Les Oasis : le coliving revisité – Incursion dans l’univers de Solution ERA

Texte | Katell Arnault-de-la-Ménardière
Photos | Courtoisie Solution ERA

Solution ERA est une école qui se divise en trois facultés : l’habitat écologique, la vie inspirante et l’entreprise consciente. Nous avons rencontré Francis, l’un des cofondateurs de l’école, afin de parler des habitations collectives appelées les Oasis.

Comment Solution ERA a-t-elle été créée ?

Avant 2012, Francis était guide de plein air et de tourisme d’aventure. Il accompagnait des groupes de 10 à 12 personnes lors de longues expéditions en autonomie complète. Il se retrouvait souvent à entendre des membres du groupe qu’il fallait « retourner dans la vie normale » après ces expéditions, et l’idée de montrer que cette ambiance de plaisir partagé pourrait être un quotidien commençait à germer dans son esprit.

En 2012, il s’est mis à étudier la permaculture et l’habitat écologique au Québec en passant par trois PDC (permaculture design certificate) différents pour avoir une variété de perspectives. Il est aussi allé aux États-Unis pour étudier les bâtiments écologiques, et à son retour, l’idée d’une école qui enseignerait une façon de créer son habitat le plus sain et écologique possible lui est venue.

Il a alors rassemblé une vingtaine d’expert·e·s du bâtiment écologique du Québec pour mettre en place la 1re formation. C’était le début de Solution ERA.

Qu’est-ce qu’une Oasis ?

Les Oasis sont une preuve de concept au croisement de nos trois facultés. Ce sont des habitats tout-inclus écologiques (comprenant par exemple une voiture en autopartage, un·e chef·fe qui fait des repas sains, bios et locaux pour tout le monde, mais aussi un bâtiment à faible impact écologique), des lieux inspirants qui amènent de meilleurs styles de vie (c’est un contexte où il est facile de prendre soin de soi grâce à des infrastructures comme un salon zen, un sauna, un espace de jeux ; ces lieux sont faits pour avoir du fun tout en partageant des moments avec du monde), mais ce sont aussi des lieux qui tendent à attirer des gens avec un profil entrepreneurial.

Les trois facultés de Solution ERA se retrouvent alors en application concrète dans ces lieux baptisés Oasis.

Francis Gendron
Cofondateur de Solution ERA

LES OASIS

Vous l’aurez compris, les Oasis sont des coliving, mais pas seulement. Elles mettent également en place un mode de vie collectif le plus sain possible, basé sur l’écologie, l’économie d’énergie et le partage des ressources. Les Oasis sont considérées par Francis comme ayant deux objectifs : le premier est d’expérimenter et de démontrer cette vision dans le concret, dans des contextes variés (maison achetée, maison rénovée), et le deuxième est de permettre aux gens de vivre ce concept et d’apprendre par l’expérience.

La force des Oasis, c’est de pouvoir se partager les ressources, comme les repas d’un·e chef·fe, une voiture électrique, une salle multifonctionnelle ou encore les services d’un·e coach. Ces envies répondent à un nouvel état d’esprit, moins concentré sur l’envie de posséder beaucoup de ressources, mais plus sur l’idée d’avoir accès facilement à ces ressources, de façon ponctuelle, en fonction du besoin, sans avoir la responsabilité d’un éventuel entretien concernant les choses matérielles. Cette mentalité du partage est aussi due aux changements technologiques de la dernière décennie, me disait Francis : « Pensez au covoiturage, où l’on fait confiance à un·e inconnu·e sous réserve que 50 autres personnes aient validé en amont dans les commentaires son comportement. »

Ces lieux parlent à des profils particuliers, mais étonnamment variés, m’a-t-il confié. Cela va du·de la jeune entrepreneur·e en télétravail qui veut pouvoir mettre son temps dans le développement de son projet tout en ayant un milieu de vie le plus sain possible à la personne en début de retraite qui souhaite vivre dans un milieu animé avec la possibilité, par exemple, de voyager dans le sud l’hiver sans avoir à entretenir une maison. En ce moment, une personne habitant dans une des Oasis a 78 ans.

Il demeure quand même que ces Oasis-là ont été pensées pour les couples et les personnes célibataires, mais Frédérique, le deuxième cofondateur, travaille justement sur la mise en place d’un coliving multifamilial pour y habiter, qui sera destiné aux familles avec enfants.

Vous l’aurez compris, le type de personne importe peu, tant que tout le monde est aligné sur la même intention : « Je suis persuadé que ce n’est pas pour tout le monde, mais c’est pour un pourcentage de la population qui grandit rapidement. »

Quels sont les secrets d’un coliving qui marche ?

Un coliving qui fonctionne, c’est un coliving qui possède des intentions claires dès le départ et qui attire les futur·e·s locataires par cette même intention. L’idée est de regrouper des gens qui souhaitent vivre une expérience similaire ensemble, afin de pouvoir répartir les coûts pour mieux optimiser les ressources. Francis nous l’a confié, les bonnes personnes, ce ne sont pas forcément les bon·ne·s ami·e·s, mais plus les personnes qui souhaitent s’offrir le même style de vie.

Et concernant la gouvernance, les décisions, comment ça fonctionne ?

Ce que Francis a mis en place comme modèles, qu’il souhaite faciles à reproduire, ce sont des coliving dont les acteur·trice·s sont séparé·e·s en trois catégories : les fondateur·trice·s (qui définissent l’intention, investissent au départ, pensent le lieu et prennent les décisions importantes), les investisseur·euse·s (qui veulent faire des placements financiers dans des projets qu’il·elle·s souhaitent écologiques) et les locataires (qui veulent expérimenter ce mode de vie sans avoir la responsabilité de devoir mettre tout ça en place). Le modèle de gouvernance où tou·te·s les habitant·e·s du coliving partent le projet ensemble et se partagent équitablement les responsabilités et le pouvoir décisionnel n’est pas impossible non plus, mais plus complexe à mettre en place.

Cependant, dans la vie quotidienne, la différence entre le fondateur·trice et le locataire n’est pas vraiment visible. Chaque personne vit pleinement dans les lieux, et il est établi que toutes les conversations concernant des frictions ou des soucis, à moins d’être urgentes, sont abordées les mardis lors des réunions avec tout le monde. Cela permet de se sentir en sécurité dans les lieux sans appréhender les interactions avec les autres.

Du point de vue économique, une Oasis, ça ressemble à quoi ?

La réponse n’est pas uniforme, car le coût varie beaucoup selon le type d’Oasis, et cela dépend de l’intention derrière cette Oasis. La nouvelle Oasis bâtie par Solution ERA est un prolongement du Spa Eastman, et est plus considérée comme un hôtel ; le coût revient donc à 250 $ la nuit, sans les repas. L’Oasis Sutton comprend une cheffe qui cuisine les repas, une Tesla, un sauna infrarouge, un salon Wen, une salle avec table de ping-pong et autres divertissements, en plus des suites privées qui sont composées d’une chambre, salle de bain, cuisinette et zone de travail ; ce qui revient à 2500 $ par mois, alors que dans l’Oasis où Francis vit, le coût s’élève à 850 $ par mois.

Francis me l’a dit, le but n’est pas d’être le moins cher dans l’absolu, mais d’avoir le style de vie le plus sain, écologique, résilient, abondant et la plus haute qualité de vie pour le moins cher possible : « Il y a peu de millionnaires qui ont un style de vie aussi épique que nous, et la maison coûte plus d’un million! »

Chaque Oasis dépend de ses choix, et il est tout à fait possible d’orienter différemment les choix économiques. Francis nous donnait l’exemple de la première Oasis qu’il a créée, où ils ont loué un ancien centre pour personnes aînées qui avait fait faillite. Chacun·e avait sa chambre, sa salle de bain, sa porte vers l’extérieur, et la bâtisse avait un lac privé et se situait au pied du mont Orford. En étant 15 personnes, avec une cuisinière pour tout le monde, mais sans avoir de voiture partagée ou de rénovations réalisées, cela leur revenait à 750 $ par mois, ce qui était presque imbattable à Sutton.

Mais un des enjeux économiques que Francis nous pointait était celui de faire des choix financiers pertinents, car pour avoir un impact, il faut avoir un modèle facile à reproduire.

LES CHOIX DE CONSTRUCTION DES OASIS

Pour chaque projet, le plus important est de peser les pour et les contre en fonction de la situation. De leur côté, ils priorisent toujours la main-d’oeuvre locale et considèrent toujours de payer plus cher pour avoir un rendu plus écologique, si la différence de prix reste raisonnable. Dans chaque construction, cinq grands principes sont pris en compte : la haute performance, l’aspect sain et naturel, la question de l’autonomie et de la résilience, la simplicité et la faible empreinte écologique vis-à-vis de l’énergie grise (c’est-à-dire l’impact environnemental du matériau à sa création). Tout ça est mis dans la balance et pesé, en y ajoutant la question financière.

Mais Francis ne nous cache pas que parfois, trouver le matériau parfait n’est pas chose facile, surtout que certaines productions ont cessé avec la COVID : « Je suis toujours prêt à mettre 10 % de plus si c’est pour être plus écolo, mais si c’est quatre fois plus cher […] t’es plus capable de l’offrir à personne après. »

Un bon exemple est celui de l’Oasis Sutton, dont la maison avait déjà un système biénergie au propane avant les rénovations. La décision finale a été de le garder, car même s’il sert beaucoup moins qu’avant, c’était plus avantageux de le laisser, incluant la prise en considération de la résilience (car si Hydro arrête un jour, le chauffage au propane sera toujours là). Il s’agit de prendre les meilleures décisions en fonction de ce qui est possible sur le moment : « Considérant que c’est déjà là, est-ce que de l’enlever va être plus écologique ? Parfois non. »

LES OASIS ET LEUR IMPACT ENVIRONNEMENTAL

Les grands impacts environnementaux au Québec sont l’alimentation, le chauffage et le transport, lesquels les Oasis semblent bien pallier. Concernant l’alimentation, le fait d’avoir un·e chef·fe pour tout le monde qui a le temps de se fournir en aliments sains, locaux, sans déchets ou encore de s’occuper du compost est une solution séduisante. Pour le transport, plusieurs Oasis proposent des voitures partagées, ce qui convient très bien dans le cas de personnes en télétravail qui ont un besoin de transport modéré. Et concernant le chauffage, malgré qu’une Oasis puisse paraître très énergivore, lorsqu’on regarde le ratio énergie par personne, on tombe sur des chiffres bien plus bas que ceux d’une maison unifamiliale.

EN CONCLUSION

Merci à Francis pour ce sympathique temps de discussion pour me parler un peu plus de son projet et son parcours ! Il est possible de découvrir un peu plus ces Oasis grâce à une série de vidéos qui les présentent :
era.solutionera.com/presentation-des-oasis.

À propos de Marie-Amélie Dubé

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