L’économie socialement rentable,ou l’importance de l’entrepreneuriat collectif

Les entreprises collectives – les organismes à but non lucratif avec volet marchand et les coopératives – génèrent l’économie sociale et jouent un rôle primordial dans la dynamique et la vitalité sociale, économique et culturelle du Bas-Saint-Laurent et de l’ensemble du Québec.

En quelques mots, l’économie sociale et solidaire

L’économie sociale et solidaire regroupe les activités économiques qui ne sont ni gouvernementales ni privées et qui sont issues de l’entrepreneuriat collectif.

Le concept d’économie sociale combine deux termes qui sont parfois mis en opposition, mais qui, dans les faits, sont parfaitement compatibles :

« Économie » renvoie à la production concrète de biens ou de services ayant l’entreprise comme forme d’organisation et contribuant à une augmentation de la richesse collective.

« Sociale » réfère à la rentabilité sociale, et non purement économique, de ses activités. Cette rentabilité s’évalue par la contribution au développement démocratique, par le soutien d’une citoyenneté active, par la promotion de valeurs et d’initiatives de prise en charge individuelle et collective. La rentabilité sociale contribue donc à l’amélioration de la qualité de vie et du bien-être de la population, notamment par l’offre d’un plus grand nombre de services. Tout comme pour le secteur public et le secteur privé traditionnel, cette rentabilité sociale peut aussi être évaluée en fonction du nombre d’emplois créés.

L’entreprise d’économie sociale a pour finalité de servir ses membres et la collectivité. Elle défend la primauté des personnes et du travail sur le capital dans la répartition de ses revenus et surplus. Elle a une autonomie de gestion par rapport à l’État, opère avec un processus de décision démocratique impliquant usager·ère·s et travailleur·euse·s, et fonde ses activités sur les principes de la participation, de la prise en charge et de la responsabilité individuelle et collective.

Par leur capacité d’innovation et de mobilisation, les entreprises d’économie sociale démontrent de grandes capacités à se développer de manière souple et créative pour répondre aux besoins des collectivités. L’économie sociale est fortement liée au développement des territoires. Dans le Bas-Saint-Laurent, plus de 330 entreprises d’économie sociale génèrent annuellement une activité économique de 700 millions et 130 millions en salaires pour 3000 emplois à temps plein et 2600 à temps partiel.

Présents dans toutes les régions du Québec, 22 pôles d’économie sociale travaillent avec acharnement et passion à faire la promotion de ce modèle économique en tant que vecteur de développement économique et social sur leur territoire. Ces pôles sont reconnus comme interlocuteurs et représentants des entreprises d’économie sociale au plan régional. Ils favorisent la concertation entre les différents acteur·trice·s de leur milieu et soutiennent la création des conditions favorables à ce modèle entrepreneurial de développement. Ce faisant, ils participent à la vitalité et la diversification économique de leur territoire.

Équipe d’Économie Sociale Bas-Saint-Laurent

Le pôle d’économie sociale du Bas-Saint-Laurent (ÉSBSL)

Les années 2015 et 2016 ont été marquées par un profond bouleversement au sein des structures de concertation et de développement régional partout au Québec. Comme toutes les régions, le Bas-Saint-Laurent a vu sa Commission jeunesse et sa Conférence régionale des élu·e·s (CRÉ-BSL) être définitivement fermées par un gouvernement pour qui l’atteinte du déficit zéro primait sur tout.

Cette réorganisation a suscité la mise sur pied de nouvelles organisations qui devaient prendre la relève de ces structures démantelées et reconstruire un écosystème socioéconomique.

Ça a été le cas du pôle d’économie sociale du Bas-Saint-Laurent, qui a été fondé en mai 2015 sous forme de corporation sans but lucratif. En novembre de la même année, le pôle engage un coordonnateur, Jacques Bérubé, un « vieux routier » des arts et de la culture et par la bande de l’économie sociale, puisqu’il avait fondé au fil de son parcours des OBNL comme la galerie photo-vidéo Espace F et le journal Le Mouton noir, dont il a été le rédacteur en chef durant six ans.

Après quelques mois en poste, Jacques a fait appel à Josée Forest, une spécialiste du tourisme et de l’environnement avec qui il avait travaillé sur différents projets dans le passé, pour l’assister dans certaines tâches d’organisation logistique et de communications. Active à titre de contractuelle durant quatre ans, Josée est employée en tant qu’agente de développement et de communications depuis 2020.

Depuis octobre 2021, Marc-Alexandre Hallé occupe le poste d’agent d’incubation d’entreprises collectives dans le projet SISMIC BSL, supervisé par le Chantier de l’économie sociale et financé par le Secrétariat à la jeunesse. Marc-Alexandre a succédé à Céline Nyinawumuntu, qui était en poste depuis 2017.

L’incubateur SISMIC veut faciliter le parcours de jeunes entrepreneur·euse·s désirant développer une entreprise collective sur le territoire bas-laurentien. Il s’agit d’une bonne occasion pour comprendre l’entrepreneuriat collectif, développer un modèle d’affaires tout en se créant un solide réseau autour de son projet d’entreprise. Ce parcours entrepreneurial s’adresse principalement aux étudiant·e·s de niveau universitaire et aux jeunes de 18 à 29 ans.

Plusieurs projets sont actuellement en gestation et la région des Basques est particulièrement active. À suivre !

Le projet ESSOR : au coeur de la relance économique et sociale du Bas-Saint-Laurent

Depuis 2020, Économie sociale Bas-Saint-Laurent développe le projet ESSOR — ES pour « économie sociale », SO pour « solutions et solidarité » et R pour « régions et relance » — grâce à un soutien financier triennal de la Fondation Lucie et André Chagnon.

Sous l’habile gouverne de l’agente de développement Josée Forest, le projet ESSOR vise à ce que les communautés mettent l’économie sociale au service de la relance de notre région, et ce, en concordance avec des axes prioritaires de développement identifiés par les acteur·trice·s municipaux·ales et les organismes de développement comme l’autonomie alimentaire, l’agriculture de proximité, l’énergie éolienne, l’environnement et les changements climatiques, et les besoins de la population qui ont une incidence marquée sur la problématique qui frappe le Bas-Saint-Laurent comme tout le Québec, la pénurie de main-d’oeuvre. Parmi ces besoins, la pénurie de logements et le manque de places en service de garde.

Le projet ESSOR développe des actions visant à consolider et à diversifier les partenariats avec les acteur·trice·s régionaux·ales afin de favoriser le déploiement d’un écosystème régional plus fort. À cet effet, une Cellule de veille a été mise en place et se réunit deux fois l’an. Elle est composée de 17 personnes mobilisées en faveur du dynamisme social et de la revitalisation du Bas-Saint-Laurent. (MRC, SADC, Collectif régional de développement du Bas-Saint-Laurent, Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk, Table de concertation bioalimentaire Bas-Saint-Laurent, SOPER, École de musique du Bas-Saint-Laurent, Conseil de la culture du Bas-Saint-Laurent, Comité collectif régional de développement, Synergie Bas-Saint-Laurent, Laboratoire en innovation ouverte — FabRégion, TIESS, Investissement Québec). Son rôle d’antenne et de relais l’amène à prendre le pouls du milieu, à mettre en commun et à valider les enjeux territoriaux et sociaux, à identifier les opportunités, à détecter les menaces et les tendances, à anticiper les innovations et finalement à encourager la culture collaborative entre les partenaires.

Autre projet mené par ÉSBSL dans le cadre du projet ESSOR, en lien avec sa mission sociale et environnementale : la réalisation en cours d’année d’un portrait régional sur le développement durable et l’écoresponsabilité dans les pratiques de gouvernance, de gestion et d’opération des entreprises d’économie sociale du Bas-Saint-Laurent. Un mandat a été donné à la firme de consultants Élyme Conseil grâce à un partenariat avec les huit Sociétés d’aide au développement des collectivités (SADC). Ce portrait servira au développement d’une trousse d’outils qui sera partagée avec l’ensemble des entreprises et des organisations de l’écosystème social et économique qui sont en lien avec l’économie sociale pour améliorer ces pratiques.

Le Café Solidarité : une activité mobilisatrice inspirée par la pandémie

La principale force du mouvement de l’économie sociale réside dans la solidarité. En créant un espace de dialogue et de mobilisation, le Café Solidarité poursuit l’objectif de mettre en contact les entreprises collectives de la région et de favoriser entre elles les échanges, les partages d’expériences et les collaborations. À chacun des Cafés, des intervenant·e·s provenant de l’écosystème régional viennent faire le point sur un sujet particulier et contribuer aux discussions. Initiée à l’automne 2020, dans le contexte de la pandémie de COVID-19, cette activité semestrielle de 60 minutes se tient en matinée, en mode virtuel, dans une ambiance décontractée. L’exercice s’avère apprécié. À ce jour, les cinq éditions ont rassemblé au total une centaine de participant·e·s.

Parmi les sujets abordés : les perspectives de relance dans le contexte post-Covid-19, l’entrepreneuriat jeunesse en économie sociale, l’économie sociale en réponse à des enjeux municipaux et la situation du logement social et communautaire dans la région et au Québec.

Le Fonds régional d’investissement en économie sociale (FRIÉS)

Le FRIÉS est un fonds de soutien non remboursable (subvention) s’adressant aux entreprises membres d’ÉSBSL. Il a été constitué grâce à une mise de fonds de plus de 100 000 $ d’ÉSBSL, une somme reçue lors de l’abolition en 2016 de la CRÉ-BSL, et d’une subvention de 375 500 $ du Fonds d’appui au rayonnement des régions, accordée en 2018 par le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH).

Le FRIÉS comporte quatre volets :
– Démarrage
– Initiatives ponctuelles et projets spéciaux
– Commandites et campagnes de financement
– Développement, consolidation et expansion

Le volet Développement, consolidation et expansion est le plus important du FRIÉS, représentant au moins 85 % des investissements faits et pouvant remettre des subventions atteignant 15 000 $.

Au cours des deux premières années d’opération, soit de 2019 à 2021, le FRIÉS a versé plus de 500 000 $ à 74 entreprises d’économie sociale du Bas-Saint-Laurent. Ces subventions sont considérées par les organismes subventionnaires comme des manifestations concrètes de l’appui du milieu aux projets et ont ainsi un effet de levier. On estime que les projets de développement et de consolidation auxquels le FRIÉS a contribué ont représenté un apport de plus de 2,3 millions dans l’économie régionale.

Fait à signaler : le taux d’approbation des projets déposés au FRIÉS est d’environ 75 %. Cette statistique témoigne autant de l’utilité du FRIÉS pour les entreprises d’économie sociale que de la qualité des projets soumis. Ce succès est en partie dû à l’excellent travail d’information et d’accompagnement dans la préparation des projets réalisé par les organismes locaux de développement (CLD, MRC et SADC) auprès des entreprises de leur territoire.

Le FRIÉS phase 2 a été relancé en mars 2022 et sera accessible au moins jusqu’à la fin de l’année 2024. Il est doté d’un budget d’environ 800 000 $ pour ces trois années. Ce budget est constitué d’une subvention du volet 1 du Fonds régions et ruralité (FRR) du MAMH et de contributions annuelles des huit MRC du Bas-Saint-Laurent, de la Fondation Lucie et André Chagnon et de grands partenaires d’ÉSBSL.

Rencontre de l’incubateur SISMIC

L’économie sociale : j’achète !, un partenariat avec le CÉSIM

Le contexte de relance économique post-COVID-19, qui crée un fort mouvement en faveur de l’achat local et de la transition socioécologique, est un moment propice pour renforcer et promouvoir la capacité des entreprises collectives à répondre aux besoins d’approvisionnement des villes et MRC, des institutions publiques et des entreprises privées. La conjoncture devrait encourager les organisations qui composent l’écosystème régional à changer leurs façons de faire pour répondre aux défis sociaux et environnementaux actuels et à se doter de politiques d’achat responsable.

L’initiative L’économie sociale : j’achète ! a été conçue et développée depuis 2013 par le Conseil d’économie sociale de l’île de Montréal (CÉSIM). Il vise à stimuler l’approvisionnement des grandes institutions publiques et privées (les acheteurs) auprès des entreprises d’économie sociale (les fournisseurs) et à soutenir les entreprises qui souhaitent développer leurs liens d’affaires avec ces marchés.

Au cours de l’année 2022-2023, ÉSBSL bénéficiera d’un accompagnement du CÉSIM, qui entamera la sixième édition de l’initiative sur le territoire montréalais, pour implanter L’économie sociale : j’achète ! dans le Bas-Saint-Laurent, dans le cadre d’un projet soutenu par le ministère de l’Économie et de l’Innovation.

Le projet se déploiera par la mise en place d’une cohortepilote de 12 entreprises collectives, et des partenariats seront développés avec des acheteurs publics ciblés : Villes, MRC et institutions publiques et privées.

Les entreprises d’économie sociale participantes bénéficieront de formations, de sessions de coaching, d’activités de maillage et de démarchage des partenaires visant à renforcer leurs compétences de commercialisation, et les acheteurs engagés dans le projet seront encouragés à s’approvisionner davantage auprès de l’économie sociale. Il faut voir ce projet comme une initiative-pilote qui, si elle obtient le succès souhaité, aura des retombées très positives sur le développement de l’économie sociale régionale et plus…

En plus des nombreux projets qu’elle mène de l’avant, ÉSBSL collabore à plusieurs projets régionaux touchant l’innovation avec des partenaires de différents milieux comme Culture Bas-Saint-Laurent, Entrepreneuriat UQAR, Place aux jeunes, Territoires innovants en économie sociale et solidaire (TIESS) et, sur une base régulière, avec le Laboratoire en innovation ouverte (LLio) du Cégep de Rivière-du-Loup. ÉSBSL est d’ailleurs membre du comité de pilotage du projet FabRégion Bas-Saint-Laurent qui travaille au développement d’un vaste plan d’autonomie dans les domaines alimentaire, énergétique et manufacturier sur un horizon de… plus de 30 ans !

Conseil d’administration d’Économie sociale Bas-Saint-Laurent :

Julie Quimper, présidente, École de musique du Bas- Saint-Laurent, représentante du secteur Arts et culture
Chantal St-Laurent, vice-présidente au développement, Festival Le Tremplin, Dégelis, représentante des entreprises d’économie sociale de l’ouest du territoire
François Genin, vice-président aux communications, Coopérative Riki Bloc, Rimouski, représentant des jeunes (moins de 35 ans) en entreprise d’économie sociale
Claude Ouellet, secrétaire, Coop de travail Atena, représentant du secteur Services aux entreprises
Jean Létourneau, trésorier, SOPER, représentant des organismes locaux de développement du Bas-Saint-Laurent
Lucie Lapointe, administratrice, Ateliers Léopold-Desrosiers, représentante des regroupements d’entreprises d’économie sociale
Michèle Rioux, administratrice, Services industriels RC, Rivière-du-Loup, représentante du secteur Industriel
Émilie Boulay-Chouinard, administratrice, Télévision communautaire de La Matapédia, représentante du secteur Médias et communications
Bertin Denis, administrateur, préfet de la MRC Les Basques, représentant des MRC du Bas-Saint-Laurent
Virginie Beauregard-Bouchard, administratrice, Société d’aide au développement des collectivités (SADC) de Témiscouata, représentante des SADC du Bas-Saint-Laurent
Emmanuel Guy, administrateur, UQAR et GRIDEQ, représentant du secteur Éducation et recherche

À propos de Marie-Amélie Dubé

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