Lettre à toi mon enfant

Texte et photo | Marie-Chloé Duval, Artiste

Tu n’es pas né.e, mais si un jour tu en venais à exister, je t’aimerai, je le sais. Je t’aimerai.

J’aurai 27 ans dans une semaine.

Je vis dans une génération où le sexe mène à l’amour, ou du moins dans laquelle on accepte le sexe pour mieux rêver à l’amour. Dans cette génération, mon enfant, mon amour, sache qu’il y a la liberté dans la plus douce et la plus belle des formes; celle de son corps et de ses désirs. Une liberté qui fait jouir, tantôt littéralement, tantôt conceptuellement.

Je vis dans une génération où rien n’arrive si une Story Instagram ne le prouve pas. Dans cette vie, les gens se voient et font des sorties pour leur feed et dans cette vie, l’humain n’est qu’accessoire à un mal-être refoulé dans l’absurdité.

Je vis dans une génération où les femmes puis les hommes sont obsédé.e.s par leur corps, leur poids, leur calorie et qui, pour gérer leur obsession, mangent des aliments en mode binge et vomissent en mode honte.

Je vis dans un monde qui semble me passer entre les mains alors que je n’arrive pas à le sentir.

Je vis dans un monde qui me passe entre les mains si je ne me laisse pas le droit de le sentir.

Je vis dans ce monde.

Celui que je choisis.

Celui qui me plaît aussi.

Car sache mon enfant que dans ce monde, celui tant critiqué, j’ai la chance de penser.

J’ai la chance d’être, d’être un garçon ou une fille et qui sait peut-être un peu des deux. J’ai la chance d’avoir un sexe féminin mais de faire des jobs de gars. Peut-être que ce concept te sera absurde; celui d’un emploi genré. J’espère sincèrement que ce concept te sera inconnu.

Dans mon monde, j’ai l’opportunité de choisir qui je suis, de me donner le temps de le découvrir où d’essayer. J’ai la chance de refuser ce qui je croyais bien pour trouver mieux. J’ai le droit d’exister, de rêver et de voyager. Dans mon monde, tout le monde voyage, parfois pour oublier, souvent pour oublier, parfois pour mieux revenir et pour ne pas oublier.

Dans mon monde mon enfant, la vie est chaotique, puis douce. Il y a de contraste en contraste une harmonie, un désir de bouger, de vivre, une sorte d’urgence même. Bien que cette urgence de vivre nous cause bien des maux, elle nous donne aussi bien du courage, ou appel ça comme tu veux, mais elle nous donne le courage d’oser, de risquer et de ne pas abdiquer.

Je vis dans un monde où mon voisin est musicien et ma copine joue au théâtre les lundis midis et sert aux tables les vendredis soirs. Dans ce monde, je connais aussi des gens qui s’efforcent pour changer les politiques puis pour supporter ceux qui ont subis les politiques. Parce que c’est aussi ça mon monde, un monde où on semble comprendre, tranquillement, mais bien évidemment, que sans l’humanité et les autres, on va tous continuer à chercher en vain ce qu’on ne peut nommer. Dans mon monde j’ai la possibilité de croire que mon rêve n’est qu’un projet qui est en formation. Dans ce monde, je peux aussi parler avec une femme inconnue et qui vit de l’autre côté du globe. On peut partager, échanger puis se rassurer. La proximité et la fin des limites physiques c’est aussi cela qui existe derrière des stories sociales.

Il y a le beau et le laid, le doux et le cru, l’accessible et le lointain, mais rien d’inaccessible.

En même temps, on nous a dit que tout était possible, nous faisant croire aux succès faciles, aux échecs absents. Nous faisant croire que l’échec, le doute et les délais sont davantage de l’ordre de l’exception que de la norme.

C’est dans ce monde, qu’on apprend à trouver la balance entre peur, conformité et statut quo avec  nos éprises de liberté et d’incapacité à la léthargie.

Alors mon enfant, je te laisse sur un plateau, doute et rêverie et je sais que tu sauras avancer la tête haute dans le monde. Un monde avec autant de questionnements et de rêves que dans le mien, mais seulement, cette fois, les questionnements, ils seront les tiens, les vôtres.

À propos Marie-Amélie Dubé

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3 commentaires

  1. FELICITATIONS POUR CE TEXTE de Marie-Amélie Dubé, il est touchant… Mise à part la faute de conjugaison (On peux…) ce texte est la réalité du monde où l’on vit…

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