Les nôtres : les tabous en silence (Critique)

Texte | Laurie Garon

Même si le film Les nôtres est axé sur le silence, Jeanne Leblanc ne passe pas sous le radar avec ce film fort en émotions qu’elle a choisi de mettre à l’affiche durant le festival « Vues dans la tête de… » elle-même. La réalisatrice a su bien mélanger toutes sortes d’éléments et d’enjeux de la société dans ce film québécois. Le tout donne un produit final qui brise beaucoup de tabous et qui mérite le titre de chef-d’œuvre québécois.

Jeanne Leblanc nous projette dans l’univers de Magalie (Émilie Bierre), une jeune fille de 13 ans qui doit se rendre à l’hôpital après avoir perdu connaissance dans son cours de danse. À la grande surprise de sa mère (Marianne Farley), un résultat positif à un test de grossesse vient bouleverser la petite vie de famille de Saint-Adèle. La future maman reste silencieuse très longtemps. Elle veut à peine s’ouvrir sur cette grossesse. Isabelle, la mère de Magalie, va alors tenter d’identifier le père. Pour cette mère de famille, c’est très difficile à gérer, car son mari, alias le père de ses enfants, est décédé quelques années auparavant. Un beau matin, alors que Magalie ne veut toujours rien dire, la mère de famille fouille dans le téléphone cellulaire de sa fille. Elle y découvre des conversations assez osées pour une jeune fille de 13 ans avec un certain « Taz ». Isabelle est loin de se douter de tout ce que son adolescente subit et de l’identité du fameux Taz. Il ne sera pas question d’un père de l’âge de Magalie, soyez-en certains.

De plus, Jeanne Leblanc a su choisir une distribution de feu, avec de grands acteurs comme Émilie Bierre, Marianne Farley, Paul Doucet et Guillaume Cyr.

Le personnage de Magalie est très mature dans l’adaptation de la comédienne, mais justement, elle aurait dû jouer le rôle de l’enfant de 13 ans plus naïvement.

Par contre, Marianne Farley excelle dans son rôle de maman. On peut sentir son instinct maternel. Quand elle devait jouer une émotion de colère, on le sentait très bien, et à plusieurs reprises on peut ressentir des frissons nous traverser le corps. L’actrice a su jouer le rôle de mère avec brio. En effet, le rôle était très proche d’une mère de famille typique, c’est-à-dire protectrice, aimante, attentionnée et qui s’occupe de ses enfants avec soin.

Les aspects techniques du tournage constituent aussi une force de Jeanne Leblanc. Par exemple, la grossesse implique une évolution du corps de la jeune mère. Par exemple, au début du film, quand on ignore encore que Magalie est enceinte, la caméra fait un gros plan sur son ventre naissant, puis, chaque phase de changement important du ventre a droit à son plan. Celui qui frappe le plus se trouve sans aucun doute à la fin du film, quand Magalie arrive chez elle : c’est son ventre redevenu plat qu’on voit revenir à la maison en premier.

Le film aborde les thèmes de la confiance, la grossesse, l’avortement, la famille, la mort, mais le plus prédominant est le silence et la pédophilie, car les personnages gardent leurs secrets. Pour eux, il semble tabou de parler et d’exprimer leurs émotions. Lors d’une classe de maître, Jeanne Leblanc a fait une mise en garde : « Vous allez voir, ce film est axé sur le silence ». C’est tout à fait juste, et ce thème du silence rappelle l’importance de discuter des grossesses non désirées et des abus commis envers les mineures. Leblanc y est parvenue avec brio !

Bref, Jeanne Leblanc a transporté son public dans son univers riche en émotions et surtout avec des messages puissants qui pourront servir d’avertissements en permettant à des adolescents de dénoncer les abus dont ils sont victimes et de normaliser le choix d’une jeune fille qui décide de poursuivre une grossesse. Un film à voir pour les sensibles, et les autres. Un vrai chef-d’œuvre québécois.

À propos de Marie-Amélie Dubé

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