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Les lutteuses dans nos compagnes

Texte Les Lutteuses de l’Est | Photos Noémie Gagnon

Ça s’organise depuis 2017. Vous n’êtes peutêtre pas au courant. Ça se fait derrière les portes closes des gymnases et tous les bruits sont étouffés par les matelas bleus. La lutte a commencé !

Elles sont six lutteuses. Elles se présentent publiquement pour la toute première fois, découvrez Mag Tire, Olga Die Kaiserin, Caty Wildcat, Annette Fisher, Stacey Liberty Jones et Nancy 2-sucres !

Depuis près de 3 ans, les lutteuses de Lutte à l’Est s’entraînent, se crient des insultes et se pètent la gueule sur des matelas bleus (tsé ceux sur lesquels tu faisais des roulades au primaire). Elles sont tannées de cette situation. Elles veulent un ring. Avec un ring, elles pourront sortir de l’ombre et présenter des combats partout où il y a un public intéressé par de la lutte féminine moderne (lire ici : ni dans la boue ni dans le jello). Si vous faites partie de ce public potentiel, si vous vous êtes déjà dit « hey, ça serait bien de voir un show de lutte en fin de semaine », si vous connaissez l’une d’entre nous et êtes tanné.e.s de l’entendre vous parler de lutte, si vous rêvez d’encourager une gang du Bas-Saint-Laurent avec des idées loufoques, si vous aimez les macarons, si vous êtes de toutes les luttes, si vous avez un 5 $, un 20 $ ou un 2000 $ qui traîne dans le fond d’une poche, allez donc participer à la construction d’un ring sur La Ruche Bas-Saint-Laurent. Hey merci !

Dans son garage, Mag Tire ne plaisante pas ! Mécanicienne en cheffe, elle montre tous les jours aux nouvelles recrues que sa place, il faut la mériter. En lutte, c’est la même chose : Mag Tire sue l’effort et la détermination. C’est grâce à ses combats — perdus et gagnés — qu’elle révèle au monde entier sa volonté de fer !

Les ancêtres d’Olga Die Kaiserin ont été chassés par l’armée rouge de leur Prusse orientale; ce pays qui n’existe plus que dans nos coeurs. Elle attend son heure, protégée par sa double identité de Mireille Leboeuf, technicienne en documentation. D’un headlock à l’autre, elle entend bien reprendre son trône de Kaiserin.

Caty Wildcat est une lutteuse de la grand’ ville. Habituée du street fight, elle ne se laisse pas impressionner. On ne peut pas dire qu’elle apprécie le calme et la beauté du Bas-Saint-Laurent, elle y revient plutôt pour montrer à cette bande de paysannes comment on se bat à Montréal.

Gaspésienne au franc-parler, Annette Fischer est une pêcheuse slash poissonnière improvisée qui prend plaisir à montrer ses grosses « prises » de la journée. Un peu bourrue et germaine à ses heures, c’est une femme qui a du coeur au ventre et, comme elle se plaît à le rappeler, les priorités à la bonne place.

Stacey Liberty Jones défend les libertés individuelles, principalement les siennes, depuis sa tendre enfance en Albanie. En ses mots : « My freedom is better than yours. Damn right. » Elle milite activement pour le droit au port d’armes sans restrictions auprès de la Guns For Everyone Society of America et vient nous le rappeler au Bas-Saint-Laurent un peu trop souvent.

Nancy 2-sucres est une serveuse de cantine aguerrie. Elle te sert la meilleure poutine du village, mais fais pas l’erreur d’y commander autre chose que d’la sauce brune. En 25 ans d’expérience de service, elle en a vu des vertes pis des pas mûres. Elle est ben smat, mais elle ne se laisse pas marcher sur les pieds. Watch out.

Quand mes amies m’ont parlé de faire de la lutte la première fois, ça a piqué ma curiosité et j’ai eu envie d’essayer moi aussi. J’ai découvert un sport vraiment intéressant où on peut créer toutes sortes de séquences acrobatiques et se dégêner le corps. Comme je n’avais jamais regardé de lutte de ma vie, c’est d’abord l’exploration des mouvements qui m’a plu, puis, en m’intéressant davantage à cette scène, j’ai découvert un aspect politique que j’ai eu envie de développer. D’abord, la place des femmes comme guerrières dans le ring, mais aussi tout le jeu des stéréotypes qui viennent souligner des malaises de nos sociétés. Dans le ring, le Bien et le Mal s’affrontent, mais comment se définissent ces antipodes ? Mais au-delà de tout ça, faire partie de Lutte à l’Est, c’est faire partie d’une ben belle gang de femmes et choisir ensemble de redéfinir c’est quoi « une soirée entre filles ».
– Lysane

Moi, je ne suis pas une grande sportive. À l’école, je prenais théâtre et dans la cour de récré j’étais la clown. Puis un jour, la lutte est entrée dans ma vie. J’ai pris goût aux entraînements ! Au début, c’était un moyen de rester en forme pendant les longs mois d’hiver où j’étais enfermée chez moi parce qu’il neigeait trois flocons. Maintenant, c’est plus que ça : je lutte avec des femmes incroyables, je lutte en tant que féministe et je lutte pour reconnaître la vlimeuse en moi. Lorsque certains jours je ne suis pas prise au sérieux ou que j’ai envie de balancer ma rage dans la figure des gens, alors dans ces moments-là, j’attends avec impatience notre pratique de lutte ! On rit à gorge déployée, on se fait mal à cause des coups de genou reçu au mauvais endroit, on discute de tout, on se fait assez confiance pour attendre un coup de poing sans bouger, on se taquine pour échapper la lutteuse en nous, on s’excuse pour les bleus, bref, on lutte pour qu’au moins une fois dans la semaine on ne se sente pas mal à l’aise de crier, chialer et se battre !
Ylang

La lutte, pour moi, c’est une constante surprise. Une surprise parce qu’à chaque nouvelle prise réussie je suis impressionnée par ce que peut faire mon corps et par ce qu’on est capables de faire en équipe. Une surprise parce que décider de faire de la lutte entre femmes, ça a des implications tellement plus larges que le seul fait de pratiquer un sport. Je me suis embarquée dans cette aventure-là parce qu’un hiver j’avais besoin de bouger, j’avais besoin de trouver une activité dans laquelle je pouvais canaliser un surplus d’énergie grandissant. Ça fait que j’ai embarqué dans Lutte à l’Est en n’ayant aucune idée à quoi m’attendre et j’ai découvert des femmes incroyables, un sport créatif et libérateur qui donne confiance à chaque body slam, headlock ou clé de bras bien exécuté. On passe nos pratiques à se dépasser, à s’inventer, à pratiquer des coups, à se lancer en l’air, à hurler, à se narguer en riant, mais surtout à briser des barrières. On reprend possession de nos corps et on redéfinit ce qui est « convenable » pour une gang de girls. Pis ça, c’est ben ben l’fun.
– Laurence

La première fois que j’ai fait un body slam et que je me suis retrouvée avec le bras d’une presque inconnue entre les jambes, j’avais peur d’être trop lourde, d’avoir l’air folle les fesses dans les airs, ou juste d’échouer la manoeuvre, mais une fois la glace cassée, j’ai réalisé que dans ce groupe, personne ne s’attend à ce que tu sois ni légère ni gracieuse. Personnellement, je suis souvent préoccupée par mon poids et mon image corporelle, mais la lutte, c’est un endroit où je me sens à l’aise d’être suante, poilue, lourde, molle, semi en forme ou d’avoir un double menton. C’est assez difficile d’être une lutteuse terrifiante ET délicate, donc l’impératif d’esthétisme féminin reste dehors pendant qu’on se garroche les unes sur les autres en grognant. C’est très libérateur d’être avec des femmes toutes différentes qui s’encouragent et se supportent, parfois littéralement, et c’est vraiment satisfaisant de dire aux gens (aux hommes) « ouais, je fais de la lutte » et d’apprécier le flottement perplexe, mais plein d’un respect nouveau (ou serait-ce de la peur ?).
– Noémie

Pour moi qui ne suis pas à l’aise pour deux sous avec le fait d’être exposée à l’oeil du public, faire d’la lutte, c’est un moyen pas pire efficace de dompter ma gêne et de faire la vie dure à mes blocages. C’est la possibilité d’être quelqu’un d’autre… de laisser la place à un alter ego qui a le guts, que j’ai pas toujours, de prendre sa place dans l’arène. Faire d’la lutte, c’est une manière d’assumer mon corps, d’apprivoiser l’inconfort et de dépasser mes limites, physiques et psychologiques. J’fais de la lutte, aussi, pour le fun. Pour la drive du spectacle et de la foule en délire. Mais aussi pour les fous rires et la chance de côtoyer, semaine après semaine, des femmes ment inspirantes. Finalement, j’l’avoue, j’fais de la lutte féminine pour satisfaire ma rage féministe qui prend clairement son pied à voir des femmes en feu « kicker des culs » dans l’espace public et péter la gueule aux stéréotypes.
– Elsa

J’aime les sports qui sortent de l’ordinaire. Je pense que j’aime aussi être show off et marcher dans les plantes-bandes qui sont peu foulées par les talons féminins. C’est sûr que c’est grisant de sauter, de soulever, de tomber, de jouer, d’impressionner. J’aime que le côté théâtral de la lutte (à peine) côtoie un entraînement de vraies toughs. Une pratique c’est des bleus, des muscles endoloris, des éraflures, mon nez qui s’écrase sur ses fesses, sa sueur qui laisse son odeur sur mon linge et… nos fous rires. Pis faire ça avec une gang de femmes tripantes, nous voir devenir de plus en plus confiantes, nous voir nous lancer dans le vide mentalement et physiquement, nous voir être en pleine possession de nos corps, eh ben ça, c’est galvanisant !
– Gabrielle

À propos Marie-Amélie Dubé

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