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L’Improvisation à Chanoine-Beaudet

par Catherine Legault, enseignante de mathématiques et coach d’improvisation – photos Vis Comica

 

Nous sommes dans la ville de Saint-Pascal, assis sur les bancs rouges de l’auditorium de l’École secondaire Chanoine-Beaudet. Il est vendredi, 12 h 15 exactement. La scène est éclairée, la musique baisse, 12 jeunes sont appelés sur scène un à un, comme s’ils étaient des rock stars, acclamés par les 50 personnes dans le public. C’est devenu une tradition : la grande famille du Vis Comica offre un spectacle d’improvisation chaque semaine. Pour une école secondaire de 300 élèves, il est rapide de déduire qu’un élève sur cinq de l’école est dans l’auditorium à ce moment précis. Le corridor du 2e étage résonne au son de l’événement rassembleur. Un surveillant d’élèves est attitré à l’auditorium le vendredi, car les élèves y sont. Chaque semaine, c’est reparti. Qu’est-ce qui explique cet engouement ? Qu’est-ce qui se cache derrière cet événement récurrent ? Pourquoi l’improvisation est-elle primordiale dans la vie de ces jeunes ?

UN PEU D’HISTOIRE…
L’École secondaire Chanoine-Beaudet offre deux formes d’art : musique et arts plastiques. Tout art de type théâtral est en réalité cette fameuse histoire d’improvisation. La tradition de base remonte à il y a plus de 15 ans, alors qu’Ève Landry fréquentait l’école avec ses amis. La distance à parcourir pour participer à un tournoi, combinée avec le milieu défavorisé dans lequel se trouve l’école, avait poussé les élèves de l’époque à organiser eux-mêmes un tournoi sur place. Le tournoi provincial d’improvisation regroupant en moyenne une trentaine d’équipes à travers la province du Québec est le plus gros tournoi d’improvisation au niveau secondaire. Au-delà d’un tournoi au mois d’avril, les joueurs intéressés se sont toujours pratiqués en parascolaire un soir par semaine. Depuis 2 ans, l’improvisation dans les murs de l’École secondaire Chanoine-Beaudet a pris une tournure inespérée dans sa popularité et son ampleur.

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L’IMPROVISATION CETTE ANNÉE
Pour l’année scolaire en cours, 27 jeunes se sont inscrits à l’improvisation. Ils reçoivent tous une formation qui leur convient. Trois répétitions du soir sont offertes (selon le niveau du joueur), ainsi qu’un cours à l’horaire le mercredi après-midi (une concentration) où tous les niveaux scolaires sont mélangés. Finalement, un match devant public a lieu chaque semaine où s’affrontent deux des trois équipes de la ligue du vendredi. Des formateurs invités s’ajoutent à la formation des joueurs environ une fois aux deux mois et des matchs amicaux sont organisés avec des équipes de Rivière-du-Loup et de La Pocatière, autant du niveau secondaire que collégial. Un jeune qui fait de l’improvisation à l’École secondaire Chanoine-Beaudet a une fierté et un sentiment d’appartenance rayonnant. Des vêtements à l’effigie de la grande famille du Vis Comica sont commandés par les joueurs. On ne peut passer les corridors de l’école sans croiser un jeune qui porte le logo sur un t-shirt, un coton ouaté ou une tuque (bon, les couvre-chefs, c’est dehors…).

UN OUTIL DE COMMUNICATION ESSENTIEL AU DÉVELOPPEMENT
Qu’est-ce qui fait que l’improvisation est si importante pour ces jeunes ? Différents enjeux entourent cette période de la vie qu’est l’adolescence : le besoin de liberté, le sentiment d’appartenance, l’envie de s’affranchir, d’être en position de décider, le besoin de s’exprimer et d’être entendu, la créativité, etc. L’improvisation vient donc combler plusieurs besoins chez l’adolescent. L’improvisation est d’abord une question de confiance en soi. Un jeune qui la pratique développe une connaissance de soi qui le met en confiance. Certains jeunes qui font de l’improvisation depuis 3-4 ans ont même une position corporelle différente lorsqu’ils traversent l’école. Ils ont le visage communicatif et ont envie d’aller vers les gens. La prise de parole en public est une partie de plaisir pour eux et ils ont envie de s’impliquer dans leur école. La particularité de l’École secondaire Chanoine-Beaudet de Saint-Pascal est cette proximité entre les niveaux scolaires. Environ chaque groupe de l’école, allant de l’adaptation scolaire aux groupes enrichis de la 1re à la 5e secondaire, inclut d’un à deux joueurs et d’un à quatre amateurs d’improvisation. C’est une activité qui rassemble les jeunes. Aucun camp de sélection n’est fait. Tous les jeunes intéressés peuvent en faire. Certains sont déjà des bêtes de scène, d’autres s’inscrivent pour apprendre, mais tous se sentent ultimement inclus et valorisés pour qui ils sont, pour leurs idées et pour ce qu’ils peuvent apporter à leur équipe. L’improvisation sous cette forme est très inclusive et valorisante. La compétition amicale existe, mais chaque joueur joue éventuellement auprès des autres et donc tous sont amis (jusqu’à un certain point, logiquement).

« Le tournoi provincial […] est le plus gros tournoi d’improvisation au niveau secondaire. »

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LES PLUS VIEUX AIDENT LES PLUS JEUNES
Pour offrir une formation intéressante pour le niveau de chaque jeune, les défis qui leur sont demandés sont à la hauteur de chacun. À titre d’exemple, lors d’une période de concentration (où 21 des joueurs de l’école sont formés en même temps) les joueurs plus expérimentés de 15 à 18 ans sont jumelés à des joueurs débutants de 12 à 14 ans pour leur donner des trucs et un encadrement constructif. Un exemple concret de ce phénomène a eu lieu cet hiver. Les joueurs les plus expérimentés se sont fait demander d’animer un atelier d’une dizaine de minutes pour des sous-groupes de trois à quatre joueurs, et chaque sousgroupe faisait ainsi tous les ateliers pendant la période. « David, tu es notre expert en bruitage, montre aux plus jeunes certains trucs pour enrichir leur début de mixtes. » Ce type d’organisation permet aux plus vieux d’être valorisés et de verbaliser leurs apprentissages de la scène, tout en développant un regard critique sur le jeu des autres et ils apprennent à verbaliser leurs observations avec tact. Les plus jeunes, de leur côté, bénéficient d’un maximum de rétroaction sur leur jeu. Dans les matchs devant public, chaque vendredi midi, c’est un joueur d’expérience qui agit à titre de capitaine et responsable du banc et des caucus. Ce joueur donne des conseils à ses coéquipiers et vient les aider avec des 3e entrées constructives lorsque l’histoire n’avance pas. Chaque capitaine s’assure de faire jouer tous ses joueurs et de leur offrir des expériences de scène pertinentes. Ils sont encourageants et souriants pour leurs joueurs et ce rôle leur tient à coeur. En bref, l’improvisation à Chanoine- Beaudet est bénéfique à vie de l’école, à l’estime de soi des jeunes, à l’entraide et à l’intégration de chacun. Le Vis Comica est en réalité une grande famille qui accompagne le parcours au secondaire et qui offre des expériences de scène pour s’affirmer et communiquer clairement ses idées. Certains jeunes y découvrent une passion, d’autres s’y font des amis et apprennent à mieux se connaître. Quoi qu’il en soit, l’improvisation tient un rôle essentiel dans la vie de cette trentaine de jeunes qui ont envie de venir à l’école et sont déçus quand une tempête de neige fait manquer un mercredi d’école.

 

À propos Marie-Amélie Dubé

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