Maman célibataire… et heureuse!

Texte | Anonyme
Photo | Sasin Tipchai de pixabay.com

On parle souvent des parents célibataires* comme des êtres échevelés, dépassés, moins riches que les couples, des victimes à qui on doit s’adresser avec une mine de pitié. Pourtant, mon expérience de maman célibataire est  loin de ça! Laissez-moi vous en parler.

Maman, je le suis dans mes fibres. Célibataire, je le suis par choix. Il y a 10 mois, j’ai quitté une situation toxique. Une situation qui me brisait depuis des années déjà. Pas physiquement. Mais dans l’âme et le cœur, là où les blessures sont les plus difficiles à réparer. J’ai quitté pour revivre et j’ai quitté pour montrer à mes enfants qu’accepter l’inacceptable, on n’a pas à le faire toute notre vie. Qu’on peut avoir fait une erreur, un mauvais choix d’amoureux, à cause de notre enfance, de nos manques ou de notre chemin de vie. Mais qu’on peut aussi apprendre de cette erreur et ne pas la laisser déterminer le reste de notre existence.

Je n’ai pas trouvé la force de dire « c’est assez » en criant lapin, loin de là. Ça m’a pris des années de thérapie, l’accompagnement de ressources extraordinaires et aussi une détermination farouche, celle de vivre heureuse. Je ne vous détaillerai pas le processus, mais disons qu’il était mûri. J’ai pris le temps de pleurer, de réfléchir, de faire mes calculs, de penser aux conséquences et au pire qui pourrait arriver. Le résultat, c’est que la séparation était TOUJOURS meilleure. Que c’était la seule voie qui permettait de changer le cours des choses, pour moi et mes enfants. Alors j’ai décidé de faire le grand plongeon. J’ai lâché prise. J’ai accueilli le saut dans le vide, en souhaitant que de l’eau fraîche se trouverait en bas.

Et savez-vous quoi? Elle y était. L’eau. Fraîche. Puissante et légère à la fois. Ce n’est que quelques semaines après ma séparation, un soir que je rentrais chez moi, que je l’ai réalisé : Le poids n’était plus là! Ce poids écrasant qui m’étouffait. La tristesse, la colère qui rôdaient dans ma maison et tiraient mes épaules et les coins de mes lèvres vers le bas. Je me suis sentie revivre. Même avec des petits d’âge préscolaire, tout était plus facile et plus calme, par rapport à l’époque où nous je faisais encore partie de ce qu’on appelle une famille « unie ».

Aujourd’hui, ma vie est légère et pleine d’espoir à nouveau. Je me sens comme une jeune plante après l’hiver, frémissant au contact du soleil qui vient lécher ses fibres. Et je ne parle pas d’un amoureux. Il n’y a personne de nouveau dans ma vie et c’est très bien ainsi. Ce temps est pour moi. Pour me redécouvrir. Pour guérir. Pour, simplement, profiter de la vie.

Ce n’est pas que je n’ai pas de stress ni de tristesse. J’ai une maison à vendre, je ne sais pas où je vais habiter quand elle sera vendue, j’ai peur de ne pas pouvoir épargner pour ma retraite avant longtemps, l’accord avec mon ex sur le temps de garde est temporaire et mes enfants vivent un deuil déchirant

Mais malgré tout, malgré les fois où j’aimerais donc avoir un 15 minutes de pause pour aller souffler pendant que les petits se disputent, malgré la course le soir et le matin pour arriver à temps, malgré mes poches dont je trouve le fond un peu trop vite, il y a une chose qui me réconforte. Je ne regrette pas ma décision. Je ne l’ai pas regrettée une seule journée depuis ces 10 mois de séparation. En fait, chaque matin, je me congratule d’avoir été assez courageuse pour m’en aller.

Le verdict dans tout ça? Suis-je échevelée? Des fois. Suis-je dépassée? Moins que je l’étais quand je dépérissais dans une relation toxique. Suis-je moins riche? Étonnamment, non, et pas à cause d’une pension alimentaire (je n’en reçois pas). Mais surtout : suis-je une victime? Non, je suis le contraire d’une victime. Je suis une guerrière.

Une guerrière heureuse, une maman célibataire.

*j’utilise ici l’expression « parent célibataire » au lieu de « parent monoparental », car cette dernière me semble lourde de sens et négative, alors que le concept de parent célibataire est plus inclusif et ne met pas l’attention sur le fait qu’on a (ou pas) un coparent avec qui on partage la garde des enfants.

À propos Marie-Amélie Dubé

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