Quand fondent les glaces

Texte | Daisy Winling, journaliste pigiste
Photo | Lucas Harrison Rupnik

Depuis qu’elle est sortie diplômée de l’École nationale de théâtre en 2010, l’autrice dramatique Rébecca Déraspe, originaire de Rivière-du-Loup, accumule les récompenses pour ses pièces. Elle est actuellement en résidence d’écriture et de recherche à la Bibliothèque et Archives nationales du Québec pour travailler sur son projet Les glaces.

« Les glaces, c’est une pièce qui va traiter de la question du consentement sexuel, et comment la question du consentement et du désir s’est transformée avec les années, comment on analyse aujourd’hui les événements d’une autre façon qu’il y a 20 ou 30 ans », résume-t-elle.

Comme son personnage qui revient chez ses parents pour faire face à un événement survenu dans son passé, Rébecca Déraspe, qui a passé son adolescence à Notre-Dame-du-Portage, y situe sa pièce presque « inconsciemment ». « L’hiver à Notre-Dame-du-Portage, on voit les glaces sur le fleuve, poursuit-elle. Ça m’a toujours inspirée, ces glaces-là. Quelque chose qui est glacé finit nécessairement par fondre, donc on va nécessairement devoir faire face à ce qu’il y a dans ces glaces. »

LE POUVOIR DE LA FICTION

Rébecca Déraspe veut comprendre les réalités contemporaines pour mieux l’interroger à travers ses pièces. « C’est souvent par la fiction que j’arrive à comprendre une autre réalité que la mienne. Ma façon de comprendre les réalités, c’est en essayant de les écrire, c’est pour ça que j’ai voulu écrire une pièce là-dessus », explique-t-elle.

La façon de s’y prendre, selon elle, c’est par l’empathie. « Je vais tout faire pour que ma pièce soit bienveillante, nuancée et complexe. Je n’ai pas du tout envie d’aller dans un procès d’intention. Je ne vois pas pourquoi je ferais ça autrement. Tout ce que j’ai écrit, je l’ai écrit comme ça », déclare-t-elle. Il ne s’agit donc pas de mettre les spectateur·trice·s sur la défensive, mais plutôt de déclencher la réflexion et mieux, l’introspection, puisque le sujet concerne tout le monde. « Mon idée, c’est de ne pas partir avec de grandes accusations, mais au contraire d’essayer de comprendre quelle est notre responsabilité collective dans ces questions-là, comment faire en sorte que nos enfants ne soient pas comme nous victimes d’inégalités sexuelles. »

LE TEMPS DE LA NUANCE

Pour parler d’un sujet aussi sensible avec toutes les nuances possibles, il faut du temps, « le temps de fouiller et documenter ». Rébecca Déraspe a commencé à travailler sur le projet bien avant d’entamer sa résidence d’écriture en janvier. Elle l’a débuté il y a deux ans et remarque qu’il a bien changé depuis, ne serait-ce que dans les éléments de langage se rapportant aux abus sexuels, qui ne serait plus le terme approprié. « D’ailleurs, il ne faut plus utiliser “abus sexuel”. Je me suis fait reprendre la semaine dernière. Il faut dire “violences sexuelles”. La langue se transforme constamment, et l’on doit toujours se réadapter aux réalités contemporaines », précise-t-elle.

Ce temps passé à la Bibliothèque et Archives nationales du Québec lui permet d’avoir accès à des documents historiques. Assistée de bibliothécaires et d’archivistes, elle cherche à savoir comment les gens se parlaient de désir au siècle dernier. Quand le discours religieux a été supplanté par le discours féministe, c’est tout le rapport collectif au désir qui s’est transformé dans la société québécoise, rapporte l’autrice, et c’est cette question qu’elle creuse actuellement.

Cet automne, Rébecca achèvera sa résidence d’écriture avec une lecture de sa version de travail. Elle espère que la pièce sera jouée pour la saison 2022-2023.

Sources
Communiqués de presse | BAnQ
La Louperivoise Rébecca Déraspe remporte le Prix Michel-Tremblay | infodimanche.com
Rébecca Déraspe | L’art de la nuance | La Presse
Rébecca Déraspe :: Auteure

À propos de Marie-Amélie Dubé

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