Quand le 7 n’est pas chanceux

Texte | Max Bélisle, préposé au délire
Image d’en-tête | mohamed Hassan de pixabay.com

Le 7e art ne tient clairement pas son 7 de la chance. À l’observer de loin, on dirait qu’on ne sait pas trop quelle tournure prend cet art. En tout cas, moi je ne le sais pas ! C’est mon texte, bon ! On dirait que le divertissement, maintenant, on en a 75 % sur l’écran qu’on a dans les poches ; et que, ce qui mange la claque, c’est le cinéma.

Il y a aussi les gens qui ont la moitié de la gear du Cinéma Princesse dans leur soussol, c’est non négligeable. Pouvoir s’offrir la tranquillité d’un film, avec le mou de son pyjama et l’absence d’ASMR de « mangeage » de pop-corn et de « buvage » à la paille, c’est quand même bien ! Oui, oui, je sais, il existe de ces gens qui ne se clenchent pas tout leur snack pendant les previews ! L’enfer, c’est les autres, y paraît, et ça réduit la plus-value de l’expérience de salle, veut, veut pas… Si l’on parle de la gang des « casual checkeux·euses de vues », y reste plus énormément de films que l’on doit absolument voir sur ces écrans-là et avec ces systèmes de son-là. Ça prend du bruit, des explosions, des bangs, des chars, des explosions, des automobiles, des explosions, des voitures, des explosions, du feu, du jaune-orange, des flammes, de la boucane, des booms, de l’artifice, des basses qui te font vibrer l’entre-jambes sur ton siège. J’ai-tu dit « des explosions » ? Le ténébreux dialogue de personnages profonds vivant des péripéties riches vers un dénouement poignant… le·la « casual checkeux·euse de vues » va l’apprécier à 98 % avec sa 32 pouces !

Ce qui m’amène à une deuxième claque : les séries. Tes personnages préférés auxquels tu t’attachais normalement en deux heures, les voici maintenant en neuf saisons, mais que ça commence à être bon juste à la troisième ! Si le cinéma maison était un coup « dins » jarrets du contenant cinématographique, la série en est un dans le contenu. Le verbe « bingewatcher » a fait son entrée dans le langage populaire et il n’est pas près d’en sortir. La forme cinématographique a des exigences nouvelles et les modèles changent. Le divertissement de deux heures est encore là, mais plus que jamais, il ne faut pas se dire « Oui, mais ça aurait été meilleur en série ». Maintenant, faut que ça dure deux heures, que t’en veules pas plus sur le coup, et que s’il y a des suites, qu’elles se consomment en format de deux heures elles aussi. Rushant, tu dis ?

De plus, comme deux claques c’était pas assez, à l’essence même de toute forme d’art, il y a l’imagination. En temps de culture woke, y a-t-on encore un droit aussi inaliénable ? Ou est-ce qu’un projet de fiction, quel qu’il soit, passe automatiquement dans un filtre d’analyse de salon au nom d’un monde plus juste que l’on souhaite ultimement dans le réel ? Filtre qui, sans censurer, peut « décâlicer » une oeuvre au profit d’un narratif extérieur auquel trop de gens accordent une valeur trop importante. Un autre soupir ? Un nouveau défi ?

« Crisse que t’es négatif Max ! » Je vous devance sur ce call-là ! Vous avez raison, mais j’arrive avec de la lumière. Suivez-moi encore une couple de lignes ! Y’a un art à redéfinir ici. Quel chemin ça prend ? Le court métrage, le·la tripeux·euse artsy, budget réduit, créateur·trice de beau, réalisateur·trice de flash… Est-ce qu’elle est là, la lueur ? À l’heure du vidéo viral consommé à la pelle et très court, est-ce que le short peut arriver à rejoindre le·la « casual checkeux·euse de vues » ? Est-ce que les Kino, les « microfilms giga-fests » ou festivals Vues dans la tête… de ce monde sont la voie à suivre pour se réapproprier un cinéma intéressant qui se rebâtira un sentier à lui-même, un artisan à la fois ? Est-ce qu’il y a là des options à échelle régionale intéressantes, une expérience de visionnement différente ? Je le souhaite. À vos caméras, à vos sièges, à vos tiroirs (c’est là que traînent les scénarios négligés), c’est PARTI !

À propos de Marie-Amélie Dubé

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