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L’histoire de l’artiste missionnaire

texte Sara Dumais-April | photo Busque

En février dernier, j’ai eu la chance de faire le portrait de Marie-Chloé Duval, artiste peintre originaire du Bas-Saint-Laurent et propriétaire de l’entreprise DUVAL ART. Les discussions avec elle sont simples, mais évocatrices. Marie-Chloé est une passionnée. Que ce soit lorsque qu’elle parle de son travail, de son entreprise, de sa région ou de ses voyages. Il y a un petit je-ne-sais-quoi qui nous donne envie de découvrir le monde à travers ses yeux, ou plutôt, à travers ses toiles.

À la fin du mois de mars, l’artiste s’envolait vers l’Europe pour participer à Mission France en collaboration avec le Réseau M. Une expérience qu’elle a qualifiée d’incroyable de A à Z. Sur place, son objectif était surtout d’explorer, car même avant de quitter le Québec, elle sentait qu’elle avait déjà gagné beaucoup. L’organisation offre un programme de mentorat ainsi que des journées préparatoires avec tou.te.s les mentoré.e.s qui travaillent dans des domaines complètement différents, ce qui lui a permis d’en apprendre énormément sur l’entreprenariat. Pendant les deux premières journées de son séjour, l’organisme lui avait organisé beaucoup de rencontres avec des gens d’affaires. Heureusement pour elle, de ces rendez-vous ont découlé beaucoup d’autres réunions qui lui ont permis, notamment, de préparer possiblement de futurs projets avec des galeries françaises.

L’avantage, pour une artiste, de prendre part à une expérience comme celle-ci, c’est que l’art peut trouver sa place partout. C’est ce qui lui a permis d’atteindre, même de dépasser, les objectifs qu’elle s’était donnés avant de partir. Son but était principalement de créer des contacts et de développer l’aspect marketing qui vient avec son travail. En Europe, Marie-Chloé a surtout réussi à sortir de sa zone de confort : « Au Québec, quand je vais à un vernissage, je vois de l’art, mais je trouve ça difficile de me présenter en tant qu’artiste peintre, ça me gêne. Dans le contexte où j’étais, je n’avais pas le choix d’aller de l’avant et d’oser. J’ai vu ça comme une pratique ». Et ça aura porté fruit !

DES RENCONTRES MARQUANTES

En art, le milieu français est certes impressionnant. La Pascaloise n’avait pas nécessairement envisagé de faire affaires avec des galeries, car elle voyait cela comme un monde plutôt fermé. Elle a été grandement surprise de l’ouverture qu’il y avait pour elle. La réponse des gens était très positive. « Ce qui m’a le plus surprise, c’est qu’il y a certaines galeries qui se souvenaient du portfolio que j’avais envoyé. Même si notre travail respectif ne correspondait pas nécessairement, on a pris le temps de se parler ». Les gens étaient conscients qu’elle avait fait une longue route pour venir les voir et elle a été très touchée du temps qui lui était accordé.

Quand je lui ai demandé de quelle rencontre elle allait se souvenir le plus longtemps, Marie-Chloé a eu un petit rire, « je vais avoir l’air quétaine, mais la plus belle rencontre que j’ai faite, c’est avec moi-même. Je suis la première artiste depuis six ou sept cohortes à partir en mission. De prouver que j’ai ma place en tant qu’artiste peintre dans un échange commercial comme celui-là, c’est vraiment le top pour moi ». C’était une rencontre nécessaire pour l’artiste parce que ce genre de rencontre vous empêche de stagner et de toujours continuer à évoluer.

Nous avions discuté de la place de l’art en entreprenariat lors de notre dernier échange et la position de Marie-Chloé n’a pas changé. Aujourd’hui, un.e artiste n’a pas le choix d’être aussi entrepreneur.e, comme n’importe qui choisissant de vivre de ses créations et de sa passion. Les deux viennent ensemble. Et comme toute personne qui se lance en affaires, elle se pose toujours la question « c’est quoi la prochaine étape ? ». Elle constate que c’est correct de se donner des objectifs plus ambitieux et que ce n’est pas en attendant le « bon moment » qu’elle réussira à les atteindre parce qu’il n’y aura jamais de bon moment. C’est à elle de le provoquer.

ALORS QUELLE EST LA PROCHAINE ÉTAPE ?

Les derniers mois ont été très mouvementés pour Marie-Chloé. Après la Finlande, l’Inde et la France, elle doit maintenant défaire ses valises. Comme l’été est sa plus grosse période de l’année, elle s’y prépare tranquillement. Tranquillement veut aussi dire qu’elle déménage son studio dans un endroit beaucoup plus grand, ce qui lui permettra de peindre encore plus de souvenirs. Elle a récemment réalisé à quel point son environnement a un impact sur ce qu’elle peint. Ses derniers voyages étant trop frais, elle n’a pas encore eu le temps de les extérioriser, mais elle sait que ça viendra.

Les propositions ne finissent plus d’affluer. Il y aura plusieurs participations à des symposiums et une exposition solo au Centre socioculturel Gérard-Ouellet à Saint-Jean-Port-Joli à l’automne. Elle a aussi d’autres projets en vue dont elle ne peut pas discuter en ce moment, car elle attend de savoir s’ils vont se concrétiser. Une chose est certaine, c’est un mouvement constant pour Marie-Chloé.

Dans la prochaine année, l’artiste souhaite exposer dans un musée ou un centre d’art, idéalement dans la région du KRTB à laquelle elle est très attachée. Beaucoup d’acheteur.se.s proviennent du coin et cela représente beaucoup pour elle. « C’est grâce à chaque achat que je réussis à grandir, que je peux louer un plus grand studio par exemple. Ma région, c’est la base de ce que je fais ». L’ouverture à l’art et à la culture est différente ici de celle de la grande ville. Est-ce que c’est parce qu’il y a moins de compétition ? Peut-être. Une chose est certaine, il y a de l’intérêt.

Dans un univers où les préjugés sont à l’effet qu’il y a peu d’ouverture, une artiste peintre qui s’appelle Marie-Chloé Duval défonce les portes une à une. Amateur.trice.s ou grand.e.s consommateur.trice.s d’art, il serait préférable que vous débarriez la vôtre, car elle s’en vient de pied ferme et quelque chose me dit que son entrée ne passera pas inaperçue !

À propos Marie-Amélie Dubé

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