Portrait d’Oscar

Texte | Élisabeth Beauséjour

Oscar n’aimait pas vraiment les gens, sûrement à cause de la pitié qu’exprimaient leurs yeux à son égard. La seule compagnie qu’il appréciait était celle de son chien avec qui il pouvait entretenir de longues conversations dans sa maison de campagne, mais pas celle où il avait grandi, car il en était parti dès qu’il avait pu, à ses 18 ans. Parfois, il allait visiter sa mère qui habitait cette grande demeure, autrefois majestueuse, mais qui avait maintenant des allures lugubres. Chaque fois, lorsque Oscar recommandait à la vieille femme de déménager, celle-ci répondait, le regard dans le vide, qu’elle ne pouvait abandonner Aimée-Rose. Oscar hochait alors la tête et continuait sa lecture. Il aimait bien les livres, mais pas autant qu’il aimait ses marches, dans la forêt en automne. Non seulement l’activité lui dénouait les articulations et permettait à son chien de courir, mais les paysages remplissaient sa tête de couleurs qu’il étalait ensuite, le soir venu, sur une de ses grandes toiles. Adolescent, il peignait presque toujours sa soeur. Il la trouvait belle et pure, et la petite fille aimait faire la pose. Cependant, il y avait bien des années qu’il avait arrêté de peindre des portraits. Maintenant, Oscar s’en tenait aux paysages.

Son matériel artistique se trouvait au sous-sol de la demeure de sa mère. Ce soir-là, il avait un ardent désir de mettre sur toile ce qu’il avait observé plus tôt en après-midi. Arrivé chez elle, il fit attention de ne pas la réveiller et ramassa son matériel. Une fois chez lui, il se mit à l’oeuvre. Au moment où il déposait le pinceau sur la toile vierge, les traits d’un visage familier s’esquissèrent.

Il n’en croyait pas ses yeux ; c’était bien le visage d’Aimée-Rose qui se dessinait. Il était bouleversé, car sa soeur était pourtant disparue depuis de nombreuses années. Son étonnement fut de courte durée. En effet, une frousse l’envahit et c’est alors qu’il décida de couvrir de blanc les traits commencés. À ce moment, il vit apparaître des lettres au bas de la toile. Celles-ci semblaient former une adresse. Il la nota, sans toutefois la reconnaître.

Sans plus attendre, il sauta dans sa voiture, accompagné de son fidèle compagnon, afin de se rendre à ce lieu mystérieux. Après de longues heures à rouler, il commençait à désespérer, car cette adresse ne semblait plus exister. Au moment où il s’apprêtait à faire demi-tour, il vit une maison située un peu en retrait de la route. Celle-ci ne semblait plus occupée depuis fort longtemps.

Il n’eut aucune difficulté à ouvrir la porte. Sur la table de la cuisine, un mot était gravé : jardin. Sa curiosité l’emporta et il se dirigea immédiatement vers celui-ci. Une minuscule croix, sur laquelle le nom de sa soeur était inscrit, avait été plantée, et ce, sûrement depuis un bon moment déjà. En un instant, il reconnut l’écriture de sa mère. Une angoisse encore plus grande s’empara de lui.

Au moment où il entrait dans sa voiture, il vit, sur la banquette arrière, une croix similaire portant son nom. Alors qu’il reculait, ce qu’il vit dans le rétroviseur lui glaça le sang… Comment sa mère pouvait-elle se trouver à la fenêtre ?

Auteur·trice·s : Élisabeth Beauséjour, 4e secondaire, pour la situation initiale ; création collective du groupe 47 pour le reste de l’histoire.
Élèves de Mme Isabelle D’Amours, enseignante de français, 4e secondaire.

À propos de Marie-Amélie Dubé

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