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Par le chemin que tu voudras !

texte Max Belisle, préposé au délire

On croit souvent à tort que l’art, c’est un truc de grandes villes, une histoire de péteux de broue qui se comprennent juste entre eux. On voit des gens assis dans un café à la journée longue qui s’écoutent parler. On perçoit très bien les termes que le commun des mortels entend une fois aux quatre ans, mais on catche qu’ils essaient de refaire le monde. Caricature-je ? Oui.

Les malheureux.ses qu’un destin weird aura doté d’une pensée plus abstraite et portée sur le beau s’expatrient dans le but de se rejoindre dans ces grandes villes où pelleter des nuages débarrasse les gens du smog. On y croit à cette vision de l’artiste parce qu’elle est pas mal plus réelle que fabriquée. Les grandes écoles d’arts, c’est en ville qu’elles se trouvent, pas dans ton village, ni le mien. Grandir créatif dans le Basdu- Fleuve, c’est une chose. Grandir créatif dans le Bas-du-Fleuve et vouloir y demeurer en est une autre.

Les raisons de vouloir demeurer en région sont multiples pour un.e artiste. La constante : une très légère agoraphobie. Ça n’a l’air de rien mais pour vouloir demeurer en ville, faut que t’aimes ça les buildings et les anonymes qu’ils contiennent. Et certaines bonnes gens au cerveau expressif ont un maximum de personnes à croiser dans une journée avant d’être épuisées. Le béton ? Pas partout, de grâce ! Rien qui empêche de fonctionner mais quand même, juste une envie particulière de regarder loin devant sans voir d’êtres humains ! On comprend le topo.

T’as l’art dans le tempérament et la région dans l’âme ? Ou l’inverse ? Et bien, peu importe où l’on se trouve, le milieu artistique a beaucoup d’appelé.e.s et peu d’élu.e.s. En région, moins sont appelé.e.s donc… encore moins sont élu.e.s ! Comment je dirais bien ça sans briser de rêves ? Faut souvent accepter de ne pas en vivre. Comme les joueur.euse.s de hockey ! Faut, plus souvent qu’autrement, accepter de prendre emploi dans le non-artistique ou, comme dirait papa et maman, « une vrai job ». Ça implique, oui, une division de son temps mais aussi, avouons-le, une incroyable liberté créatrice, du simple fait de cette séparation de l’artistique et de l’alimentaire. Ce qu’il y a dans ton assiette n’est pas en lien direct avec ce que tu as d’art dans la caboche ! Créer. En. Soi. C’est peut-être ça que tu recherches au fond !

De plus, les technologies réduisent les frontières. Les géographiques, je parle. Les relationnelles, c’est discutable. Toujours est-il qu’il est possible de travailler sur des projets artistiques à distance, de collaborer outremer même. C’est ce qu’on nous promettait avec Internet en 1995 ! L’endroit où tu te trouves sur la planète est appelé à avoir moins d’importance quand vient le temps de collaborer et/ou de te faire rayonner le portfolio. C’est t’y pas assez beau ? Nos arrière-grands-parents en hyperventileraient d’incompréhension.

Ce sont plusieurs de ces chemins qui « carrefourrent » en région. L’artiste Web qui rayonne partout sauf chez eux, le.la peintre qui fait de la route dans l’espoir de se faire voir en galerie, le.la plus entrepreneur.se qui s’éparpille dans 14 projets, l’artiste à temps partiel qui fait les choses à sa façon. Bref, il.elle.s ont en commun d’en choisir le lieu et de prendre le temps de vous offrir ce qu’ils ont dans le coeur, une oeuvre à la fois, sans nécessairement que le commercial vienne y mettre les dents. À territoire peu occupé, chemin peu emprunté ; ce qui en ressort a nécessairement sa couleur, son unicité. La possibilité est là, par le chemin que tu voudras. Car, après tout, pour refaire le monde, du café, il y en a partout !

À propos Marie-Amélie Dubé

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