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Lettre aux caucasiens et caucasiennes

Texte | Marie-Clarisse Berger, étudiante en science politique de l’Université McGill
Image | Gerd Altmann de pixabay.com

Vous n’êtes coupables de rien lorsqu’on parle de droits des Noir.e.s, parce qu’il n’y a pas d’accusation, encore moins de “procès des Québécois.e.s” comme le prétend François Legault. Oui, le racisme systémique existe, ici au Québec et aussi ici, au Bas-Saint-Laurent.

Je vous écris à vous, les caucasiens.ennes, parce que je sais que c’est difficile de reconnaître un problème. Lorsqu’on est en situation de privilège et de pouvoir, c’est encore plus dur. Il n’y a pas de procès des Québécois.e.s à faire parce que le débat actuel concerne le traitement des Noir.e.s, pas le vôtre. Le débat n’est pas à propos de vous. Vous, les personnes caucasiennes n’êtes pas, pour une fois, le sujet de la discussion. Alors, pouvez-vous prendre deux secondes pour écouter réellement ce que les personnes racisées ont à dire?

Il est possible que vous n’ayez jamais vu ou expérimenté du racisme en tant que personne blanche. C’est normal, votre couleur de peau est la norme et notre société a été construite pour vous avantager dans tout : accès au logement, à l’emploi, en éducation, en santé… la liste est longue. En revanche, votre « ami.e noir.e » en vit quotidiennement. Souvent, on lui passe des commentaires sur sa couleur de peau, on lui touche les cheveux en passant des commentaires étranges, on lui pose des questions indiscrètes sur ses origines ou sa culture (même s’il.elle a passé toute sa vie au Québec), on lui fait croire qu’il.elle n’a pas sa place ou qu’il.elle est moins beau.belle que la moyenne ou encore on se surprend qu’il.elle sache parler français. Parfois même, on peut l’appeler « caca » ou Toblerone en référence à la barre de chocolat. Ou lui demander l’autorisation pour utiliser le mot « nigga » (nègre), comme s’il.elle avait le contrôle d’un mot déjà sali par l’histoire… Bref, on lui fait sentir qu’il.elle n’est pas le bienvenu.e ou du moins que sa présence dérange.

Ce sont des manifestations du racisme systémique très subtiles. Mais ce n’est pas parce qu’un problème peut être subtil dans certains cas qu’il ne mérite pas notre attention et qu’il ne peut pas en cacher d’autres plus criants.

Justement, le but du présent mouvement qui enflamme nos rues est de dénoncer les discriminations et les décès des personnes noires. En détournant la conversation sur vous, les caucasien.enne.s, et en vous positionnant comme victimes, vous nuisez à la cause. Le fait d’avoir des privilèges, en l’occurrence le privilège blanc, ne fait pas de vous de mauvaises personnes. Cela ne veut pas dire non plus que vous ne pouvez pas, vous aussi, souffrir. Avec le présent mouvement, on dit simplement que parce que les Noir.e.s sont d’une autre couleur que celle de la majorité, leur vie est plus difficile. Ça n’empêche pas le fait que la vôtre aussi peut l’être. Seulement, elle ne l’est pas à cause de votre couleur de peau.

Pour ce qui est du racisme systémique, il est important de ne pas confondre systémique et systématique. Lorsque l’on parle de racisme, systémique veut dire que cela s’inscrit dans un système et non que tout le monde est raciste. Prenons le système d’éducation par exemple. Lorsque l’on parle de repenser nos institutions scolaires pour qu’elles offrent des visions de l’Histoire plus près de la réalité, on parle d’un système qui perpétue une pensée du monde biaisée, qui peut être raciste. Est-ce qu’on dit que TOUT.E.S les enseignant.e.s sont racistes? Non. Est-ce qu’on dit que le système d’éducation a un rôle à jouer dans la lutte anti-raciste et que ce rôle doit passer par une remise en question de ses propres enseignements? Oui.

Le même principe s’applique à toutes les institutions de notre société québécoise. Que ce soit en culture, en santé, en économie, en sécurité publique, en environnement ; dans tous les milieux, une réflexion profonde sur nos biais inconscients et sur la représentation des Noir.e.s s’impose.

Et ce n’est pas parce que vous réfléchissez au fait que vous avez peut-être dit ou fait des trucs racistes, que vous êtes raciste. Et ce n’est pas parce que des gens veulent changer le statut qu’il.elle.s font votre procès. N’ayez craintes, réfléchir n’est pas passible de prison de toute façon.

À propos Marie-Amélie Dubé

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