L’importance de prendre soin de son outil – Entrevue avec Ève Bélanger, de Trajectoires Hommes du KRTB

Texte | Marie-Amélie Dubé
Photo | piegolabphoto

Ève Bélanger est technicienne en travail social et travaille à Trajectoires Hommes du KRTB depuis bientôt quatre ans.

Quelle est la mission de Trajectoires Hommes ?

Il s’agit d’un service d’aide et d’accompagnement pour les hommes. Il comprend deux volets. Le premier concerne tous les problèmes que les hommes rencontrent dans leur vie, que ce soit une rupture amoureuse, une perte d’emploi, un deuil, des difficultés d’estime de soi, l’isolement, etc. L’autre volet concerne les comportements violents, autant physiques que psychologiques. Nous offrons de l’accompagnement dans ces situations, autant individuellement qu’en groupe. Tous nos services sont gratuits et confidentiels. Nos bureaux sont à Rivière-du-Loup, et nous avons une entente avec les CLSC pour que nos intervenant∙e∙s puissent s’y déplacer.

Le taux de suicide chez les hommes est très élevé, et on sait que c’est une clientèle qui n’est pas très encline à aller chercher de l’aide. Souvent, quand un homme va demander de l’aide, c’est parce qu’il a frappé un mur. Alors, c’est vraiment là, tout de suite, qu’il faut répondre à la demande. C’est pourquoi nous avons engagé de nouvelles ressources pour fournir, car bien entendu, depuis la pandémie, nous avons eu une hausse de fréquentation de nos services. Lorsque j’ai commencé à travailler, nous étions quatre, et maintenant, nous sommes sept.

Est-ce difficile pour toi, en tant que femme, de travailler en relation d’aide avec les hommes ?

Ça pourrait, mais de mon côté, j’ai une vision focalisée sur l’humain. Je me considère tout simplement comme une humaine qui aide un autre humain. Ça permet aussi aux hommes d’avoir une relation de confiance avec une femme, ce qui peut être réparateur dans certaines situations. Nous sommes aussi équilibrés dans nos intervenant∙e∙s hommes-femmes.

Est-ce que c’est déjà arrivé une situation où un homme refusait d’être accompagné par une femme ?

Oui. Et le contraire est déjà arrivé. Nous respectons ça sans problème, car il faut que la personne soit à l’aise. Et non, je ne trouve pas que se faire choisir moins qu’un·e autre intervenant∙e a un impact sur l’estime. Ça pourrait tout simplement ne pas cliquer avec un homme pour moi, mais fonctionner avec une de mes collègues. Nous sommes là pour les aider et les mettre à l’aise le plus possible.

Pourquoi as-tu décidé de travailler dans le communautaire, et qu’est-ce que le milieu t’apporte ?

J’ai toujours été dans le communautaire. Mes stages et mes autres emplois étaient dans ce domaine aussi. J’ai décidé de rester chez Trajectoires Hommes, car il y a un peu plus de liberté, et on peut y mettre sa couleur. C’est certain que les conditions peuvent être plus difficiles, mais je crois que ça vient du coeur quand on choisit le communautaire. Je me sens à ma place ici. Je crois également que lorsqu’on choisit de faire ce métierlà, c’est parce que ça nous apporte quelque chose à la base. Réussir à rendre le sourire à une personne, à l’aider et la soutenir, à faire de la prévention dans la communauté, ce sont de belles récompenses.

Comment sont tes relations avec les intervenant∙e∙s des autres organismes ? Est-ce que tu sens de la solidarité ?

Tellement ! On souhaite justement reprendre les rencontres entre organismes. Le travail à distance brise les contacts chaleureux. C’est bien plus enrichissant en personne. On est tou·te·s dans la même réalité et on peut s’en parler et s’entraider. Ce sont des gens de coeur, vraiment.

Trouves-tu que la population comprend bien ce qu’implique le communautaire ?

Je crois qu’il y a encore des préjugés. Les CLSC et autres organismes sont souvent perçus comme des portes d’entrée, et on devient connus seulement quand les gens ont des besoins urgents.

Es-tu capable d’arriver chez toi et de ne plus penser au travail ?

Il le faut ! On est notre propre outil de travail, alors si l’on ne va pas bien et qu’on n’est pas capable de trouver un équilibre, ça se fait tout de suite sentir. C’est important d’avoir une coupure. Quand j’arrive chez moi, je débarrasse mes affaires, et puis on ferme le tiroir, on passe à autre chose, et je me concentre sur ma vie. Après avoir passé autant de temps dans la vie des autres, c’est mon tour. Il faut apprendre à reconnaître les signaux qui nous disent qu’on ne va pas bien. C’est le même principe que si l’on travaille dans une usine et que son outil est brisé : si l’on ne fait rien à ce propos, ça aura des conséquences sur tout le reste. On doit avoir une bonne capacité d’introspection, autant pour être bien personnellement que pour bien faire son travail. Parfois, on est un cordonnier mal chaussé ! Il faut se rappeler que les conseils d’hygiène de vie qu’on donne aux hommes, on doit les appliquer pour nous aussi.

Comment penses-tu qu’on pourrait attirer plus de gens à venir travailler dans le communautaire ?

C’est un domaine vraiment axé sur l’humain, la personne, donc au départ, il faut avoir un intérêt pour l’entraide. C’est également très large, il y en a pour tous les goûts. Les gens ont de la place pour mettre leur couleur et apporter leurs idées. On n’a pas à attendre pour des processus longs et compliqués, on peut s’en parler directement. C’est un grand esprit de communauté et de travail d’équipe.


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