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Raynald Légaré, 50 ans d’inspiration

par Maurice Gagnon | photo Christian Thériault

 

« Nous étions le mouvement, nous sommes le mouvement et nous serons encore le mouvement. Nous sommes partout à la fois. »
Raynald Légaré m’avait fixé rendez-vous, chez lui, dans le Rang 6 de Mont-Carmel. En apercevant cette maison, assise au bord de la route, avec sa façade en bardeaux, ses boîtes à fleurs accrochées aux fenêtres et son solarium, j’ai su que j’étais devant sa porte sans même consulter le plan imprimé depuis Google Maps. Je ne suis pas surpris de voir apparaître son visage barbu et affable dans la moustiquaire. Il sourit quand je lui dis trouver que sa maison lui ressemble. Comme lui, elle a du vécu tout en conservant une allure juvénile. Raynald cumule cette année cinquante ans de vie artistique. C’est pour parler de cette belle carrière de peintre et de sculpteur que je suis chez lui. Il m’invite à le suivre dans son atelier. Là encore, le temps perd son emprise. Des toiles aux couleurs vives tapissent les murs. D’autres, plus petites, sont alignées sur la table au centre de la pièce. La porte de son réfrigérateur sert de panthéon aux photos de ses idoles : Riopelle, Picasso, Chopin, Édith Piaf, Nelligan… De vieux albums des Beatles ou de Jean-Pierre Ferland côtoient l’originalité d’un CD d’une jeune et visionnaire Klô Pelgag. Les souvenirs sont tout sauf nostalgiques.

 

UNE MAISON DE CAMPAGNE
Né à Québec où il a grandi et vécu une bonne partie de sa vie d’adulte, Raynald Légaré rêvait depuis longtemps d’une maison de campagne. Enfant, il passait ses étés avec son frère aîné sur la ferme d’un oncle et d’une tante à Saint- Godard-de-Lejeune dans le Témiscouata. C’est là, pendant que son frère s’adonnait aux travaux agricoles, qu’il mangeait les fraises au lieu de les ramasser, laissant son esprit vagabonder et sa mémoire se remplir des images et des odeurs de la nature. Il voyait les espaces. La liberté. « De retour chez moi, il me fallait des jours pour m’en remettre », avoue-t-il. À 19 ans, Raynald achète à Saint-Agapit une maison de campagne qu’il revendra deux ou trois ans plus tard. Puis, il se marie et s’installe à Beauport. Le couple heureux a deux enfants. Diplômé en arts plastiques et en andragogie [pédagogie adaptée aux adultes], il travaille comme technicien en audiovisuel et enseigne la photographie.

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RÉALISE TON RÊVE
Près de la retraite, Raynald Légaré visite un ami gravement malade à la Maison Michel-Sarrazin. « Si tu as un rêve à réaliser, fais-le donc », lui lance-t-il. Ce conseil devient son leitmotiv. En 1999, en passant par le Rang 6 de Mont-Carmel, il est convaincu que c’est à cet endroit qu’il veut vivre. Heureux hasard, une vieille maison est à vendre. Il la visite. Elle lui plaît. Il fait une offre qui est acceptée. Jusqu’en 2003, Raynald y vient les week-ends et la rénove en respectant son architecture pour en faire son oasis permanente de tranquillité et de création. Comme un bonheur n’arrive jamais seul, il y retrouve l’amour auprès de Pauline. Elle apporte sa touche à la décoration intérieure. En dehors de ses activités artistiques, Raynald marche en nature ou écoute de la musique dans des styles aussi variés que le rock progressif, le blues et le classique. Sa vie avec Pauline est faite de petits plaisirs, comme celui de savourer une bonne bière.

 

UNE CENTAINE D’EXPOSITIONS
En cinquante ans de carrière comme artiste peintre et sculpteur, Raynald Légaré a participé à 100 expositions, 61 collectifs et 39 en solo. Il a publié des livres d’artistes et des recueils de poèmes. Son plus récent titre, Ivoire, a été lancé en avril dernier. Avec l’appui de la Municipalité de Mont-Carmel, il a implanté à Mont-Carmel un sentier culturel où la peinture, la musique et la poésie sont mises à l’honneur. Il compte, un jour, compléter le parcours en y ajoutant la sculpture et la photographie. Raynald Légaré se définit davantage comme un créateur solitaire. « J’ai de la misère à travailler devant les gens. C’est pourquoi je ne participe pas à des symposiums », dit-il. L’acrylique demeure son médium préféré. C’est quand il laisse aller sa spatule, suivant le conseil que lui a donné Raoul Duguay lors d’une visite à son atelier, que l’artiste prend son envol. « J’ai fait du figuratif au début de ma carrière, surtout des paysages et des horizons, mais maintenant j’en fais très peu », conclut-il. Sa poésie se campe davantage dans le concret. En vers, Raynald nous parle de nature, d’inspiration, de poésie, d’amour, de son village d’accueil, du temps qui passe. Le texte est court. Chaque mot serti dans un écrin précieux. L’après-midi tire à sa fin. Je repars avec la copie d’Ivoire qu’il m’avait demandé d’apporter pour y inclure une mini-toile. Je suis touché par cette attention. Au-delà du talent, il y a la gentillesse. La délicatesse. Des bras qui s’ouvrent mille fois plus grands que cette route à perte de vue dans le rétroviseur. Au delà de l’artiste, il y a l’ami.

À propos Marie-Amélie Dubé

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