Mon pays des merveilles

Texte | Lou-Anne Côté, secondaire 4, École secondaire de Rivière-du-Loup
Image d’en-tête | Pexels de pixabay.com

Une douce musique relaxante animait la chambre à coucher d’Alice ; une grande pièce lumineuse, décorée dans les tons de bleu marine et d’or, où trônait, en plein centre, la plus somptueuse des chaises de lecture. Après une longue journée de travail, Alice était toujours impatiente de regagner son confortable fauteuil. C’était comme de la magie. Une fois assise dans le siège de velours bleu, elle ne pouvait déposer son roman avant qu’elle n’en ait terminé chacun des chapitres. C’est précisément ce qu’Alice fit ce soir-là. Elle avait fini de travailler à dix-huit heures. Enfin, elle pouvait s’arracher le faux sourire qu’elle affichait au travail et se rendre chez elle. Alice sauta même le souper et se dirigea directement à sa chaise préférée. Instantanément, la jeune femme se sentit plus calme. Elle se plongea dans un tout nouveau roman et se déconnecta du monde réel.

Après plusieurs heures, Alice tomba sur une partie de texte particulièrement intéressante. Même si elle était seule, elle la relut à voix haute.

« Perché sur la plus haute branche du plus haut sapin enneigé, il prit entre ses deux mains une énorme quantité du resplendissant velours blanc l’entourant. Il s’accrocha au tronc d’une main et lança la boule de neige sur la fenêtre de la chambre de cette jolie femme qu’il avait si longtemps observée. »

Comme pour ponctuer sa phrase, un horrible son fit sursauter Alice. Derrière elle se trouvait un amas de neige, collé à la vitre de sa fenêtre.

Serait-ce une coïncidence ? Elle tenta en vain de se reconcentrer sur sa lecture, mais elle en semblait incapable. Incertaine, Alice recommença à lire à voix haute.

« Paf ! Dans le mille ! Remarquant que la femme semblait avoir réagi, il redescendit le tronc glacé, utilisant cette distraction pour rester discret. Il se déplaçait silencieusement, la neige l’avantageait. Presque avec excitation, il se dirigea vers la maison illuminée. Il imaginait déjà le regard effrayé de la jolie femme lorsqu’il lui volerait ce qu’elle avait de plus cher. »

Alice se leva de son fauteuil. Peu lui importait que sa chaise soit si confortable, ce livre lui donnait la chair de poule. Anxieuse de connaître la suite, Alice faisait les cent pas dans sa chambre, tout en parcourant la prochaine page. « Chapitre 22 : Le début de la fin. Ce serait plutôt ironique de cogner à la porte, n’est-ce pas ? Avec un petit rire, il donna trois coups sur la large porte rouge et attendit. »

Elle attendait, elle aussi, mais rien ne se produisit. Nerveusement, elle relut à voix haute la dernière phrase du mieux qu’elle le put. Angoissée, Alice redoutait le pire. Après quelques secondes qui passèrent comme des heures, trois coups retentirent à la porte. Comment était-ce possible ? Armée uniquement de son roman et du peu de courage qu’il lui restait, la jeune femme se dirigea vers sa porte d’entrée. Sa peur la ralentissait. Devrait-elle appeler quelqu’un ? Ridicule. Personne ne prendrait son histoire au sérieux.

La voix tremblante, elle poursuivit sa lecture.

« Quelques minutes s’étaient écoulées déjà. Fébrile, il s’impatientait. Quelle perte de temps ! Il sortit son couteau de son manteau et déverrouilla la porte. »

Debout devant sa porte d’entrée, elle remarqua qu’elle ne possédait pas la fin du roman. Les pages étaient arrachées. C’est à ce moment que l’homme entra. Grand, aux cheveux bruns, deux grands yeux. Ils étaient immanquables. Verts et globuleux, ils dévisageaient la jeune femme apeurée.

« Bonjour, Alice. Oh, je ne voulais pas vous effrayer, dit-il, d’un ton se voulant mielleux. Puis-je me joindre à vous ? Nous pourrions terminer notre histoire… »

D’une main, il brandit une liasse de pages déchirées et jaunies. De l’autre, le couteau le plus aiguisé qu’Alice avait vu de toute sa vie.

Enfin, elle sortit de sa torpeur et s’enfuit en direction de sa chambre. L’homme suivait tranquillement derrière. Dans sa course, Alice trébucha et elle atterrit lourdement dans son fauteuil bleu.

« Parfait, dit-il en souriant, vois-tu comment c’est parfait ? La dernière histoire que tu auras lue, ce sera la tienne ! »

Hystérique, il plongea les pages abimées dans les mains moites d’Alice. Il s’élança et Alice n’eut pas le temps de sentir la lame affilée la transpercer. D’un coup, il avait achevé sa vie, tout en maculant de sang le fauteuil. Son précieux fauteuil.

À propos de Marie-Amélie Dubé

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