert, co-coordonnatrice
Photo_ Catherine Roy | Illustration_Léa Delignies

«Accepter que le changement et l’adaptation fassent partie du quotidien» – AMÉLIE BUREAU

Les allié·e·s du milieu communautaire : les bénévoles

Alors que le milieu communautaire est réputé pour donner beaucoup à la communauté, l’inverse se confirme également. Beaucoup de bénévoles dynamisent le milieu communautaire. Par exemple, chaque organisme est constitué en conseil d’administration où siègent majoritairement des bénévoles. « C’est une implication et un engagement vraiment important pour notre réseau et qui vient avec plusieurs responsabilités, je crois que c’est vital de le souligner !», ajoute Marina de Seta.

Certaines activités des organismes de la région sont aussi réalisées grâce à la participation de bénévoles, telles le dépannage alimentaire, le soutien à la comptabilité, et l’accompagnement individuel.

Toutefois, la relève en bénévolat préoccupe le milieu. Comment valoriser cet engagement dans la communauté ? Comment collectivement pourrions-nous mettre en place des passerelles pour favoriser le recrutement et motiver une relève ? Voilà un chantier qui a été démarré en 2019 avec l’événement Trouve ta couleur.

Un lien numérique en temps de pandémie

En raison de l’étalement de ses membres sur le territoire du Bas-Saint-Laurent, la CDC était déjà confrontée à l’éloignement. Ainsi, des formations hybrides (en présence et à distance) étaient déjà parties prenantes du quotidien. Toutefois, avec la pandémie, les organismes ont dû développer une meilleure connaissance des outils collaboratifs en ligne et des bonnes pratiques en matière d’animation à distance. Ainsi, la CDC s’est tenue proche, mais à distance, en offrant un accompagnement soutenu dans le développement des compténces numériques de ses membres. « On s’est rendu compte plus que jamais qu’il fallait accepter que le changement et l’adaptation fassent partie du quotidien», conclut Amélie Bureau.

Voilà une conclusion qui met en lumière le changement de posture vers lequel tendre pour devenir un acteur de changement dans sa communauté et agir comme un levier d’innovation sociale !

Les différentes échelles de l’innovation sociale

01 – Innovation frugale
C’est une démarche qui permet de répondre à un besoin le plus simplement et efficacement possible, en utilisant un minimum de moyens, souvent en transformant l’usage d’un service ou d’un produit existant. On fait référence ici au fameux «Système D», c’est-à-dire de chercher des opportunités dans l’adversité, de faire plus avec moins, de penser et d’agir de manière flexible, de viser la simplicité, d’inclure les personnes en situation d’exclusion au sein de solutions existantes, etc.

02 – Innovation incrémentale
Il s’agit d’une amélioration à une innovation existante, qu’elle soit technique ou organisationnelle. Cette amélioration nécessite peu d’opérations complexes. Elle permet de prolonger la durée de vie d’une solution (service, produit, processus, etc.) en la faisant évoluer au fil des besoins de ses usager·ère·s ou de la problématique envisagée.

03 – Innovation de rupture
On fait référence ici à une innovation majeure qui bouleverse et transforme radicalement tant les habitudes des décideur·euse·s, producteur·trice·s et fournisseur·euse·s que celles des communautés, client·e·s et usager·ère·s sur un enjeu social défini.

Source : https://www.mis.quebec/comprendre-et-explorer/pourquoi-innoversocialement/

À propos de Marie-Amélie Dubé

Voir aussi

Folidéco : Au coeur du village de Cacouna

Texte | Lynda DionnePhoto | Yvan Roy Au coin des rues de l’Église et du …

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *