Pieds nomades et pieds dansants au Théâtre de la Goélette / Entrevue avec Shauit

Texte | Marie-Amélie Dubé
Photo | Carlos Guerra

L’organisme Rivière-du-Loup en spectacles offre pour une 2e année consécutive des spectacles sur contribution volontaire qui auront lieu les jeudis à l’amphithéâtre extérieur, du 7 juillet au 25 août à 20 h. En cas de mauvais temps, les spectacles seront déplacés à la salle du Bon Pasteur de la Maison de la culture.

C’est 300 spectateur·trice·s qui pourront profiter des différentes soirées festives au nombre de sept cet été. Un service de bar sera offert pour agrémenter vos découvertes musicales.

Il y en aura pour tous les goûts ! Blues, jazz, musique du monde, folk, hip-hop, rock et chanson seront de la partie !

BLUES — Angel Forrest | 7 juillet
FOLK — Étienne Coppée | 14 juillet
MUSIQUE DU MONDE — Shauit | 21 juillet
HIP-HOP — KNLO | 28 juillet
ROCK — Poulin | 4 août
JAZZ — Benjamin Deschamps | 11 août
CHANSON — Marie-Élaine Thibert | 25 août

Et comme nous avons le pied nomade à La Rumeur du Loup, nous sommes naturellement attiré·e·s par la musique du monde. Notre coup de coeur de cette programmation est Shauit – même si l’on a un petit faible pour Étienne Coppée ! Hé !

Voici donc un extrait de l’entrevue réalisée avec Shauit en amont du présent magazine.

MÉTISSAGES EN MUSIQUE
Entrevue avec Shauit

Peux-tu me raconter ton histoire avec la musique ? À quel moment est-elle arrivée dans ta vie ?

La musique a toujours fait partie de ma vie, car mes parents étaient de grands mélomanes. Le premier instrument que j’ai eu venait de mon père. C’était un accordéon jouet. Évidemment, c’était en plastique et ça n’a pas duré longtemps ! Plus tard, vers onze ans, j’ai joué de la trompette pour la fanfare de la garde paroissiale à Manseau. On jouait de la musique accompagné par ces gens-là qui travaillaient pour la paroisse et l’église. Je n’ai jamais vraiment compris ce qu’ils faisaient [Rires], mais on faisait de petites parades comme ça. J’étais tout simplement content de pouvoir jouer de la musique. J’étais arrivé en retard comparé au reste du groupe. Toutefois, à la fin, je m’étais tellement bien rattrapé que je suis devenu l’un des meilleurs trompettistes.

Vers treize ans, après que je sois tombé en amour avec la musique innue, c’est là que j’ai eu ma première guitare. À cette époque, avant que Kashtin devienne populaire, on ne connaissait pas vraiment la musique autochtone au Québec. Il faut dire que moi-même, je ne me connaissais pas en tant qu’Innu. Mes parents s’étaient séparés lorsque j’étais jeune. J’ai donc été coupé de ma mère et je ne parlais pas ma langue, l’innu-aimun. Je suis allé à Maliotenam vers mes douze ans, et c’est là que j’ai rencontré mes cousins et cousines, et je suis tombé en amour avec leur festival Innu Nikamu.

Tu ne parlais pas ta langue. Donc tu as dû la réapprendre ?

J’ai déjà demandé à ma mère pourquoi elle ne me l’avait pas apprise. Ce qu’elle m’a répondu reflète la pensée d’une grande partie d’Innu·e·s, selon ce que j’ai remarqué. Elle m’a dit que d’abord, elle trouvait ça important que je puisse communiquer avec mon père, et aussi, que je puisse être bon en français pour aller loin à l’école. Bien des Innu·e·s ont ce genre de pensée ; iels veulent que leurs enfants soient mieux. Alors les parents parlent en français à leurs enfants, et les enfants entre eux·elles aussi. On est vraiment en train de perdre notre langue.

Ta musique est très métissée avec plusieurs genres, ce qui peut rappeler ta propre histoire, ayant un père acadien et une mère innue. Est-ce que c’est naturel pour toi de mélanger les langues, les sons, les musiques ?

Absolument. En plus de la musique autochtone, plus tard dans mon adolescence, je suis tombé en amour avec la musique reggae. Je ne parlais pas encore innu-aimun dans ce temps-là, mais juste à l’entendre, je sentais que ça pouvait bien se marier. Aussi, j’adore la diversité de mon band. Par le passé, j’ai déjà joué avec un Sénégalais et un Chinois. Ce dernier était déjà allé en Afrique et y avait appris le wolof. C’était le genre de personne qui pouvait apprendre une langue en trois mois. Il était impressionnant ! C’était super de le voir parler avec le Sénégalais dans sa langue. Ce sont des histoires comme ça que j’aime, quand le mélange des cultures prouve qu’à la base, on est tou·te·s pareil·le·s.

À propos de Marie-Amélie Dubé

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