Les coulisses de RDL en spectacles avec Raphaël Bilodeau

Entrevue | Priscilla Winling
Photo | Laura Chénard

Il y a des gens qui aiment bien soulever le capot pour voir comment marche un moteur. J’en fais partie. C’est ainsi que je suis allée faire connaissance avec Raphaël Bilodeau, le directeur technique du Centre culturel Berger. Régie vidéo, régie audio, console d’éclairage et câblage constituent son royaume. La grande salle est vide et silencieuse ; le moindre son se répercute en écho, donnant des impressions de temple qui attend ses fidèles. On fêtait ses cinquante ans récemment. Raphaël me précise qu’aujourd’hui, il serait impossible de construire une salle aussi grande, car les réglementations tiennent davantage compte du nombre d’habitants. L’impressionnante salle, qui est la plus grande à l’est de la ville de Québec, offre environ mille places assises.

P.W. : As-tu toujours travaillé en régie ?

R.B. : Oui, un peu. Quand j’étais jeune, j’ai commencé avec les petites consoles et lecteurs-cassettes ; j’ai toujours aimé ça. Et puisque j’ai été musicien une bonne partie de ma vie, mon oreille était bonne pour faire ça. J’ai travaillé pour des compagnies, des festivals, et à l’âge de 30 ans, je suis allé faire un AEC en Sonorisation et enregistrement à Drummondville. Ça fait déjà 15 ans de ça. Je ne connaissais rien du tout à l’éclairage, et avec la force des choses, je me suis ramassé directeur technique à la salle de spectacle de La Pocatière. C’est là que j’ai commencé à toucher à tout : l’éclairage, la vidéo, etc. Et quelques années plus tard, je suis venu à Rivière-du-Loup.

P.W. : Est-ce qu’un spectacle qui paraît simple aux yeux est forcément simple techniquement ?

R.B. : Ça dépend des facettes. Pour la sono, ça peut être très complexe sans le paraître. Il y a beaucoup de fils, de connexions, de moniteurs dans les oreilles, etc. Pour avoir une meilleure qualité en salle, c’est mieux qu’il n’y ait aucun moniteur sur scène, alors les musicien·ne·s ont tou·te·s des oreillettes. Et dans ces oreillettes, il faut que chacun·e entende exactement la bonne chose. Donc côté programmation audio et sonorisation, ça travaille fort. Mais on est toujours préparé, tout est prêt d’avance.

P.W. : Qu’est-ce que tu peux préparer avant que le spectacle arrive physiquement ? Que se passe-t-il entre le moment où les artistes sont programmé·e·s et le jour du spectacle ?

R.B. : Ça dépend beaucoup du genre de spectacle. Il y a deux grandes familles. Tout d’abord, il y a les spectacles que nous devons préparer nous-mêmes avec notre équipement. Les organisateurs regardent ce qu’on a, ils m’envoient un plan, puis on prépare et on teste tout d’avance. Et quand les artistes arrivent, tout est prêt. Parfois, les artistes amènent leur propre console, mais tout le reste est prêt ; ça nous demande beaucoup de travail. L’autre famille de spectacles, c’est complètement l’inverse. Je dois libérer la salle de tout, nous ne préparons absolument rien. Les artistes arrivent avec leur propre équipement. Il·Elle·s m’envoient quand même un plan d’avance, mais c’est vraiment à leur arrivée que débute le montage. Dans ces cas-là, on commence souvent le matin même.

P.W. : Donc, votre rôle est de les accueillir et de faciliter l’installation ?

R.B. : Exactement. Il·Elle·s sont en contrôle et nous leur fournissons notre matériel. Si le son est bon ou non, ça leur appartient ; si l’éclairage est beau ou non, ça leur appartient. C’est leur spectacle. Durant la représentation, nous ne faisons rien. Mais il faut bien sûr un chef son sur place, car là, s’il y a un problème avec un haut-parleur, c’est à nous que cela incombe. Il y a aussi un chef éclairagiste, même s’il y a déjà l’éclairagiste de leur groupe, qui reste à côté pour réagir en cas de problème. Le secret, c’est du matériel bien entretenu. Si nos choses ne fonctionnent pas bien, si elles sont mal entretenues, on se le fait dire tout de suite.

P.W. : Dans quelle mesure un spectacle s’adapte-t-il à la salle, ou vice versa ? Est-ce que de gros spectacles peuvent s’adapter à une salle plus petite ?

R.B. : Oui, en fait, je l’ai vu souvent en théâtre. Par exemple, des grands décors de 12 pieds de haut ou plus, qui s’assemblent en morceaux. Il y a aussi une salle, proche de Montmagny, où l’accès est difficile avec des escaliers et un plafond bas. J’ai déjà vu, une fois ou deux, les gens rentrer tout le matériel du théâtre dans un atelier pour le couper en morceaux, le rendre modulable et adaptable aux petites salles. Donc oui, c’est énormément de travail, mais ça se fait. Chaque salle professionnelle a un devis technique qui fait la liste de tout l’équipement, les dimensions, les plans à l’échelle. Alors les gens travaillent avec ça.

P.W. : Quelle est la part d’improvisation dans la technique et la régie ?

R.B. : C’est sûr, il y a tellement de connexions, de câbles, d’électricité… On n’est jamais à l’abri d’un pépin. Ça peut être à cause du type de spectacle, mais aussi ça peut être aléatoire. Par exemple, en tournée, les technicien·ne·s sont souvent très professionnel·le·s, très avancé·e·s, et peuvent réagir à n’importe quoi. Mais pas toujours. Autant pour certain·e·s technicien·ne·s en tournée qu’en salle, le moindre oubli, la moindre négligence dans la préparation peut affecter le spectacle. Et si le spectacle est parfait, que tout va comme sur des roulettes, parfois c’est durant le montage que les choses ont été plus difficiles. Ça peut avoir été l’enfer, on peut s’être engueulés, on peut avoir brisé quelque chose… Mais voilà que rien ne transparaît sur scène. Ça fait partie du métier !

P.W. : La magie du spectacle fait que sur scène, tout a l’air facile. Est-ce que tu souhaiterais que le public soit conscient du travail en coulisses ?

R.B. : Le métier est tellement passionnant ! On en apprend tous les jours, même encore à 44 ans. J’aime que les gens voient ce qu’on fait. J’adore regarder des vidéos de montage de scène pour de gros spectacles, comme ceux de U2 ou Rammstein, qui durent 8 jours avec 4 grues ! Par contre, je ne crois pas que c’est nécessaire de tout savoir ; c’est bien correct aussi. Personnellement, je trouve ça dommage de ne plus être capable de me mettre dans la peau du simple spectateur, de tripper et d’être impressionné par la technique sur scène. Je vois toujours l’arrière, le travail derrière ; il n’y a plus beaucoup de magie pour moi !

P.W. : Justement, c’était ma prochaine question. Qu’est-ce que ça te prend pour oublier le technicien en toi ?

R.B. : C’est sûr que si j’adore vraiment l’artiste, que je trippe sur sa musique et que je peux danser un peu, là, j’oublie tout.

P.W. : Avec combien de technicien·ne·s travailles-tu ?

R.B. : C’est très variable. Pour un spectacle moyen, on est environ 4-5. Pour des shows plus gros, ça peut aller jusqu’à 10. Pour le plus gros spectacle de l’année, on était proche de 20. Et ça, c’est seulement pour mon équipe. Là-dessus, on ajoute l’équipe des artistes. Mais en temps de COVID, on est… deux ! [Rires.] Un responsable son et un responsable éclairagiste. Donc, les deux personnes que nous sommes, Jean-François Labrie et moi, se coordonnent elles-mêmes ! Il faut qu’on soit compétents dans tous les domaines si l’on veut faire un peu de tout. En temps normal, il y a un directeur technique qui coordonne l’ensemble du montage, un sonorisateur et un éclairagiste.

P.W. : À propos de votre programmation, astu un coup de coeur à nous partager ?

J’ai très hâte de voir Dominique Fils-Aimé le 24 octobre. C’est la Révélation Jazz Radio-Canada pour 2019-2020, et elle a gagné le Juno Award dans la catégorie Vocal Jazz ! Elle s’inspire du soul des années 30 et 40. Il faut dire que je suis toujours plus excité par les concerts, car j’ai été sonorisateur avant d’être directeur technique.

P.W. : Je te laisse le mot de la fin !

R.B. : Venez voir nos spectacles ! C’est hyper sécuritaire ; les places sont séparées par trois sièges vides, une rangée sur deux. Tout est agréable et contrôlé pour que vous passiez un bon moment.

Écoutez l’entrevue complète en baladodiffusion en cliquant ici

À propos Marie-Amélie Dubé

Voir aussi

Un pas à la fois, ta montagne tu graviras

Texte | Christiane PlamondonPhotos | Défi Everest Pour ma part, ma montagne s’appelle l’Everest, le …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *