Quand même les intervenant∙e∙s sont à risque de troubles de santé mentale

Texte | Corporation de développement communautaire des Grandes Marées
Illustration | Tête à l’envers – Licré

La Corporation de développement communautaire (CDC) des Grandes Marées est un regroupement d’une soixantaine d’organismes communautaires répartis sur les territoires des Basques, du Témiscouata et de Rivière-du-Loup. Comme regroupement, nous sommes aux premières loges pour assister aux difficultés que vivent les travailleur·euse·s d’organismes communautaires autonomes.

On dit souvent que pour travailler dans le communautaire, il faut avoir le coeur sur la main, être dévoué·e… Heureusement, on critique de plus en plus cette logique du dévouement qui mène tout droit au burnout ! Comme leur nom l’indique, les organismes à but non lucratif ne font pas de profits et dépendent donc entièrement de subventions, de levées de fonds et de dons. Malheureusement, force est de constater que ces sources de financement sont beaucoup trop minces, et ce, malgré le besoin criant de la population.

Les organismes communautaires sont souvent le dernier rempart contre les injustices sociales, mais il est ironique de voir que les travailleur·euse·s de ces organismes se retrouvent eux·elles-mêmes en situation de précarité.

Au cours de la dernière année, 233 organismes du Bas-Saint-Laurent ont participé à un sondage pour identifier leurs besoins en lien avec le nouveau contexte social découlant de la pandémie. Les résultats de ce sondage illustrent de graves difficultés auxquelles font face les organismes communautaires, notamment des difficultés touchant les ressources humaines, comme la difficulté de recrutement de personnel, la surcharge de travail, beaucoup de stress et de fatigue, des heures supplémentaires importantes et un roulement sans précédent. Il s’agit d’un cercle vicieux très dangereux parce que le manque d’employé·e·s fait grandir la charge de travail, et ce, souvent jusqu’à l’épuisement, ce qui augmente ensuite la charge de travail des collègues restant·e·s. Un taux de 48 % des organismes répondants au sondage déclarent avoir perdu au moins un·e employé·e au cours de la dernière année. Sachant que 79 % des organismes répondants comptent de 1 à 10 employé·e·s, la perte de personnel peut facilement précariser les activités des organismes communautaires autonomes.

« En 8 ans de travail dans le communautaire, je n’ai jamais vu autant d’employé·e·s partir en épuisement professionnel ! », constate Charlotte Gilbert, co-coordonnatrice à la CDC des Grandes Marées.

À terme, les équipes sont tellement réduites qu’il suffit qu’un·e seul·e employé·e tombe malade pour que l’organisme doive fermer ses portes, pénalisant grandement ceux·celles qui ont besoin de leurs services.

Avant la pandémie, seulement 41 % des organismes répondants disaient avoir un financement suffisant pour mener à bien leur mission. Ce n’est donc pas surprenant que nous nous retrouvions face à cette situation, alors que la pénurie de main-d’oeuvre frappe maintenant toutes les organisations. On dit aussi souvent que les organismes communautaires arrivent à faire des miracles avec des fonds de tiroirs… Imaginez tout ce qu’on pourrait accomplir si l’on avait les moyens de mener à bien nos missions !

Les organismes se sentent comme des soupapes pour le réseau de la santé, qui est lui aussi surchargé. Malgré tout, la reconnaissance financière de la part des gouvernements ne suit pas les énergies investies par les organismes. Il est grand temps de prendre soin des organismes communautaires autonomes et de leurs travailleur·euse·s, autant qu’iels prennent soin des personnes auxquelles iels viennent en aide.

À propos de Marie-Amélie Dubé

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