Ne jamais courir dans le train! – Entrevue avec Virginie Saint-Onge du Carrefour d’Initiatives Populaires

Texte | Marie-Amélie Dubé
Photo | piegolabphoto

Virginie Saint-Onge est une grande amoureuse de l’agroalimentaire qui travaille au Carrefour d’Initiatives Populaires (CIP). Cet organisme a pour mission de lutter contre l’insécurité alimentaire et de favoriser l’accès à une saine alimentation pour tou·te·s, tout en contribuant au développement d’un système alimentaire durable sur le territoire de la MRC de Rivière-du-Loup.

Pourquoi as-tu décidé de travailler dans le communautaire ?

J’étais tannée d’être en télétravail à la maison ! [Rires.] Ça allait également avec mes valeurs parce que le sens du partage et de l’entraide est important pour moi. J’ai fait du bénévolat durant mes études, j’étais toujours en lien avec les gens. Le fait de travailler seule dans un bureau et de suivre une routine n’était pas vraiment pour moi ! Ça fait quatre ans que je suis au CIP, et quand j’avais vu l’offre d’emploi, ça rassemblait tout ce que j’aime dans la vie : aider les gens, la nourriture, aucune routine et se sentir utile dans son travail.

Également, je ne viens pas d’une famille très riche. Nous étions quatre filles, et notre mère nous apprenait beaucoup de choses. Avec notre jardin et notre caveau, on faisait des compotes à l’automne. On a toujours appris à ne pas gaspiller. On faisait déjà du compostage il y a 30 ans ! En travaillant dans le communautaire, j’ai l’impression de renouer avec mes racines et de les renouveler. Ma mère est infirmière, et j’ai deux soeurs travailleuses sociales ; c’est comme inné pour moi. Toutefois, avant ça, j’avais essayé d’aller en ingénierie en transformation du bois, comme mon père. Mais les choses ont fait en sorte que j’ai changé ça pour venir dans le communautaire.

L’autonomie alimentaire est quelque chose qui te touche beaucoup. Peux-tu m’en parler ?

C’est la mode aujourd’hui. Mais oui, j’ai toujours aimé ça, ramasser mes propres graines à l’automne, transformer ma nourriture moi-même, gérer mes surplus pour ne pas les gaspiller, etc. On fait beaucoup d’éducation populaire à ce sujet au CIP, de la cuisine communautaire et aussi de l’éducation sur l’alimentation. Il n’y a plus de cours là-dessus à l’école, et c’est dommage ! Ce sont toutes des choses que j’adore faire.

Sens-tu que ce travail t’apporte beaucoup ?

Bien sûr ! Ça me nourrit au quotidien. La pandémie a fait en sorte qu’on a été mis en lumière. En ce moment, le coût des aliments n’arrête pas de monter. On a un soutien et une belle reconnaissance de notre travail. Et ça, la reconnaissance au travail, c’est tellement important ! Toutefois, on ne se le cachera pas, travailler en aide alimentaire pendant la pandémie, c’était quelque chose. Le téléphone sonnait tout le temps pour tellement de besoins diversifiés. Mais dans le tourbillon de tout ça, on s’est réinventé∙e∙s, et on a eu une avalanche de soutien de la communauté. On n’a jamais senti qu’on n’allait pas pouvoir répondre aux besoins des gens ! C’était un grand cadeau. Il y avait énormément de demandes, mais aussi beaucoup d’offres et d’aide. Les gens apportaient des denrées, les commerces ont participé ; c’était tellement beau ! Par exemple, lors de la première vague, lorsque les restaurants ont dû fermer, ceux-ci ont offert leurs surplus à la communauté.

Faire ce travail-là, c’est de la reconnaissance au quotidien. Les gens viennent nous le dire, ils sourient et sont ravis. Ça va très vite aussi. On aime utiliser l’allégorie du train : « Au Carrefour, on est dans un train qui va à toute vitesse ! Ça rentre, ça sort ! Mais il faut aussi prendre le temps de s’arrêter un peu pour regarder le paysage. Le soir, quand le train est à la gare, il faut en profiter et se donner du temps pour soi. » Notre équipe est vraiment superbe aussi. Quand une personne est plus anxieuse et a de la difficulté, on lui dit : « Arrête de courir dans le train ! » Il faut y aller tou·te·s ensemble, et on va prendre le temps.

Qu’est-ce qui est difficile dans ce métier ? Quels sont les défis, et comment fais-tu pour les gérer ?

C’est sûr qu’être en relation continue avec les gens, c’est dur. On comble un besoin, mais parfois on voit qu’ils en ont bien d’autres. On reste des humain·e·s sensibles. On a reçu des formations à ce sujet afin de bien comprendre la différence entre nos valeurs et celles de la personne en face de nous. Quelquefois, c’est très confrontant. Se faire dire non nous pousse à nous améliorer. Si l’on veut montrer aux gens à pêcher, il ne faut pas toujours leur donner le poisson ! Par exemple, si une personne a reçu tous ses dépannages cette année, on lui propose de se déplacer au comptoir de récupération, de visiter les Frigos-Partagés, etc…

Avez-vous un nombre précis de bénévoles ? Combien êtes-vous ?

Nous avons 40 bénévoles. C’est une équipe exceptionnelle ! Certaines de ces personnes sont avec nous depuis bien avant la pandémie. Les bénévoles ont leur horaire précis. Par exemple, si une personne fait le lundi matin, elle sera toujours avec les mêmes collègues. Les tâches sont définies, et ça va avec la capacité et la volonté de la personne. On a plusieurs types de profils : des retraité∙e∙s, des mères ou encore des personnes qui veulent simplement sortir de la maison. On a un groupe d’hommes retraités qui étaient habitués à jouer au hockey ensemble, alors pendant la pandémie, puisqu’ils ne pouvaient pas se rencontrer, ils venaient au CIP.

Quels sont les projets à venir pour le CIP ?

On avait déjà besoin d’un plus grand espace avant la pandémie, et durant cette dernière, le Carrefour a dû être relocalisé au Centre Premier Tech parce qu’autrement, on aurait été incapables de fournir. Donc on souhaite résoudre cette problématique d’espace. Il nous faudrait au moins le double ! Il y a également des besoins de transport, des gens qui ont besoin de sécurité alimentaire, mais qui viennent d’en dehors de la ville et ne peuvent pas se déplacer. La mobilité des denrées est un gros enjeu.

Personnellement, je me sens toujours mal de venir chercher des denrées, car je crains de prendre la place de quelqu’un·e d’autre, mais je veux également encourager la récupération alimentaire. Je ne dois pas être seule dans cette situation.

Viens le vendredi en fin de journée ! À ce moment, lorsqu’on ferme à 15 h, on met tout ce qui est périssable dans les frigos partagés. Et concernant la récupération et l’autonomie alimentaires, on peut tou·te·s faire notre part. On peut se faire un jardin et partager nos surplus avec le Carrefour, en les mettant dans les frigos partagés !

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