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Nunavik : Histoires de tundra – Premiers instants

texte et photo Marie-Chloé Duval

 

Il y a en haut quelque chose de plus grand que nous.

J’ai mis les pieds à Inukjuak et soudainement je ne savais plus.

Ici, je ne savais plus où aller, je me sentais plus blanche que jamais et étrangement malaisée par ma présence.

Étais-je une autre blanche qui venait simplement de passage ? Comment avais-je pu croire que je pourrais venir ici sans me poser plus de questions de fond ? Avais-je réellement cru que mon utopique vision d’amener du beau et du positif dans la vie des jeunes suffisait… ?

Et puis, il y a eu ce vent, froid, vif, celui qui sent l’hiver même en été, celui qui, pour une raison inconnue, donne envie de ne plus jamais partir.

Il sent le blanc.

Il sent le vrai.

De ce vent vif qui me remplissait les poumons et le coeur je me suis réconfortée, sans doute, à défaut d’avoir autre chose. Ma première journée fut intense. Rien n’était prévu. L’école de hockey avec qui je venais assurer le volet création-culture était bien organisée, mais moi, je me lançais dans cet univers qui n’appartient pas à celui que je côtoie. Il y avait une moi pleine d’inconnus, mais aussi la réalité du Nord où s’adapter et « se revirer sur un 10 cennes » est davantage de la norme que de l’exception. Ici, on ne sait jamais quand et si les gens, les avions ou l’eau se présenteront.

Ma première journée fut intense. Rien n’était prévu. L’école de hockey avec qui je venais assurer le volet création-culture était bien organisée, mais moi, je me lançais dans cet univers qui n’appartient pas à celui que je côtoie. Il y avait une moi pleine d’inconnus, mais aussi la réalité du Nord où s’adapter et « se revirer sur un 10 cennes » est davantage de la norme que de l’exception. Ici, on ne sait jamais quand et si les gens, les avions ou l’eau se présenteront.

aout45

Ici, où aucun de mes repères ne m’est utile outre pour juger, je me sentais étrangement bien, étrangement familière. Les enfants sont plus sales que ceux du sud, mais ils jouent, vraiment. Je me souviens de mes étés à jouer dans le champ et aller clandestinement jouer dans la cour d’entreposage trop dangereuse pour les enfants, mais tellement exaltante, ici c’est pour ça que les enfants sont sales, ils jouent. Ils sont enfants. Bien certainement, ils sont trop vite adultes aussi. Ça fait ça l’ennuie, ça rend adulte trop vite. Les cigarettes trop jeune, les bagarres trop souvent et les enfants trop vite parents. Ma deuxième journée fut, je ne sais pas. Bien. J’étais simplement bien. Dès que les enfants sont entrés dans ma classe, à coup de 44 jeunes dont 70 % presque unilingues inuktitut, avec le sourire et la fébrilité de se retrouver, j’étais bien. Je comprenais, mieux du moins, pourquoi j’étais ici et comment je réussirais à faire du mieux. Parce qu’au final, même si j’avais de grands projets qui sonnent bien en présentation PDF, je réalisais que ce que j’avais à faire c’était tout simplement d’être. Être juste là, chaque jour, avec les bras ouverts et les cheveux fous, avec bien trop d’amour pour moi seule et avec l’envie de m’amuser et de rire. Alors, j’ai compris que jouer à la tag et dessiner des caribous assis sur le sol de la classe sans table serait sans doute ce que je ferais de plus beau et significatif.

Ici, je savais que je risquais de vivre le plus gros choc jamais vécu.

J’ai voyagé.

Partout.

Longtemps.

Durement.

Mais je savais qu’en venant ici… Rien.

Certes, tout était différent, pourtant la chaleur humaine n’était en rien différente, sinon qu’elle était plus chaude. Ça doit être les grands froids qui font ça, ils donnent aux communautés du Nord un sens de la communauté.
J’étais prête à voir la misère, la difficulté et, croyez-moi, il y en a. Il y en a sincèrement beaucoup, trop, ça brise le coeur. Pourtant, je n’ai pas envie d’en parler. Je ne sais probablement pas comment en parler. Sans doute, aussi, parce que je n’ose pas. Je ne suis pas venue ici pour placer mes référents au premier plan et prétendre mieux comprendre, mieux savoir. Alors je préfère repartir en parlant du froid qui sent la pureté, du caribou qui goûte le ciel, des sourires qui te font sentir à la maison et de la fierté d’une communauté entière quand on lui parle du premier superhéros inuit. Alors, je ne pars pas naïve, aveugle, je pars encore pleine d’espoir et de questions, pleine de rencontres et de moments. Alors je pars, avec beaucoup.

À propos Marie-Amélie Dubé

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