Par Ici : Les artistes Marko Tonich et Yves Arcan du projet de résidences d’artistes initié par Caravansérail à la Maison Rioux du Parc national du Bic, été 2021

Texte | Michel Lagacé
Photos | Fernande Forest

En allant deux fois au Parc national du Bic cet été, j’ai rencontré deux des artistes en résidence du projet PAR ICI de Caravansérail (voir La Rumeur du Loup de juillet).

EN JUIN (12-21), L’ARTISTE MARKO TONICH

Même s’il a changé son fusil d’épaule au début de sa résidence, la question de son énoncé, « Sans la sphère virtuelle, sommes-nous l’animal ? », restait envisageable. Au lieu de captations sonores ou du sténopé annoncé pour débusquer le ou la randonneur·euse, l’artiste a repris son Bonhomme BSL, une invention identitaire en lien avec Brise-Sans-Leurre, le titre de sa dernière exposition à Rimouski. Estce simplement son alter ego en personnage masqué qu’il photographie dans des situations cocasses dans les sites et sentiers du parc comme un touriste qui y circule ou le début d’une sorte de narration ? Ce personnage avec sa moto a d’ailleurs fait la couverture de la revue de juillet 2021. Un photo-roman de quelques pages – sur papier et accessible sur son site web – résulte de cette résidence.

La production de cet artiste, ouverte à diverses explorations, aborde le rapport trouble que l’homme ou la femme entretient avec les objets. L’homme ou la femme sortirait-il·elle de la nature pour la regarder en oubliant qu’il·elle en fait partie, souvent trop occupé·e à produire des objets, dont la plupart sont inutiles ? Ou, la nostalgie de la nature cacherait-elle le désir de l’homme ou la femme de ne pas être ce qu’il·elle est ? Surtout dans ce parc où semble se prélasser le Bonhomme BSL. De là cette question : « Sommes-nous l’animal ? » Marko Tonich se penche avec désinvolture sur ces diverses interrogations en utilisant, tel un jeu ou un leurre, les photos et la narration rudimentaire d’un photo-roman, sans apporter de réponses toutes faites.

EN JUILLET (10-19), L’ARTISTE YVES ARCAN

C’était étrange de voir des personnes jeunes ou plus âgées entrer dans la Maison Rioux avec les déchets de leur journée au parc, et de voir l’artiste Yves Arcan, installé avec sa caméra sur trépied, placer ces déchets variés sur une surface noire au sol de la grande pièce de l’entrée. Après plusieurs clichés avec différentes mises au point – selon l’épaisseur des déchets – afin d’avoir, en les additionnant dans Photoshop, une haute définition et une netteté de toutes ces parties dans le rendu final, ces mêmes personnes étaient invitées dans une autre pièce à regarder le résultat de ces prises sur deux écrans reliés à un ordinateur. Elles découvraient de surprenantes photos dans lesquelles l’esthétique de ces natures mortes singulières nous ramène aux traces que l’on produit lors de notre circulation sur le territoire.

« Re-cueillement ». Par cette approche ou stratégie dans le cadre de la médiation avec le public, l’artiste montre les déchets que l’on ne veut pas voir ; des ordures qui en cachent d’autres, comme le suggère la démarche de cet artiste. Quel est notre rapport culturel à ces traces de notre passage dans la nature ? Quel est l’impact de notre consommation ? Quelle est notre responsabilité face à l’environnement ? C’est ce que met en lumière, par la photographie, le travail de cet artiste. Nous sommes, par le fait même, convié·e·s à réfléchir avec lui sur ces enjeux.

Grâce à ce projet de résidences d’artistes de Caravansérail, la Maison Rioux – une maison ancestrale qui fait partie des sites patrimoniaux et architecturaux qui ont été conservés à l’intérieur des limites du Parc national du Bic – est devenue, durant l’été 2021, un lieu vivant où les artistes et les visiteur·euse·s interagissent dans une dynamique relationnelle bien différente de celle du parcours d’une exposition.

À propos de Marie-Amélie Dubé

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