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Protéger ou rendre accessible ?

texte Samuel Moreau | photo Mathieu Dupuis

 

L’an dernier, le Parc national du Lac-Témiscouata accueillait plus de 57 000 visiteurs. Quand autant de gens circulent sur ce territoire rempli d’espèces rares, d’écosystèmes sensibles et de sites archéologiques, comment « vocation touristique » peut-elle rimer avec « préservation » ? Pour vraiment conserver ce territoire, ne serait-il pas mieux de réduire la présence humaine au minimum ? L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) désigne différentes catégories d’aires protégées en fonction du gradient d’intervention humaine. La catégorie I regroupe les réserves naturelles intégrales et les zones de nature sauvage. Ces aires protégées existent principalement pour la préservation. Des activités de recherche y ont lieu et l’accès au public est limité. La catégorie II est celle des parcs nationaux. De conservation moins intégrale que l’aire de catégorie I, le parc national est géré pour préserver des écosystèmes à des fins récréatives. C’est d’ailleurs grâce à cette définition que les parcs nationaux du Québec portent la désignation « nationale », même s’ils sont administrés par la Sépaq et non par le gouvernement fédéral. L’UICN y permet la tenue d’activités scientifiques, éducatives, récréatives et touristiques, de même que certaines activités de prélèvement, comme la pêche sportive. Ce cadre donne donc une première base de réponse. La mission d’un parc national est de conserver, oui, mais aussi de rendre accessible ce territoire. Au Québec, le Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs désigne des aires de conservation à l’intérieur des différents parcs nationaux. La zone de préservation ne prévoit aucune infrastructure et permet les activités n’ayant que peu d’impact sur le milieu naturel, comme la randonnée. Plus de la moitié du territoire du Parc national du Lac-Témiscouata est ainsi désigné. La zone d’ambiance permet certains aménagements, comme des haltes d’interprétation et des campings rustiques, et des activités plus intensives, comme le vélo et le kayak. Finalement, la zone de service permet des aménagements importants, tels que des centres de services et des campings avec eau, égouts et électricité. Au Parc national du Lac-Témiscouata, ces zones couvrent 4 % du territoire.

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Lors de la construction d’une infrastructure, qu’il s’agisse d’un camping de 80 emplacements ou d’un sentier rustique peu aménagé, le parc procède à une caractérisation. Ce processus
consiste à réaliser différents inventaires floristiques, fauniques et archéologiques pour déceler tout élément rare ou sensible. Si une découverte est faite, l’infrastructure est déplacée, ou adaptée au cas par cas. Mais même si la mise en place des infrastructures permet d’éviter de nuire au milieu naturel, comment faire pour que les nombreux visiteurs, eux, se comportent correctement ? C’est pour cette raison qu’une réglementation stricte existe dans les parcs, et que des gardesparcs s’assurent de leur application. Ces règles ne sont pas seulement des façons de faire internes, elles sont dictées par les lois et les règlements de la province. Pour s’assurer que les activités du parc n’ont pas un impact sur le milieu naturel, une série de suivis sont regroupés sous le Programme de suivi des indicateurs environnementaux. En réalisant des protocoles sur la qualité de l’air, de l’eau, ainsi que sur l’état d’infrastructures et d’espèces indicatrices, le parc peut déceler tout changement dans l’écosystème parfois fragile du parc. Mais malgré toutes ces précautions, il est certain que 57 000 visiteurs causent plus d’impact qu’aucun visiteur. Par contre, il faut voir plus large. Il faut prendre en considération les milliers de campeurs qui, après un séjour dans un territoire protégé, auront peut-être plus envie de protéger leur planète. Il faut prendre en compte les citadins qui viennent chaque année se reconnecter avec la nature. Il faut mesurer l’impact qu’a ce contact privilégié avec la nature auprès des milliers d’enfants qui, chaque année, découvrent les beautés et les fragilités des animaux et des plantes qui nous entourent. Mais surtout, la conservation d’un territoire ne peut pas se faire seulement avec quelques projets de recherche. C’est l’affaire de toute une population. Sans l’accès à ce territoire, comment une communauté pourrait-elle se l’approprier et ainsi s’assurer de sa préservation pour les générations futures ?

À propos Marie-Amélie Dubé

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