Nadia Gagné – En quête du hair coming out

Texte – Gabrielle Rousseau-Le bruit des plumes

Fins, épais, plats, frisés, crépus, gras, secs, dociles, en bataille, grisonnants, teints, décolorés… Au-delà d’être un accessoire de mode à la merci des tendances, coupes et mises en plis, nos cheveux en disent parfois plus long sur nous qu’on ne le souhaiterait; tel un porte-voix qui nous trahit sur la nuit qu’on a passée, sur notre alarme qui n’a pas sonné, sur le degré de coopération de la marmaille, sur le meeting important auquel on se rend, sur cette mauvaise période qui s’éternise. Insidieux, ils s’amusent aussi à colporter des faussetés sur nous, à véhiculer des messages erronés sur nos origines, notre genre, nos préférences, nos privilèges, notre parcours de vie, l’histoire que l’on revendique.

Notre chevelure nous embellit, nous donne confiance, nous est égal, nous fâche, nous angoisse, nous fait perdre du temps, nous complexe.

Les rendez-vous capillaires

Ce complexe du cheveu, par son abondance ou sa discrétion, dans l’impossibilité de le contrôler, dans la charge raciale et identitaire qu’il dégage, dans l’influence qu’il exerce sur l’imaginaire du spectateur; voilà un sujet fort personnel, et à la fois universel, puisé dans le vécu de l’artiste Nadia Gagné, et la pierre angulaire de sa résidence intitulée : Les rendez-vous capillaires, dans le cadre du projet PAR ICI. « Depuis que Nadia a conscience d’être, l’expérience de ses cheveux dans l’espace personnel, familial, scolaire, public est compliquée », lit-on dans la description de sa démarche. Sa tignasse communique une image d’elle-même qui ne lui appartient pas, lui renvoie un reflet déformé, devient une curiosité non assumée. Et cette image, cette représentation mensongère, Nadia sait qu’elle est le fruit de sa propre « perception de la perception » des autres. Comment s’affranchir de cette vision que l’on rejette? Comment véritablement être soi quand le regard de l’autre réfléchit un étranger? En allant à la rencontre de cet autre pour se nourrir de ses pensées, de ses discours, et réussir à définir les contours de cette perception, comme un pas de plus vers sa dissipation.

L’invitation à créer un lien avec le·la visiteur·euse, l’élément central du projet de résidences PAR ICI dans la Maison Rioux, concorde parfaitement avec l’approche de recherche-création de Nadia. « Ma plus grande déception dans la vie, c’est de ne pas pouvoir être à l’intérieur de la tête des gens […], de regarder à partir de leur perception », confie-t-elle. Et cette obsession l’accompagne dans chaque projet créatif qu’elle entame, constamment teinté par la subjectivité dans l’oeil de l’observateur, par l’inattendu des idées qui se confrontent, par la douceur d’une compréhension bienveillante.

Le subconscient au peigne fin

Nadia se dit prête à accueillir les vacanciers foulant l’entrée de la Maison Rioux; cet auditoire de non-avertis invités à prendre part à la recherche d’une artiste en plongeant dans son monde intime et ludique, et qui, elle le souhaite, partageront leurs récits de joies, de peines, de frustrations et de peurs liées à leur propre coiffure, bien enfouies dans l’inconscient, prêtes à un possible hair coming out. Ces réactions, confessions, témoignages, elle imagine les récolter comme un matériau de création. Pour mettre les gens dans l’ambiance, elle compte mettre en scène ses cheveux échantillonnés à même sa brosse, entre janvier 2020 et aujourd’hui; et exposer le caractère absurde du marketing capillaire à travers une collection de shampooings, pommades, gels et produits de toutes sortes, aux messages plus tirés par les cheveux les uns que les autres. Elle promet une incursion inusitée dans le champ lexical du cheveu, à travers quelques écrits; un laboratoire qui scrutera au peigne fin bien au-delà de votre cuir chevelu, jusqu’où le cheveu prend racine dans votre esprit.

Au cours de ses 10 jours de résidence, tout sera source d’inspiration pour Nadia. Dans sa quête créatrice, peut-être qu’elle vous fera dresser les cheveux sur la tête, peut-être qu’elle fendra les cheveux en quatre ou qu’elle vous prendra aux cheveux. Mais surtout, elle espère que les gens n’hésiteront pas à se présenter à elle comme un cheveu sur la soupe, pour un rendez-vous capillaire libérateur.

© Nadia Gagné, L’épanouissement de la chevelure, 2019. Crédit photo: Mathieu Gosselin

Diplômée de l’Université du Québec à Chicoutimi en arts interdisciplinaires, Nadia Gagné pratique différentes formes d’art, notamment la performance, le jeu, la mise en scène. S’interrogeant principalement sur l’universel en l’être, elle provoque la rencontre des subjectivités pour en saisir la réalité et les dénominateurs communs. L’interrelation est pour Nadia le siège où l’existence s’assoie, se confirme. À son sens, parce que c’est là où l’on se définit en s’émancipant de ce que l’on n’est pas, la relation est l’unique lieu pour créer.

À propos de Marie-Amélie Dubé

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