Parle-moi de transformation

Texte_CDC des Grandes Marées
Photo_Catherine Roy | Illustration_Léa Delignies

Dans le jargon communautaire, on parle souvent de concepts un peu abstraits et difficiles à saisir. Le milieu communautaire n’est, en effet, pas toujours très inclusif dans son vocabulaire. Devant de nombreux termes comme «organismes à but non lucratif (OBNL)», «organismes communautaires», «action communautaire autonome», «entreprises d’économie sociale»; sans compter l’utilisation de nombreux acronymes… il y a de quoi s’y perdre ! Mais toutes ces distinctions ont quand même une influence sur la manière dont les organismes interagissent dans leur milieu et avec les personnes qui les fréquentent. C’est comme un univers parallèle qui côtoie la population sans que personne ne se doute de toute sa portée !

Parmi les concepts les plus flous, quand on parle du milieu communautaire, il y a celui de la «transformation sociale». Ce concept fait écho aux valeurs de solidarité et de justice sociale qui sont partagées dans le milieu. Mais qu’est-ceque ça veut dire concrètement ?Quandonparledetransformation, on fait référence à un souhait ou une vision de changement, pour que les choses s’adaptent, s’ajustent. Si l’on ajoute la portion «sociale» à la transformation, c’est qu’on ne veut pas juste «patcher le bobo» et travailler sur les conséquences ; on veut aussi travailler sur les causes. Le Réseau québécois d’action communautaire autonome (RQ-ACA) parle d’« une pratique engagée dans des actions visant l’amélioration du tissu social, des droits et de la qualité de vie».

Luttes sociales et transformation du Québec

La transformation sociale se réalise à travers toutes les luttes qui ont été menées pour que la population ait une meilleure qualité de vie. Ce sont les cliniques de santé communautaires qui mutaient en CLSC (1972), les cliniques de droit communautaire qui devenaient l’aide juridique (1972) et les garderies communautaires qui influençaient la création d’un réseau de 70 CPE partout dans la province (1970-73). Ce sont aussi les démarches qui ont amené le droit de vote des femmes (1940), mais aussi l’abolition de l’obligation d’obéissance à leur mari (1964), la décriminalisation de l’avortement (1988) et la Loi sur l’équité salariale (1996). C’est l’adoption de la Charte des droits et libertés de la personne (1975) qui prévoit notamment l’interdiction de la discrimination basée sur «la race, la couleur, le sexe, l’identité ou l’expression de genre, la grossesse, l’orientation sexuelle, l’état civil, l’âge sauf dans la mesure prévue par la loi, la religion, les convictions politiques, la langue, l’origine ethnique ou nationale, la condition sociale, le handicap ou l’utilisation d’un moyen pour pallier ce handicap»

Viser la transformation sociale, c’est constater que notre société a des failles, même si elle est belle, et qu’on aurait tout à gagner à la rendre plus juste, plus équitable et plus solidaire. C’est reconnaître que les personnes qui vivent une problématique sont expertes de leur vécu et sont les mieux placées pour proposer des solutions qui les concernent, pour poser des actions et dénoncer les injustices qu’elles vivent. Aujourd’hui, même si 4000 organismes d’action communautaire autonome travaillent à lutter pour l’amélioration de la qualité de vie au Québec, des personnes qui ne sont pas membres de ces organisations militent aussi pour leurs droits et pour la reconnaissance d’enjeux sociaux tels que la crise climatique, le racisme systémique, la discrimination envers les personnes de la diversité sexuelle et de genre, etc. Faire de la transformation sociale, c’est travailler, ensemble, à éliminer les causes et améliorer les conditions de vie de toutes les personnes.

À propos de Marie-Amélie Dubé

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