Lisez-vous autochtone?

Texte et photo – Daisy Winling, journaliste pigiste

Choqués par la mort de Joyce Echaquan sous les insultes racistes, de nombreux·ses Québécois·es cherchent à s’informer sur les réalités vécues par les autochtones. Ils se tournent notamment vers des livres et auteur·e·s autochtones, avec un engouement particulier pour l’écrivain Michel Jean.

Michel Jean est un journaliste et écrivain innu. Son dernier roman, Kukum, est sorti en 2019 dans la quasi indifférence médiatique. Il y raconte l’histoire de sa famille et, à travers elle, la sédentarisation forcée des autochtones. Grâce au bouche-à-oreille positif des lecteur·trice·s, le livre s’est tout de même vendu à 5 000 exemplaires, un best-seller au Québec.

UN LIVRE AU BON MOMENT
Pour Michel Jean, tout change fin 2020 avec deux événements sans lien apparent. En septembre, Joyce Echaquan, une femme atikamekw, meurt sous les insultes racistes. En novembre, Michel Jean reçoit le prix littéraire France-Québec pour Kukum. Les ventes décollent et plus de 80 000 exemplaires s’écoulent.

La mort de Joyce Echaquan a relancé le débat sur le racisme systémique au Québec, pointé par le rapport Viens en 2019. Elle a aussi poussé les Québécois·es à en savoir plus sur l’histoire des autochtones, peu enseignée à l’école.

Selon Michel Jean, son livre était là au bon moment. « La perception des Québécois des questions autochtones a évolué depuis une dizaine d’années. Pas tellement avant que le livre remporte le prix France-Québec, il y a eu l’affaire Joyce Echaquan. Je pense que Joyce a ouvert les yeux et le coeur de bien des gens. »

UNE NOUVELLE TENDANCE
Libraire à Montréal depuis dix ans, Raphaëlle Beauregard remarque aussi un changement. Elle note une demande de sa clientèle pour les auteur·e·s et sujets autochtones « qui a commencé dans les trois ou quatre dernières années ».

Elle mentionne elle aussi l’affaire Joyce Echaquan pour expliquer les demandes récentes de ses client·e·s. « Quelque chose que la dernière année nous a appris, c’est qu’il faut s’éduquer sur les questions de racisme. Au Québec, cette réalité est vécue beaucoup par les autochtones. Les gens ont vraiment envie de comprendre et de s’éduquer ».

D’AUTRES AUTEURS À DÉCOUVRIR
Même si Michel Jean est l’écrivain autochtone en tête des ventes, Raphaëlle Beauregard rappelle que d’autres auteur·e·s autochtones jouissent aussi d’une certaine notoriété.

Les lecteur·trice·s québécois·es connaissent déjà la poétesse Joséphine Bacon, a qui le film Je m’appelle humain de Kim O’Bomsawin est consacré. L’écrivaine Naomi Fontaine était finaliste au Prix Littéraire du Gouverneur Général en 2020 pour son troisième livre, Shuni, et Kuessipan, son premier roman sorti en 2011, a été adapté au cinéma en 2019.

Il y a bien d’autres auteur·e·s autochtones à faire découvrir. Daniel Sioui, libraire wendat et fondateur des éditions Hannenorak, en fait sa mission. En juin, il a lancé la page Facebook «Je lis autochtone», pendant le mois national de l’histoire autochtone. Il y recommande des livres et organise des entretiens d’auteur·e·s en ligne.

À propos de Marie-Amélie Dubé

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