Préjugez-moi !!!

Texte et Illustration Pierre Sénéchal

L’Hiver ! Il est là, il nous habite et il s’impose. Il se dépose sur nous avec ses bons et ses mauvais côtés, car il est lumière, paix, froid, violence, vie et mort. Mais il est surtout inévitable, fidèle et profondément ancré en nous.

Comme l’hiver il y a plein de trucs comme ça qui nous définissent, nous unissent et consolident le tronc commun de notre collectivité. Il y a aussi la somme de nos expériences personnelles qui s’ajoute et donne une couleur unique à chacun d’entre nous, un spectre chromatique infini, riche et complexe, probablement trop complexe pour l’être humain. Ce qui m’amène à réfléchir avec vous sur ce que j’appelle ma « théorie des p’tites cases ». Ce réflexe, ce besoin universel de tout classer à partir de notre propre prisme personnel, de la somme de nos croyances et de nos connaissances. Ça aide, paraît-il, non seulement à organiser notre pensée, mais aussi à nous éloigner de la folie et de l’aspiration du vide. Et L’être humain, vous le savez, a horreur du vide !

AVEZ-VOUS DES PRÉJUGÉS ? ? ?

Oh quelle vilaine question ! Des préjugés ?
Moi ? Euhhhh, penserais pas. Réflexe de protection. La réalité étant que oui bien sûr tout le monde en a. Tout le monde porte en lui sa part de préjugés, certain.e.s j’en conviens s’étant approprié une part plus généreusement que d’autre.

Mais définissons d’abord ce qu’est un préjugé. En simple c’est un jugement, une idée préconçue à partir de nos critères personnels, qui ne tient pas compte de la réalité de l’objet de notre jugement. Notez qu’un préjugé peut orienter en bien ou en mal notre perception d’un sujet donné.

Des exemples ? Facile ! Écoutez la radio de Québec …. euhhh, ouais, celle-là elle était peut-être un peu facile, mais effectivement la démagogie et l’information approximative carburent essentiellement aux préjugés et aux raccourcis intellectuels.

« Les B.S c’est toute une gang de lâches »
« Les riches c’est tous des voleurs »

Ou dans le préjugé dit « positif »

« Y viennent d’une bonne famille c’est sûr qu’ils sont corrects »
« Les Italiens sont tous de grands séducteurs »

Et la liste des idées préconçues est longue. Cependant mon point est plutôt de réfléchir à l’impact négatif de croire et de faire perdurer un préjugé. Simplement parce que c’est une perception fausse, simpliste et erronée qui ne s’appuie pas sur la réalité, mais sur une chimère, un amalgame de croyances, une courtepointe de clichés. Bref une opinion bricolée. Et de les apposer à des individus est non seulement faux, injuste, mais aussi bien souvent préjudiciable.

Combien de gens sans emploi, collés avec une image négative d’eux-mêmes sont incapables de reprendre confiance en leurs moyens ? Combien d’immigrant.e.s talentueux.ses se heurtent aux portes fermées des préjugés toxiques à leur égard ? Combien de femmes lumineuses sont éteintes par une mentalité de petit mononcle ? Combien d’enfants extraordinaires n’atteindront pas leur plein potentiel au contact d’adultes incomplets et méconnaissant de leur développement ? Combien d’artistes hyper sensibles se briseront comme faïence heurtée par une société dure comme le parquet de la bourse ? Et combien d’ainé.e.s porteur.se.s de sagesse et de savoir seront non consulté.e.s et deleté.e.s ? ? ?

Le préjugé tenace puise sa force dans la facilité avec laquelle les gens y adhèrent. Il devient rapidement une croyance, même plus, une certitude. À ce niveau plus rien de rationnel, il prend force de vérité comme toutes les mauvaises idées. Et il glace ses victimes comme l’hiver et sa housse de plomb. Je reprends l’horrible préjugé du prestataire de sécurité du revenu.

« Les BS, y sont tous lâches. »

En ce qui me concerne, cette affirmation est une atrocité . Surtout quand la vie nous amène à côtoyer des prestataires de la sécurité du revenu comme une mère monoparentale, veuve, avec 4 enfants, une formidable maman. Ou encore une dame vénérable, force de la nature qui entamait sa 24e année de bénévolat dans un organisme communautaire destiné à aider les plus démuni.e.s d’entre nous. Comme cet homme, invalide suite à un accident de travail qui offre des transports gratuits à des personnes âgées depuis près de 10 ans. Des personnes absolument formidables, inspirantes, des démolisseur.se.s de préjugés.

SOYEZ SAGES !

Pour réellement mériter vos cadeaux de Noël, je vous invite à un petit effort. Un exercice de style et de valeur, allez vous êtes capables. Essayez d’identifier en vous un préjugé tenace, tsé la mauvaise idée qui vous traverse la tête de temps en temps et qui colle à quelqu’un d’autre une étiquette qu’elle ne mérite peut-être pas. Et bien, allez à la rencontre de ces gens que vous méprisez, que vous craignez, que vous ignorez et surtout, que vous ne connaissez pas aussi bien que vous ne le devriez ….

Faites cette réflexion. Et méfiez-vous des croyances, des certitudes au mépris de la connaissance et de l’ouverture. Parce que la principale différence entre les croyances et la connaissance vous la connaissez ? Les croyances, elles ne demandent pas d’effort.

À propos Marie-Amélie Dubé

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