Pneumothorax… As-tu déjà entendu ce mot-là, toi ?

Texte | Catherine Roy
Photo | Julie Houde-Audet

Le jour où je reçois un téléphone de l’hôpital à la suite d’une relecture de radiographie et que la médecin me dit que j’ai un pneumothorax… j’écoute attentivement ce qu’elle me dit, mais JAMAIS, jamais je ne comprends l’ampleur de la chose.

Je me présente donc à l’urgence, et on m’attend vraiment beaucoup… Après avoir repassé une radio, je rentre au triage et hop ! on m’escorte derrière, dans un des lits de l’urgence. On m’installe sur l’oxygène. Je trouve ça encore plutôt cocasse puisque je publie une photo de moi avec le masque d’oxygène dans ma jaquette d’hôpital…

La médecin d’urgence me rassure, elle va me faire voir par le chirurgien de garde. Quand il arrive, ça semble si simple ! On m’offre de retirer l’air par un petit trou percé dans mes côtes et que je pourrai retourner chez moi, que cette option souvent évite le drain. (Encore là, je ne sais même pas c’est quoi le drain, mais ça semble être logique comme suite des choses.)

On m’installe, me perce, et on aspire autour de 2500 ml d’air dans la journée ! C’est l’équivalent de deux sacs de lait ! Je passe la journée à l’urgence externe et retourne chez moi en soirée. Je dois retourner le lendemain matin passer un rayon X. Je passe la meilleure nuit depuis 10 jours ! Je ne tousse pas et je respire tellement bien ! (J’ai eu l’influenza avant le pneumo. J’ai probablement trop toussé, ce qui a créé une fissure au poumon.)

Le lendemain, je me réveille. À peine une demi-heure plus tard, je sais que l’air est de retour. J’ai une pression sur la poitrine et je suis étourdie. Je prépare un petit sac au cas où je dois y rester encore toute la journée (loin de me douter que ce sera 8 jours !).

C’est si simple dans la bouche du médecin. « OK, on va devoir t’installer un drain. Normalement, on laisse le drain quelques jours, une semaine, tu retournes chez toi avec le drain, et on surveille ça. » Bon, OK !

Alors, on recommence ! Je repasse par l’inscription, le triage, et on m’installe derrière. Cette fois, je demande un petit quelque chose pour la douleur parce que la veille, ça avait quand même été douloureux, l’aspiration de l’air. Et là, je sais que le tuyau sera plus gros…. Je repasse à la salle d’op de l’urgence. On me prépare, me gèle la zone et me gèle le cerveau ! Ça se passe bien puisque je ne sens pas grand-chose ! Quinze minutes, tout est fait. J’ai maintenant un tuyau qui me sort du corps et qui se rend sur une petite boîte que je devrai traîner avec moi…

Mon calvaire commence. Je dégèle et mes côtes sont en état de choc ! Je ne tolère pas du tout la douleur. Je suis crispée et « spasmée ». Je peux à peine bouger, je dois même me tenir le bras dans mon autre main pour éviter que les muscles sous mon aisselle bougent. Rien ne se passe comme prévu. Je ne tolère toujours pas la douleur, même rendu en soirée. Impossible pour moi de m’imaginer sortir du lit et me rendre chez moi. On procède à mon admission. Je suis montée au 4e étage dans une chambre et je passe les 48 prochaines heures buzzée ben raide sur les narcotiques et encore ! J’ai un répit d’environ 1 h 30 sur les 4 h de délai entre les doses, le temps que chacune fasse complètement effet et avant qu’elle ne recommence à perdre de son efficacité. Je compte les minutes jusqu’aux prochaines doses. J’ai encore si mal que je ne peux absolument pas me coucher autrement que sur le côté, le bras surélevé sur des oreillers. Je dors pratiquement en continu pendant ces deux journées-là.

La troisième journée, le samedi, je vais mieux. Je peux enfin me lever, endurer le drain sans drogues le jour, me promener sur l’étage. Par contre, je commence à ressentir des drôles de bulles d’air monter le long de mes côtes… Ça s’intensifie et ça me fait peur. Je demande à mon doc si j’ai une fuite. Encore là, je ne m’étais pas posé de question. J’attendais que l’air s’en aille, j’allais retourner chez moi bientôt. Mais non, mon trou est encore là, donc chaque fois que je respire, l’air entre dans l’espace pleural et est aspiré par le drain qu’on a mis sur succion pour aider à évacuer l’air et permette au poumon de prendre son expansion totale. Je suis donc branchée sur un aspirateur ! Et c’est douloureux ! Je sens tout mon côté se « succionner » intensément pour ensuite entendre un gros bruit d’air qui sort. Je suis percée. Je perds un peu la boule et je pleure. Je commence à réaliser que c’est grave. On commence à évaluer la possibilité que je doive être opérée pour refermer le trou. Le dimanche matin, je fuis encore. Beaucoup. La décision se prend dans la journée. Je devrai me rendre à Québec pour me faire opérer. Je reste branchée sur la succion.

Cette nuit-là, mon corps décide de se réparer. La fuite cesse. À mon réveil, je réalise que je n’ai plus de fuite ! Je me plie, me tords, tousse, essaie de voir si ce n’est pas juste un problème de drain momentanément coincé quelque part à l’intérieur de mon corps… Mon poumon s’est colmaté ! Un miracle ! À ce moment-là, je dois quand même me rendre à Québec pour rencontrer les spécialistes et décider de mon sort puisqu’il reste quand même un peu d’air dans l’espace pleural.

Mon séjour à l’IUCPQ est troublant. Je suis entourée de gens vraiment très malades. Je séjourne sur l’étage des chirurgies thoraciques. La plupart sont là pour des cancers du poumon. Je me trouve presque chanceuse avec mon petit pneumothorax. J’y passe quand même quatre jours durant lesquels il sera décidé que je ne serai pas opérée, simplement parce que j’hésite. Mon corps m’a guérie et j’ai envie de lui faire confiance. Je trouve que c’est une grosse chirurgie que de me faire couper et brocher le poumon tout de même ! Même s’il y a risque de récidives selon les études, je tente ma chance. Le processus est long. On clippe le drain pendant 24 h, on surveille, on fait des radios trois fois par jour. Le lendemain, on retire le drain. Un autre 24 h sous surveillance. J’ai enfin mon congé le jeudi. À ce jour, je suis hospitalisée depuis huit jours. Le retour à la maison est doux.

La bataille n’est toutefois pas gagnée. Quelques jours plus tard, je suis anxieuse. Je ressens encore un peu quelque chose et je veux aller vérifier. Peut être que c’était juste mon anxiété au départ qui m’a fait me rendre à l’hôpital, mais à la radio on voit bien que l’air est de retour, de façon plus modeste, mais quand même. Je lâche un beau TAB dans le bureau du doc.

Je suis mélangée entre la déception, la frustration, la tristesse ou l’épuisement. Je décide à ce moment même que je dois lâcher prise et donner le temps à mon corps de guérir. Moi qui pensais recommencer à enseigner mes classes de yoga la semaine d’après. Je cancelle tout. Session en cours. Contrats de photo. Et je me mets en mode résilience. Peu importe ce qui allait se passer, guérison naturelle ou chirurgie, je devais accepter de mettre ma vie active sur PAUSE. Si vous me connaissez, vous savez que Catherine, assise ou allongée, ça ne se peut juste pas ! J’ai toujours un million de choses à faire. J’ai de l’énergie à revendre et je passe une grosse partie de mon temps à m’entraîner lorsque je ne travaille pas. Donc le repos pour moi est une chose que je dois apprivoiser à la maison. Se reposer en voyage quand on sait qu’on peut à tout moment se lever et bouger, c’est facile ! Mais se reposer parce que maintenant je ne peux pas bouger… c’est tough !

Mon corps me surprend encore. Il récupère tranquillement. Je revois mon doc seulement dans deux semaines ! Quel changement que de passer un rayon tous les deux jours !

J’ai toujours milité pour une vie active, une vie saine, une alimentation saine, des habitudes de vie saines. Ma vie, c’est mon désir de partager la santé et le mouvement. C’est une claque au visage que de réaliser qu’à tout moment ton poumon décide de te lâcher simplement ! Chaque épreuve dans ma vie m’a fait grandir, mais celle-ci, elle passe moins bien. Pourquoi ? C’est quand même un organe vital ! Parce que même si tu fais tout parfaitement dans ta vie, que tu t’entraînes, que tu te couches tôt, que tu ne fumes pas, que tu manges bien, vraiment bien… la santé n’est JAMAIS ACQUISE. J’ai vu sur l’étage des opéré·e·s du cancer du poumon, des préposé·e·s et des accompagnateur·trice·s qui sortaient fumer. Je n’en reviens encore pas. Tous les jours de voir ce que les gens vivent parce qu’ils ont fumé… et aller fumer. Je suis abasourdie.

Mon message est encore plus criant. Prends soin de ton corps. C’est si fragile. Tellement fragile. Est-ce que je vais maintenant vivre craintive ? Sûrement un moment. La vie reprendra son cours. Mais je sais à partir d’aujourd’hui que je peux vivre une récidive et que ce sera un aller simple vers la chirurgie. Mais je préfère ne pas y penser. Pour moi, c’est clair ! Je vais guérir et ça ne reviendra jamais ! Mais il y a toujours ce petit doute qui survole quelque part derrière. En attendant, je ne désire qu’une chose, continuer à honorer mon corps qui me permet chaque jour de voir le coucher de soleil. N’attends pas, OK ? Demain n’est jamais certain.

SELFLOVE.

À propos Marie-Amélie Dubé

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