L’exode des jeunes

Texte | Marie-Clarisse Berger
Illustration | mohamed Hassan, pixabay.com

Les élections arrivent à grands pas, il est minuit moins une pour les partis politiques qui accourent à la ligne de départ. Je regarde les sondages, je lis le journal, j’écoute la radio en essayant de me faire une idée de qui sont les candidat.es. J’essaie de me faire une idée sur qui est le ou la plus crédible, qui à des idées et du changement à offrir.

À chaque élection, qu’elle soit municipale, provinciale, fédérale ou même les élections de ma faculté, j’écoute avec intérêt. J’ai pas envie qu’un concombre me représente.

Et quand je suis insatisfaite du choix qui s’offre à moi, je me présente avec la conviction que j’ai des idées qui vont être bénéfiques à la discussion.

En 2018, j’avais 18 ans et j’ai suivi la campagne politique que je trouvais, pour la première fois de ma vie…intéressante. En fait, quelques mois avant ça m’a frappé le fait que j’étais une adulte depuis peu, que j’avais un devoir de citoyenne à accomplir et que la moindre des choses, c’était de voter de façon éclairée.

Je mentirais si je disais qu’au départ, je trouvais ça intéressant.

La dette? Le budget? Un projet de loi? Le port de Rivière-du-Loup? Les PME? TVQ, TPS, PPP, CHSLD, etc, il y avait plein de termes avec lesquels je n’étais pas familière. Je me trouvais nouille parce que je comprenais pas ce dont les vieux hommes blancs toujours habillés en beige disaient à la télévision.

Puis un jour je me suis tannée.

C’est moi qui vote? C’est moi qui va me déplacer pour la classe politique le premier lundi d’octobre? Ben qu’on s’adresse à moi aussi. Pis si on ne s’adresse pas à moi, je vais faire en sorte qu’on le fasse.

J’ai commencé à écouter des émissions d’analyse politique avec mon père le soir. On débattait, on était rarement d’accord, mais j’apprenais.

Je lisais le journal avec plus d’intérêt. La radio cependant, mea culpa, je continue de trouver ça plate, mais je l’écoute parfois uniquement pour diversifier mes sources d’information.

Bref, de semaine en semaine, je reconnaissais des enjeux et j’avais une meilleure idée de ce dont on parlait. Sans dire que j’étais une experte, je savais maintenant qui faisait partie de la droite, de la gauche, combien il avait de sièges à l’Assemblée nationale, qui se présentait dans notre compté et le plus important, je me forgeais une identité politique.

Je savais, le jour du vote qu’elles étaient mes valeurs, ce pour quoi je pouvais faire des compromis et ce pour quoi je ne voulais pas en faire. Je savais aussi ce à quoi je voulais que le Québec que j’ai toujours connu ressemble. Je savais quelles causes m’allumaient et lesquelles m’allumaient moins.

Et évidemment, je savais qui avait des chances de l’emporter dans notre circonscription, qui était là pour ses convictions et qui était un « poteau » comme on le dit dans le jargon.

Le jour du vote, je me suis sentie fière : j’accomplissais une tâche d’adulte par moi-même.

Et pourtant, plein de gens autour de moi ne voulaient pas voter.

Secrètement, moi je trouvais ça cool les gens qui votaient. Je voyais ça comme un super pouvoir, un droit de veto en quelque sorte, parce que les jeunes n’ont pas ce droit-là.

Quatre ans plus tard, une campagne politique derrière la cravate et plusieurs implications plus tard, je reste convaincue qu’il faut s’intéresser à la politique…pour qu’elle s’intéresse à nous.

À l’heure actuelle, nos dirigeant.es font des lois pour nos parents et grands-parents. Si personne de ma génération ne leur parle d’environnement, de diversité, de développement durable, de féminisme, de logement et d’éducation qui le fera? Et si personne ne le fait, nos politicien.nes vont continuer de travailler en vase clos. La politique est un jeu de séduction alors pourquoi vouloir s’acharner à plaire à des gens qui ne te regardent même pas? Les partis politiques ne courtisent pas ou très peu les 18 à 34 ans parce qu’en retour, c’est le groupe d’âge qui lui tourne le plus le dos.

Alors une roue s’enchaine. C’est un engrenage sans fin parce que les jeunes ne se sentent pas écouté.es, donc sont moins enclin.es à voter. Puisqu’iels votent moins, les partis politiques ne se sentent pas redevables envers eux et ne prennent pas des décisions qui reflètent leur réalité.

Résultat? Quatre ans plus tard, les jeunes se disent : « Voilà, ça sert à rien, c’est toujours les mêmes qui passent avec les mêmes idées, mon vote ne changera rien ».

Et pourtant.

Ton vote aide à financer les partis politiques, qui eux, débattent à l’Assemblée des enjeux des citoyens de leur circonscription. Si pour toi, la continuité de l’autoroute 20 c’est un enjeu et que tu souhaites qu’on écoute, en allant voter et en posant des questions aux élu.es, tu t’assures que ta voix soit écoutée et d’enclencher une saine discussion autour de ce dernier.

Ton vote aide aussi à faire vivre la démocratie. En latin, démocratie veut dire « pouvoir au peuple ». Le fait de vivre dans un système politique qui t’offre la chance de t’exprimer sans craindre pour ta vie et de le faire de différentes manières, c’est un peu ça le pouvoir de la société.

Quand tu votes, tu exprimes ton accord ou ton désaccord avec les politiques des dernières années. Quand tu y penses, c’est la façon la plus facile de montrer la porte à quelqu’un pis c’est la seule fois avant un petit bout que tu vas pouvoir le faire. Pis sinon, c’est aussi une façon de dire à la personne qui te représente « Good job! Mais fais attention, dans 4 ans on va te surveiller encore plus alors on veut des réponses à nos demandes ».

Ton vote contribue à la démocratie, car il peut faire la différence entre un gouvernement majoritaire ou minoritaire. En gros, si le gouvernement est majoritaire, ça veut dire qu’il y a plus que la moitié des élus qui sont de son parti. Donc si ton gouvernement est majoritaire, il n’a pas besoin de l’accord des autres partis politiques pour faire passer ses projets de loi. Mais dans la société, on est pas toujours d’accord et ça prend des débats. Si la personne qui représente ta circonscription au Salon bleu est dans l’opposition, c’est très bien aussi, car elle peut apporter des solutions, explorer des pistes de solutions avec le gouvernement et proposer des modifications à son projet de loi. Si tu ne votes pas, tu acceptes que ce soit un peu n’importe qui qui va aller se battre au nom de tout ton compté… Pis si cette personne prend son rôle comme un jeu de société pis décide de passer son tour quand elle n’est pas sure de sa shot, ben just too bad pour les citoyen.nes.

Ton vote, c’est aussi une façon de t’assurer que la personne qui te représente va aussi t’écouter si tu as besoin d’aide. Si tu es un agriculteur qui subi une mauvaise saison et que tu ne sais pas où chercher de l’aide financière, tu peux aller voir ton élu.es pour des ressources! Si tu cherches du financement pour un projet communautaire, c’est la personne qui a passé au vote dans ton compté que tu vas voir pour t’outiller. Si tu as un message à dire au gouvernement et que tu veux qu’une déclaration soit lue en Chambre sur ta grand-mère qui vient de toper 100 ans, c’est à ton élu.es que tu dois demander!

Je sais, voter c’est pas toujours le fun. Mais dans certains pays, des gens se font tuer simplement pour avoir critiqué le gouvernement. Dans d’autres régions du monde, le vote ne sert réellement à rien, car des tortionnaires prennent le pouvoir ou encore les gens vivent dans une dictature qui ne leur permet pas de choisir, mais qui leur impose un choix. Ici, voter librement n’est pas un privilège, c’est un droit.

Nos grands-parents se sont battus pour de meilleures conditions de travail, pour la Révolution tranquille, pour le droit de vote aux femmes, pour des places en garderies, pour l’accès à l’éducation, pour la gratuité des soins de santé et j’en passe.

Notre génération a le pouvoir de se battre elle aussi, pour des enjeux de l’heure qui lui tienne à cœur.

Le 3 octobre prochain, pour quel droit te battras-tu?

À propos de Marie-Amélie Dubé

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