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L’envergure au quotidien

texte Marie-Chloé Duval | photos Jeff Papillon

Du 6 au 14 juin, les lieux du Cirque de la Pointe-Sèche ont évolué. Passant d’un orange rouillé par le vent salé des voyages en mer, les conteneurs qui forment l’ensemble des espaces du Cirque sont devenus des oeuvres uniques, des histoires à regarder, à conter et à imaginer. Ce sont des personnages, des animaux et des paysages qui ont germé ; donnant naissance à ces murs métalliques. Une baleine mécanique qui rencontre un taxi volant, ce n’est pas chose du quotidien !

J’écris ce texte assis dans mon échafaud, 7 h 39, café en main et jour de derniers détails sur l’oeuvre. C’est un spot parfait. Entre les brûlots, je sirote tantôt mon café, tantôt ma bière et j’observe mon beau fleuve. Le dos au mur principal de l’installation du Cirque, je me remplis les yeux des bleu-gris du fleuve qui côtoient les verts de la batture. Dans une complémentarité presque parfaite, le mur signé Dose Culture jongle entre les oranges et les jaunes. Des oeuvres construites dans un esprit quelque peu steampunk, qui nous fait voyager dans un univers artistique imaginé et imaginaire.

J’écris ce texte ici pour prendre le temps de vous partager un peu mon expérience sur un projet aussi incroyable que celui de la création de la murale du Cirque de la Pointe-Sèche. Une oeuvre de 20 000 pieds carrés réalisée en presque totalité à la peinture en spray grâce à l’imaginaire de Korb et Axe, deux artistes associés à Dose Culture auxquels j’ai eu le plaisir de me joindre du 10 au 14 juin pour collaborer sur la création.

C’était pour moi une opportunité en or que de participer à cette oeuvre avec des artistes d’expérience. Je les ai observés et j’ai été inspirée. Leur technique et leur imaginaire sont incroyables. Même si leurs habiletés m’impressionnent, c’est surtout leur générosité qui me parle, qui me touche. Ils m’ont accueillie dans leurs univers, où j’ai tantôt créé mes propres visuels, tantôt participé à créer des visuels complètement hors de ma zone de confort. Il y a en moi un sentiment de fierté immense. Malgré le fait qu’après 4 jours de peinture en spray, de pinceaux et de rouleaux, les doigts me font mal, et le dos aussi, malgré qu’au lever du dernier jour mon corps entier me rappelle que j’ai oublié de m’étirer tellement j’ai été absorbée par cette folle aventure créative, je suis fière. Fière de moi, de nous, mais aussi et surtout de cette rencontre créative forte en réalisations.

Ces gars-là sont des artistes de haut niveau. Il suffit de voir leurs sketchs trainer entre deux caisses de canettes qui sont en soi des oeuvres magnifiques ou de les voir improviser sur une surface ondulée, pris entre les échafauds, et de regarder les traits un peu rough apparaître pour finalement se laisser dessiner plus finement par les ombres et les lumières pour comprendre le niveau atteint dans leur art. Je suis ébahie. Ils sont ensemble un duo harmonieux qui se complète très bien. La liberté et l’esprit de collaboration sont au coeur de ce projet. Un esprit de communauté présent entre nous, entre les artistes du cirque et les membres de l’équipe. Chez les graffeur.se.s, il y a un esprit de famille, de groupe qui est très fort et le retrouver ici, dans ce petit coin le long de la route permet de se rappeler que des projets aussi fous que le Cirque de la Pointe-Sèche, ça n’arrive pas sans cette communauté forte.

La création a duré plus d’une semaine, à grands coups de 12-15 h par jour, ce qui m’a donné amplement le temps de me poser et d’observer et aussi de rire. Pour rire, on a ri. On a ri, entre autres, quand Axe a chialé contre le Kamouraska, ce lieu où être malheureux était quasi impossible. Bien à la blague, l’artiste aimait rappeler la beauté de ce lieu qu’il découvrait par des sarcasmes bien placés. À travers leur regard admirateur pour notre coin de pays, je continuais de tomber en amour avec mon chez-moi. Je prenais le temps de respirer l’air salin, mais aussi de prendre le temps. Ce temps qui ici est comme le ciel : vaste et doux.

En terminant cette semaine de création, parfois dans le froid, parfois dans le chaud et parfois dans la pluie, je suis brûlée, et pourtant tellement énergisée. La création de murales, c’est un monde en soi. Un monde que je me plais à découvrir depuis 2 ans, petit à petit. C’est une gang de trippeux qui ne cherchent pas à tout comprendre ni à tout expliquer, ils ne veulent que créer ensemble. L’esprit de partage et de communauté est ce qui est le plus beau si vous voulez mon avis. Un esprit qui allait de pair avec l’ambiance qui s’est installée entre les nombreux.ses bénévoles, les travailleur.se.s passionné.e.s et les artistes du Cirque. Cet esprit de collaboration et de famille n’était pas réservé à un groupe, grâce à cette grande tablée, tou.te.s autour d’un repas (ô combien délicieux) on prenait tous le temps de se poser une heure ensemble pour profiter, parler de nos vies, de nos expériences ou de profiter du silence et du vent du Bas.

Bref, autour d’un repas chaud, d’une bière et de plusieurs cafés, sont nés une oeuvre, un projet et une nouvelle réalité pour notre Kamouraska tant aimé. Et si je peux me permettre, je dois avouer être très reconnaissante envers la gang du Cirque d’avoir choisi de mettre de l’art original et de donner aux artistes une ouverture comme il.elle.s l’ont fait. Avoir choisi l’art a ou aura, j’ose croire, un impact sur le reste du Kamouraska, de la région et de l’Est-du-Québec.

Un merci bien spécial à Jeff Papillon qui a été présent sur les lieux jour après jour pour capturer l’évolution, la fierté et les défis d’un tel rêve. C’est ainsi qu’un autre artiste a su joindre l’aventure et l’immortaliser avec sa vision pour ainsi nous permettre de mieux comprendre ce qui se passe derrière ces grands murs qui ne laissent pas indifférents.

À propos Marie-Amélie Dubé

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