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Lumière sur la parole discrète

texte Gabrielle Ayotte-Garneau photo Valérie Simone Lavoie

 

Dans l’histoire, certaines voix, nous le savons, sont moins fortes, moins présentes que d’autres. Marginalisation, discrimination, sexisme, conquêtes et racisme ont trop souvent imposé le silence. Est-ce que la parole de ces communautés est réellement moins forte ? Les minorités culturelles (pas toujours minoritaires d’ailleurs) ont eu, et ont encore aujourd’hui, à ruer dans les brancards pour se faire entendre. Leurs voix doivent être puissantes pour être portées au-dessus des simplicités conventionnelles et des préjugés. Peut-être est-ce un mécanisme de défense, mais il n’est pas rare que ces communautés aient une tradition orale plus développée et d’une grande richesse. Était-ce le faible accès à l’alphabétisation à une autre époque, le manque de place laissée à leur culture dans les arts littéraires classiques ou justement le fait que l’oralité est la façon la plus accessible de propager une culture et de la maintenir en vie ? Au Canada du moins, une chose est certaine, c’est que les communautés francophones ont un grand patrimoine oral. Pensons à l’Acadie, à la culture franco-ontarienne, québécoise, mais aussi à toutes ces communautés de l’Ouest : fransaskoise, franco-albertaine, francomanitobaine… Leur histoire est différente, leur culture, leurs croyances, leur territoire et même leur langue en quelque sorte, mais une chose les rapproche sans contredit, c’est leur propension au conte.

Et puis il y a les Premières Nations, plus d’une centaine de communautés différentes dont la langue et les traditions varient tout comme le territoire. Ces peuples distincts auxquels l’oreille prêtée n’est pas toujours aussi attentive ont aussi l’oralité en guise de racines. Que le conte serve de divertissement, de culture fondatrice ou d’enseignement, il a tenu une place primordiale pour ces communautés, et la tradition orale s’est préservée jusqu’à nos jours. Depuis maintenant 22 ans, le festival de contes et de récits de la francophonie de Trois-Pistoles, Le Rendez-vous des Grandes Gueules, a toujours su varier les accents. Conteuses et conteurs de l’Europe et de l’Afrique ont côtoyé des artistes québécois bien sûr, mais également des Acadiens, des Franco-Canadiens, des Métis, des Innus, des Mi’kmaqs, des Abénakis… Ici, la diversité culturelle est une richesse à partager, et quoi de mieux que la parole pour le faire. Mais pour cette édition et les quelques suivantes, les organisateurs ont décidé de mettre le follow spot sur une parole dont les échos n’ont pas toujours eu toute la place qu’ils méritent. C’est ainsi que, tour à tour, les Premières Nations et les communautés francophones du reste du Canada auront une place privilégiée au festival. Et puis les femmes. Elles ne sont ni minorité linguistique ni minoritaires, elles partagent culture, traditions et territoire, mais malgré tout, elles doivent avoir la langue combattante encore trop souvent pour se faire entendre. Parce que le milieu du conte est parfois plus accueillant pour les hommes, parce que la parité n’est pas la seule solution, parce qu’elles ont une oralité qui se distingue, les femmes seront de ces éditions de mise en lumière.

Ainsi, Le Rendez-vous des Grandes Gueules 2018 sera l’hôte humble qui déroulera le tapis tricolore et étoilé pour le cayen, l’acadien, le chiac et toutes les parlures de l’Acadie. En guise d’introduction festivalière, la Forge à Bérubé ouvrira ses portes le mercredi 3 octobre 2018 dès 17 h pour l’Amuse-gueule en compagnie de trois commères de haut niveau, Les gossipeuses. Ce film réalisé en 1978 par Phil Comeau sera présenté en projection pour accompagner la boustifaille et les retrouvailles du Rendez-vous. Malice dans le regard, nervosité dans l’air, rires aux commissures, c’est le coude levé, trinquant, que nous entamerons cette nouvelle édition. Le festival offre annuellement un lieu d’échange et de discussion, le Café de la parole, où, bien sûr, le mot se fait tout aussi imposant, mais moins fabulateur. Antonine Maillet, écrivaine acadienne lauréate d’un prix Goncourt, amorcera le tintamarre verbal, abordant la place de l’oralité dans la culture acadienne. C’est que cette romancière et dramaturge au verbe haut et aux pieds bien campés au sol a toujours travaillé avec l’oralité dans ses oeuvres et essais. Femme de lettres, doctorante ayant fait des recherches sur Gabrielle Roy, sur le folklore acadien et sur la relation entre Rabelais et les traditions populaires en Acadie, est toute désignée pour discourir sur la place de la tradition orale dans sa culture. Claude La Charité, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire littéraire et patrimoine imprimé et enseignant au Département des lettres et humanités à l’UQAR, poursuivra la discussion avec certains artistes du conte présents au festival : Clara Dugas, Amateur Trahan, Stéphane Maddix Albert et Cédric Landry.

Le soir du samedi 6 octobre 2018, la Veillée acadienne prendra place à la salle de spectacle de l’École secondaire de Trois-Pistoles. La conteuse Clara Dugas et les conteurs Stéphane Maddix Albert et Cédric Landry fouleront les planches pour vous conter leur Acadie. Le rire facile et la voix sûre de Clara vous entraîneront du côté de la baie Sainte-Marie, en NouvelleÉcosse. Stéphane Maddix Albert vous fera voyager entre Moncton au Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard en s’accrochant le phrasé par la Gaspésie. Cédric Landry amènera un vent empreint de marées et de sable, une bourrasque des îles de la Madeleine. Trois grandes gueules, trois Acadie.

À propos Marie-Amélie Dubé

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