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Marcel ou l’éloge de la lenteur

texte Marie-Amélie Dubé | Rédactrice en chef et propriétaire

Le 24 décembre au matin, j’apprenais que Marcel Caron était aux soins palliatifs depuis quelques jours. Tout d’un coup, je m’en foutais pas mal de Noël… Marcel allait mourir pour vrai alors que le Christ n’allait sûrement pas renaître. Marcel Caron, c’était un personnage public de l’ombre, sans sparages, dont la transcendance passait sous le radar. Depuis quelques années, il était commis au commerce Le Vrac, haut lieu de rencontres sur la Laf pour l’achat en vrac de thés, de farines, de noix, de légumineuses, de bonbons et… de contacts humains qui réchauffent le coeur. Dans La lenteur de Kundera, deux personnages de siècles différents (18e e t 2 0e) évoluent. Alors que l’un veut rapidement oublier les événements survenus, l’autre cherche à prolonger le souvenir dans la lenteur du mouvement. Une profonde réflexion autour du monde moderne, dont la vitesse et l’oubli sont les guides qui nous propulsent dans une course contre le temps, tributaire du progrès technologique, de la croissance économique et du consumérisme à outrance. Je ne sais pas si Marcel a lu ce livre de l’auteur tchèque, mais ça ne me surprendrait pas, puisque Marcel était un homme de lettres, de mots, de théâtre. Il aimait écrire, lire et jouer, mais il avait par-dessus tout cette faculté de ralentir le temps. Véritable poète, épicurien, jovial et romantique. Il était en osmose parfaite avec la lenteur qui contaminait sa parole, ses gestes, ses déplacements. Cette façon qu’il avait de fumer posément, la main haute. Cette manière qu’il avait de s’arrêter à chacun de nous pour nous regarder, nous parler, nous complimenter, nous faire la bise, nous écouter et se raconter. Comme nous étions spéciaux, extraordinaires, beaux et intelligents dans les yeux de Marcel.

C’était un homme-amour. Impossible d’être indifférent face à cette bonté colossale dans un seul corps. Comme un éléphant dans la pièce, mais pas au sens négatif, dans le sens « eille, wake up gang! ». Si on veut se sortir de cette impasse technologique et capitaliste, va falloir redevenir humains ! Pis ça, c’est avec de l’amour plein la face que ça va pouvoir se faire. Marcel demeurait en face de mon bureau. Souvent, on se croisait le matin à mon arrivée. Il sortait chercher son journal ou des cigarettes. Nous prenions le temps de nous faire la bise et d’échanger quelques banalités, rien de très philosophique, du small talk bien poli. En fait, c’était moi qui n’étais pas ouverte à l’échange, pas présente à lui parce que je focalisais sur ma liste de la journée – téléphones, suivis de courriels, réunions, paiements. Puis, il continuait sa route, d’un pas lent, zen. On aurait dit un paon, un dandy, un homme d’une autre époque. Il venait peut-être réellement d’une autre époque. Un genre de Oultander louperivois dont la mission est de propager l’amour pour nous sortir de notre solitude, de la vitesse, de l’individualisme. Bon, je délire un peu !

Il était en osmose parfaite avec la lenteur qui contaminait sa parole, ses gestes, ses déplacements.

Parfois, le hasard faisait que par la fenêtre, mon regard croisait Marcel sur le trottoir. Il avait toujours ce rythme, cette dégaine, la tête haute, un pas à la fois. Le regarder marcher était relaxant, comme une pendule ou comme un effet que procure un exercice de cohérence cardiaque. Je l’admirais, ou l’enviais. Marcel avait compris quelque chose que plusieurs d’entre nous, y compris moi, n’avons pas encore compris. Merci, Marcel. Vous avez été plusieurs à vous mobiliser pour Marcel en nous envoyant textes, images,
photos et témoignages inédits en sa mémoire. Merci pour cet acte de mobilisation citoyenne. Offrir la possibilité de produire un texte en lien avec la mobilisation citoyenne comme sujet pour février 2019 est intimement lié à la mission de La Rumeur du Loup, elle-même une action mensuelle de mobilisation citoyenne. Unir nos voix pour nous parler de nous et des autres, nous informer, nous opposer, nous rassembler, sans filtre. Notre société change, ou se souhaite fort fort du changement, sur toutes les tribunes. Les voix citoyennes s’élèvent de plus en plus, partout, contre l’État, contre le système capitaliste, vers un désir de ralentir, de revenir aux sources, au collectif, à dimension humaine. Voici donc l’occasion, le temps de ce dossier, de réaliser ô combien la mobilisation citoyenne est porteuse de solutions pour notre avenir collectif.

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À propos Marie-Amélie Dubé

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Un commentaire

  1. Merci beaucoup pour cette magnifique observation de Marcel. Il était comme ça mon p’t frère. Je ne l’ou jamais. Personne ne peut oublier un homme de cœur comme Marcel. Et la vie continue au-delà de la vie terrestre. Un jour je le reverrai tout souriant, les bras ouverts en m’accueillant chez-lui ou à son travail. 🍃🌹🍃

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