Accueil / Nos sens / L'Émotion / Octobre, six mois déjà… et c’est ton anniversaire…

Octobre, six mois déjà… et c’est ton anniversaire…

Texte : Christine Pelletier | Illustration Charly D.

Ce printemps, un grand homme, Thierry Chen, nous a quitté, appelé par la lumière du soleil couchant. Quelques jours avant son départ, ils ont été nombreux à venir lui partager leur amour ; et lorsqu’on a voulu clarifier ses priorités d’effort, il nous a répondu sans hésitation « Donner l’exemple », comme si ça allait de soi. Il était serein face à la mort, son grand « lâcher-prise » comme il aimait le nommer. Il accueillait les visiteurs avec un sourire chaleureux et il les accompagnait jusque dans les derniers adieux. Il était rempli de bienveillance et l’offrait sans retenue à tous ceux qui traversaient le seuil de la porte. Quelle beauté émouvante ! J’ai eu la chance de partager la vie de ce grand homme et de l’accompagner jusqu’à la fin. Pour son anniversaire, j’ai choisi de lever le voile sur notre intimité et de partager des textes et dessins créés par des ami.e.s : l’un est un témoignage et l’autre une fable utilisant les animaux de l’horoscope chinoise comme personnages. Merci Charlène et Yvan de les partager et Marie-Amélie de les publier. Thierry, ton exemple ne sera pas en vain…

LE SINGE, LE COQ ET LE TIGRE
par Yvan l’Heureux

« Si grands contre le Ciel, si petits entre les Étoiles »

Le Singe avait élu domicile avec le Coq dans un grand arbre aux mille branches ; assez grand pour eux et tou.te.s leurs nombreux.ses ami.e.s qui venaient y chercher sourire, sagesse, conseils, encouragements et bonne chère.

Présent, conscient, entourant et structurant, le Coq veillait au grain et à leur bien-être. Le Singe était sage, doux, farceur et avait souvent la tête dans les nuages. Il accueillait chacun avec son âme en valorisant le meilleur chez tou.te.s. Leur quotidien consistait à nourrir et faire grandir leur relation et eux-mêmes dans l’amour et la compréhension.

Ensemble, ils réalisaient une alchimie hors du commun aux ingrédients précieux. Simple était la recette : respect de l’autre, intégrité, compassion, bonheur, partage, honnêteté et compréhension. En entrant dans leur logis, on pouvait sentir dans un murmure que « l’Essentiel est invisible pour les yeux ». Une paix s’installait, La Paix.

Tout allait bien. Le Coq et le Singe s’impliquaient énormément dans leur communauté pour aider leurs semblables avec simplicité et douceur. Tou.te.s les aimaient beaucoup. Le Tigre s’était pris d’amitié pour eux et inversement. Il trouvait le Singe sage et ce dernier savait le calmer ou le faire rire grâce à ses techniques secrètes comme celle du « gorille fourbu ». Le Singe aimait le Tigre pour sa force, son engagement et ses réalisations… Quoiqu’il ne comprenne pas toujours son surplus d’actions.

Un jour, le Singe tomba de sa branche. Bienveillant, le Coq était là et organisa les troupes pour aider sa tendre moitié. Tou.te.s se mirent à l’oeuvre ; le Tigre parmi eux se faisait protecteur, présent et actif pour son ami. Il voulait le sauver…

Singe était cependant plus malade qu’il n’y paraissait. Tigre venait les voir, échangeait, philosophait et motivait ses deux amis aussi souvent que possible. De ses pattes, il massait le corps du Singe ; il lui enseignait aussi des techniques simples de respiration pour l’énergiser. Le Singe était dans un état de grand « lâcher-prise », d’une grande douceur et sérénité. Le Coq l’accompagnait, le protégeait et s’assurait que tout était bien et bon pour
son amour le Singe. Abnégation pure, le Coq était pour être présent aux besoins de son compagnon de vie.

Lorsqu’il fut clair que le Singe ne remontrait plus sur son arbre aux mille branches, les Dragons, Cochons, Chiens, Serpents et autres animaux vinrent le voir. Chacun.e avec une touche de grand amour, de grand respect. Tou.te.s étaient tristes et pourtant le Singe, lui qui ne pouvait presque plus respirer, demandait à chacun : « comment te sens-tu ? » ou encore « qu’est-ce que ça te fait de me voir ainsi ? ». Singe se souciait plus des autres que de lui ; sa vie au grand service de l’Univers et de son prochain se poursuivait.

Coq organisait la basse-cour, veillait sur le Singe avec un Amour – Don qui tirait des rivières d’émotions intérieures au Tigre présent. Le Coq avait dit : « tu es de la famille » … Après les soins donnés au Singe qui souvent s’endormait, Tigre quittait en silence, la rosée du ciel aux paupières, pour laisser se reposer ses amis. Jamais Tigre, dans toutes ses aventures et face à de nombreuses fins et souffrances, n’avait vu tant de résilience, de calme, de douceur, de bienveillance, de beauté dans un être. Jamais il n’avait senti autant d’Amour, d’abnégation et de compassion en regardant le Coq s’occuper du Singe en toutes choses. Souvent, il se penchait pour lui dire en l’embrassant : « je t’aime mon amour ». En ces instants la lumière inondait les silhouettes, Coq et Singe ne faisaient qu’un.

L’avant-dernière nuit, le Singe était au plus mal. Doux, patient, tendre et lâchant prise, il souffrait énormément et respirait par pauses. Tigre resta prêt de lui pour que Coq se repose. Entre les soins, les rares mots, les échanges de signes, le Tigre compris au fond de lui la plus grande expression de résilience pacifique : Singe attendait ses enfants le lendemain. Massant des points enseignés par le Coq pour le calmer, le Tigre murmura à l’oreille du Singe : « Tu es libre maintenant, tu as tout donné, demain tes enfants seront là, tu n’auras plus à souffrir et tu pourras embrasser ce grand lâcher-prise mon ami. J’aurais tant voulu, mais ce sera impossible de remonter sur ta branche. » Le Singe ouvrit les yeux, très lentement entre deux souffles répondit : « … oui… mais Tigre… tu m’as aidé… à monter plus haut… que ma branche… ». Le Tigre embrassa le Singe sur le front : « je t’aime mon ami ». Le Singe hochât la tête et ils se serrèrent les mains longtemps, Tigre veillait.

Le Singe eut le temps de voir ses enfants et de passer les derniers instants avec le Coq, l’amoureuse de sa vie. Le soir, à heure pile, le Tigre au loin sentit le détachement et envoya un message au Coq, qui confirma.

Au pied de l’arbre majestueux, le corps du Singe avait disparu, mais les branches murmuraient déjà son sourire et sa compassion dans le vent.

Va en paix ami Singe, va en paix frère.

Yvan

À propos Marie-Amélie Dubé

Voir aussi

Rainbow Submarine : Retour sur un été fleuri

Texte et photo : Sara Dumais-April Retour sur la programmation estivale du Rainbow Submarine avec …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *