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Plus grand et plus beau

Avoir une pensée pour quelqu’un se résume souvent à se l’imager. Lorsqu’il s’agit d’une personne décédée, c’est tout ce qu’elle a représenté pour soi qui émerge. Au décès, la présence de la personne est remplacée par la rencontre des anecdotes de l’un et d’une autre. C’est le partage que font les endeuillés. Et cela est beau. Chacun offre le souvenir qu’il a de cette personne, parce que fier des moments symboliques vécus ensemble. En pensant à Marcel Caron, c’est égoïstement à moi que je pense, car il me rendait important. Il me faisait voir tout le fantastique en moi et me le présentait en compliments. Toujours pour me rendre plus grand. Toujours pour me rendre plus beau. Lui et moi avions notre langage commun pour discuter. Nos envolées lyriques étaient teintées de la même essence : ce qui nous plaisait bien. Plus il y en avait ; plus nous étions en joie.

C’était un artiste. À tout instant. Et de tous les arts, il était passé maître dans celui du service. De cet art découlent la courtoisie et la gentillesse, mais c’est l’élégance et la mise à l’honneur de l’autre qu’il m’a appris. La personne avant le produit et le bon produit pour cette personne. Parfois, on achetait moins afin de revenir plus fréquemment. Souvent, on débordait, question de prolonger cet instant. La clientèle devait être privilégiée en entrant dans la boutique. Pour ce faire, l’hôte doit figer le temps pour permettre une pause à son invité. Réussir cela, c’est maîtriser l’art du service. Cela se peut. J’ai vu ce prodige se produire devant moi. Privilège que je chéris.

encontrer Marcel signifiait être accueilli par plus d’un bonjour lancé à la volée ou par une bise à la joue frôlée. Cette sincérité vous était personnellement destinée. Parfois, un zeste d’exubérance dans le propos ou le geste rehaussait la salutation. Pourquoi nous en aurait-il privés ? Il gagnait nos sourires avec facilité et c’était un plaisir que de les lui offrir. La même déférence de l’arrivée était accordée au départ. Cela signifiait poursuivre sa route en ayant reçu une dose de fierté pour ses accomplissements, une dose d’encouragement pour ses objectifs et une dose de confiance en soi pour reprendre le cours de la journée ; là où il l’avait arrêtée. Convaincus de tous les possibles, certains d’être les meilleurs, nous finissions par nous dire qu’il voyait vrai en nous : nous sommes grands et beaux ! Ce fantastique, comme promis, je continuerai de le nourrir à dose de fierté, d’espoir et de confiance ; comme il me l’a si bien fait prendre conscience.

Tommy Lavoie
Partenaire de travail et ami

Marcel, je l’ai rencontré souvent, comme vous tous, sur la rue Lafontaine, selon ses emplois dans un restaurant, un bar, un café, et tout dernièrement au Vrac, au service à la clientèle, avec encore ses mêmes manières d’aristocrate d’une amabilité rare, le tout accompagné d’un sourire complice impossible à oublier. Oui, Marcel nous aimait tous. Il avait une affection toute particulière pour les artistes, les poètes, les gens de théâtre, les créatifs en général et les vieilles dames en particulier. On le lui rendait, cet amour, par notre complicité. Marcel, on ne t’oublie pas, car à ta manière, tu étais tout un personnage. Parole d’artiste.

Michel Lagacé


crédit photo François Gamache, collection privée Marc Larouche

À propos Marie-Amélie Dubé

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