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Quand Google censure

texte Sam Harper

 

L’Internet en Chine est caché derrière ce qu’on appelle couramment le « Grand Firewall de Chine ». Ce pare-feu informatique fait partie d’une stratégie plus large de contrôle de l’information. Le Projet bouclier doré, développé au début des années 2000, exerce un contrôle et une censure sur le réseau interne et l’usage qu’en font les citoyens chinois. De l’autre, le « Grand Firewall » filtre le trafic provenant de l’extérieur, comme le sont par exemple les sites Facebook et le New York Times. Ce blocus a pour but de permettre un plus grand contrôle sur la population, bloquant l’accès à du contenu considéré comme étant critique du régime.

 

GOOGLE DÉVELOPPE UN « ENGIN DE CENSURE »
Au mois d’août, le site Web The Intercept a publié un article révélant, à l’aide d’une fuite de documents internes, que la compagnie Google développait en catimini une application Android proposant un moteur de recherche « censuré » pour le marché chinois. Google était présent en Chine entre 2006 et 2010 et s’était attiré de vives critiques pour sa complicité dans la censure imposée par le régime chinois. En 2010, la compagnie de Mountain View en Californie avait décidé de se retirer de la Chine. Mais, il faut croire que l’appât du gain que représentent 750 millions d’internautes a eu raison de leurs principes. Selon les données publiées par The Intercept, le travail sur une application de recherche respectant les volontés du Parti communiste chinois aurait débuté au printemps 2017. Ce projet, appelé Dragonfly, implique une centaine d’employés et était gardé secret. Cette application serait en mesure de repérer les sites bloqués par le « Grand Firewall » et de les omettre des résultats de recherche. Elle pourrait aussi être en mesure de bloquer certains termes de recherches « sensibles », comme les droits de la personne, le mouvement Falun Gong ou la brutalité policière, qui n’afficheront alors aucun résultat. Ceci s’appliquerait également aux recherches d’images.

 

LA COLÈRE DES EMPLOYÉES
Les révélations de The Intercept ont causé une vague d’indignation à l’intérieur de la compagnie. Les groupes de discussion internes étaient le théâtre de vifs débats. Une lettre dénonçant ce projet comme étant contraire aux règles d’éthique de Google a circulé entre les employés. Ils revendiquent plus de transparence et le droit de faire partie des consultations, et exigent de savoir ce qu’ils devront construire. Cette opposition interne de la part d’employés de Google rappelle une révolte interne qui a eu lieu plus tôt cette année et qui a mené à l’annulation du projet Maven, un contrat pour développer de l’intelligence artificielle pour les drones de l’armée américaine. Une campagne soutenue par des milliers d’employés qui refusaient de participer au « business de la guerre », avait poussé la compagnie à annuler le contrat. Google n’a pas encore fait de déclaration officielle, affirmant qu’elle ne commente pas ses prochains projets. Dans une rencontre interne, Sundar Pichai, le PDG, aurait déclaré que le projet était « exploratoire », ce qui semble en contradiction avec les documents internes publiés par The Intercept et qui faisaient état d’un produit qui devait être prêt bientôt. L’avenir nous dira si l’opposition interne sera suffisante pour faire reculer Google dans son projet de développer un moteur de censure. Nous pouvons cependant nous réjouir de voir les employés du géant informatique agir à titre de conscience morale.

 

À propos Marie-Amélie Dubé

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