Paroles et visions, Ville de Rimouski : Entrevue avec Guy Caron

CONSOLIDATION DU TERRITOIRE URBANISÉ
Dans chaque ville ou village du Québec, on trouve des espaces vacants ou sous-utilisés dont la consolidation permettrait d’optimiser l’utilisation du territoire et ainsi consolider les infrastructures en place de même que diminuer la demande d’étalement. Quelles actions pensez-vous pouvoir prendre pour assurer ou motiver la requalification ou la densification de terrains ou bâtiments actuellement sous-utilisés ?

En tant que maire, la question de densification est extrêmement importante pour moi. Rimouski est une ville très peu dense, avec une grande superficie pour sa population de 50 000 personnes. Puisque nous avons eu trois milieux villageois qui se sont fusionnés à Rimouski, soit Sainte-Blandine, Le Bic et Pointe-au-Père, ça a accru notre territoire, mais a également créé de nouveaux défis. Ce que j’ai proposé à plus long terme est une révision du plan d’urbanisme. Nous avons une bonne base de plan, toutefois, ce n’est pas une base qui, selon moi, fait suffisamment place à la densification. Par exemple, nous essayons de changer les usages afin que des familles utilisent des jumelés ou des multiunités, mais c’est difficile ; nous rencontrons de la résistance de la part de citoyen∙ne∙s. Je crois que la meilleure manière d’attaquer la question est de réviser notre plan d’urbanisme, car de manière générale, les gens comprennent les bienfaits et intérêts de la densification. C’est quelque chose qui va aussi amener une modification du règlement de zonage, afin de faciliter le développement plus dense dans tous les secteurs, incluant le centre-ville.

COEURS DE VILLES ET DE VILLAGES
Les coeurs de collectivités ont subi de plein fouet la pandémie et devront être soutenus. Leurs commerces et services sont souvent les seuls accessibles aux personnes non motorisées, qu’elles soient jeunes, aînées ou défavorisées. La vitalité de ces coeurs est aussi un vecteur de dynamisme local et de cohésion sociale. Avez-vous un plan pour renforcer le centreville, les rues commerciales ou le noyau villageois ?

À Rimouski, le centre-ville a été grandement affecté par la pandémie. Je dirais qu’il a un gros besoin d’amour et d’attention ! Dans cet esprit, nous avons fait une demande pour un programme gouvernemental afin de dynamiser le centre-ville. Ce plan d’action inclut la mise à jour du mobilier urbain ainsi qu’une nouvelle éthique d’achat local. Le centreville est divisé en deux : une partie est et une partie ouest avec un gros stationnement dans le milieu. Alors, nous avons besoin de résoudre certains problèmes. La Grande Place va être démolie ce printemps, ce qui est un gros plus. Aussi, il nous faudra nous occuper de la cathédrale, pour laquelle il semble y avoir plusieurs développements. Donc, éventuellement, ce sera de décider quelle vocation nous voulons donner à la place des Anciens-Combattants au lieu d’un gros stationnement. C’est quelque chose qui va nous forcer à réfléchir au futur du déplacement en ville. Nous aimerions pouvoir mettre de l’avant le transport en commun, mais avec une ville peu dense et entourée de villages, il y aura toujours un besoin de stationnements et de voitures. Alors, tout ça amène une foule de réflexions qui débouchent déjà sur certains développements.

LOGEMENTS ABORDABLES
La crise du logement affecte désormais de plus en plus de régions du Québec. Le coût des matériaux rend l’acquisition d’une propriété de moins en moins accessible, entre autres aux jeunes ménages. Les Municipalités ont un rôle de premier plan à jouer et de nombreux leviers à leur disposition : politique d’inclusion, achat de terrains stratégiquement situés, soutien et accompagnement des promoteur·trice·s immobilier·ère·s, planification et aménagement d’écoquartiers. Que prévoyez-vous de faire pour que chaque famille ait accès à un logement abordable et de qualité dans votre collectivité ?

Il y a beaucoup de travail à faire pour le développement de logements, autant sur le plan social, locatif, privé et de l’acquisition. Nous mettons l’accent sur la limitation des contraintes ; nous voulons que le règlement assure l’harmonisation du développement, mais nous voulons quand même qu’il puisse assurer une plus grande densification et faciliter le travail des développeurs. Nous avons plusieurs éléments qui vont de l’avant déjà dans cette voie ; c’est prometteur. À Rimouski, nous avons quatre groupes qui s’occupent de logements sociaux qui travaillent très fort sur la question, en plus de la Ville elle-même qui, au dernier budget, a bonifié sa contribution aux fonds qui nous servent de levier afin d’obtenir de l’aide gouvernementale plus facilement. Concernant les logements abordables, je crois que ça va venir beaucoup plus facilement si l’on accroît l’offre de logements privés. Alors, nous avons besoin de pouvoir assurer une stabilité des prix par l’accroissement de l’offre.

Ville de Rimouski
Photo | Yvan Couillard

PATRIMOINE BÂTI ET PAYSAGE
Ces dernières années au Québec, il y a eu trop d’exemples de bâtiments d’intérêt que leurs propriétaires ont laissés se détériorer et qui ont fini, malgré leur valeur patrimoniale, par tomber sous le pic des démolisseurs par manque de soins. Quelles sont vos intentions pour protéger ou réhabiliter les bâtiments et les paysages emblématiques, classés ou non ?

Nous avons mis en place un fonds pour la préservation et l’entretien du patrimoine, que nous allons graduellement bonifier. Ce fonds servira à divers investissements dans les édifices patrimoniaux de Rimouski, comme la cathédrale, les Ateliers Saint-Louis et le Théâtre du Bic. Concernant les propriétaires privés, nous avons déjà de l’aide disponible afin d’encadrer la rénovation en gardant l’aspect patrimonial.

TRANSPORT COLLECTIF
Avez-vous évalué la mise en place ou amélioration de l’offre de transport collectif ? Cette offre peut prendre plusieurs formes (autobus, mini bus, covoiturage organisé, taxi communautaire, etc.). Le défi d’aider la population à diminuer l’émission de GES semble plus difficile en région qu’en grande ville où les réseaux de transport collectif sont présents et utilisés. Il faut tenter de faire preuve d’imagination et créer des partenariats avec les entreprises.

À Rimouski, nous avons un moyen de transport collectif, le Citébus, qui était auparavant le Taxibus. Toutefois, il est très peu utilisé. Nous voulons encourager les gens à l’utiliser. Nous voulons vraiment que ça devienne un réflexe, donc ça demande de revoir notre manière de concevoir le service. Auparavant, le transport allait selon la densité de la population, mais nous avons réalisé que ça ne fonctionnait pas très bien, car il devait faire des voyages incroyablement longs. Dans notre nouveau plan, nous avons décidé de créer des circuits beaucoup plus linéaires, afin d’avoir une approche plus « métro » qu’« autobus ». Nous avons espoir que cela créera une habitude chez les gens.

PARTICIPATION PUBLIQUE
L’organisation municipale intéresse une part croissante de la population qui souhaite pouvoir exprimer ses besoins et ses attentes et contribuer aux décisions touchant les milieux de vie. Des activités participatives et une information claire peuvent favoriser une démocratie active. Quel rôle donnerez-vous aux citoyen·ne·s dans la définition des orientations de la Municipalité ?

Le point central de ma campagne électorale concernait les consultations publiques, qui vont commencer très bientôt, dans le but de créer un plan stratégique à long terme pour Rimouski. La question centrale est : « Comment voyez-vous votre ville en 2030 ? » Nous allons utiliser nos axes de développement pour aller chercher l’opinion et la vision des citoyen∙ne∙s, afin de l’intégrer dans une vision à long terme, de laquelle nous allons tirer nos plans annuels d’action. De plus, dès l’année prochaine, dans l’exercice d’élaboration du budget, nous allons intégrer des consultations prébudgétaires, à l’image de ce qui se passe dans la Chambre des communes et l’Assemblée nationale. Nous allons inviter des groupes citoyens devant un comité d’administrateur∙trice∙s et de conseiller∙ère∙s à venir présenter leurs recommandations qui seront prises en compte dans l’élaboration du budget. Nous avons également un budget participatif, que nous pensons intégrer dans le concept de consultations prébudgétaires. Ainsi, nous pourrons retenir certaines des meilleures idées et les intégrer dans les critères de sélection des projets participatifs.

PLAN CLIMAT
Envisagez-vous de prendre le leadership de l’action climatique et faire de votre collectivité une municipalité amie du climat ? Aux commandes durant les quatre années cruciales, les équipes municipales seront celles à qui incombera, en bonne partie, la responsabilité de l’atteinte des objectifs du Québec pour 2030. Il faudra agir vite et de façon structurante pour mettre en oeuvre la transition nécessaire, limiter les coûts collectifs et assurer la sécurité de la population, tout en favorisant la santé et la qualité de vie.

Dans ce mandat-ci, nous allons travailler beaucoup sur la mobilité durable, pour laquelle nous allons former un comité. Nous avons bien appris de la pandémie, pendant laquelle les gens avaient un besoin criant de sortir et profiter de l’extérieur. Nous avons commencé diverses expériences et étudié les coûts, par exemple, le déneigement des pistes cyclables et des trottoirs afin de développer le principe de mobilité active. Nous avons également des fonds affectés annuellement à des projets écoresponsables, comme le développement d’une politique de l’arbre et l’achat et la distribution de barils de pluie. De plus, d’ici environ quatre ans, j’ai pris l’engagement de créer un fonds afin d’adresser les problèmes liés aux changements climatiques. Par exemple, comme Rimouski est sur le littoral, nous faisons face à des problèmes d’érosion et de grandes marées. Certaines zones sont plus à risque d’inondation, car la formation des glaces est de plus en plus tardive. Cette année, en janvier, il n’y avait toujours pas de glaces, alors qu’habituellement, elles sont présentes dès décembre. En bout de ligne, je crois que si nous sommes prêt·e·s à montrer notre courage politique dans cette direction-là, ce sera plus facile de convaincre les gouvernements supérieurs de mettre la main à la pâte et nous aider financièrement.

Depuis le 1er mars 2021, la ville de Rimouski a mis en place un réglement interdisant la vente ou la distribution de certains sacs de plastique à usage unique sur le territoire rimouskois.

Pour accéder aux principales informations en lien avec cette réglementation, vous pouvez consulter notre section Web sur le sujet :
https://rimouski.ca/services/citoyens/environnement#sacs-de-plastique-usage-unique

À propos de Marie-Amélie Dubé

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